Déterminisme et responsabilité

publié le mercredi 26 septembre 2007
Partagez cet article :


publicité

Cette sidra est riche en commandements pratiques d’ordre moral, social et éducatif. La formulation de certains d’entre eux donne, chemin faisant, une orientation sur la conception que se fait la Tora sur certaines grandes questions qui agitent l’esprit des hommes de tous les temps. C’est le cas du précepte de la mise en place d’un parapet autour du toit des maisons pour éviter une chute d’homme. Le verset énonce cette crainte ainsi : « afin d’éviter que celui qui tombe ne vienne à en tomber »(Deut. 22, 8). La Tora désigne l’homme susceptible de tomber du toit par celui qui tombe. Mais le parapet est mis en place précisément pour lui éviter de tomber, donc il ne tombera pas ; il n’y a donc plus lieu de le désigner par celui qui tombe ! A contrario, si l’on considère, dans une vision déterministe du monde, que cet homme tombera de toute manière, à quel objectif répondrait alors l’injonction de placer un parapet ? Pourtant, le Midrash déclare : « Si celui qui tombe vient à tomber, c’est qu’il devait tomber depuis les six jours de la Création »(Sifri). Comment concilier ce Midrash, apparemment déterministe et même fataliste, avec les préceptes de la Tora qui recommandent des actions libres, volontaires, responsables et agissant pour une certaine efficacité ? N’y a t-il pas contradiction entre les notions de responsabilité et de déterminisme ? En assumant mon devoir - ici, celui de placer un parapet -, ne devrais-je pas neutraliser le danger et éviter la chute d’une personne ? Si tel est le cas, le déterminisme reste sans effet.

En fait, les six jours de la Création qui commanderaient la chute de l’homme peuvent être compris comme les lois naturelles mises en place à la Création. Ce n’est pas le déterminisme qui tue celui qui tombe, mais la négligence des hommes qui ne tiennent pas compte des lois de la nature et qui ne prennent pas de précaution pour parer aux dangers de l’existence humaine. Aussi, si un homme venait à tomber du toit, ce n’est pas le déterminisme qu’il faudrait incriminer mais bien la responsabilité de celui qui aurait dû placer un parapet.

La notion de responsabilité est omniprésente dans cette sidra et apparaît dés le début. En effet, celle-ci commence par une succession de lois relatives à l’étrangère captive, à l’épouse détestée et au fils rebelle. Les sages du Talmud établissent un lien de causalité entre ces trois catégories de difficultés familiales. Ils affirment que l’union avec la captive mène au conflit conjugal, qui lui-même engendre le problème du fils rebelle (Sifri et Sanhédrine 68b). Pourtant, il y a bien autorisation de l’union avec la captive de la part de la Tora ! Certes, mais il ne faut pas confondre concession et recommandation. Si cette union est licite, elle n’est pas pour autant bénie par la Tora. Le Talmud met ici l’accent sur un paramètre fondamental dans le rapport de l’homme à la loi, fût-ce celle de la Tora : la responsabilité de l’homme ne peut jamais s’abriter derrière le respect de la loi. Si la loi autorise une démarche, cela ne signifie pas qu’il n’y a pas prise de risque personnelle. La loi ne peut se substituer aux décisions prises par l’homme et à sa propre responsabilité. Entre l’homme et la loi existe un espace de liberté dans lequel le jugement de l’homme doit s’exercer avec responsabilité.

Ni le déterminisme, ni le respect de la loi ne peuvent servir d’alibis aux échecs de l’homme. L’homme est seul maître de son destin. « Seules tes actions te rapprocheront et seules tes actions t’éloigneront (de la bonne conduite) ».



Docteur Elie Botbol
Strasbourg




blog comments powered by Disqus



Articles incontournables