Irresponsable ?

BILLET DU 26 AOUT 2007
publié le dimanche 26 août 2007
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Bonjour,

Le Président de la République est décidemment sur tous les fronts. Alors qu’il vient de fêter les cent premiers jours de sa présidence, il n’y a pas eu un jour depuis le 6 mai dernier sans qu’il n’apparaisse dans les médias en première ligne. Alors que sa côte de popularité vient légèrement de s’émietter dans les sondages, Nicolas Sarkozy maintient le cap de la rupture en prenant tout le monde, y compris ses ministres, à contre-pied. Preuve en est cette sortie de vendredi dernier où, à la faveur d’une rencontre avec les familles des deux aides-soignantes assassinées en décembre 2004 par un malade à l’hôpital psychiatrique de Pau, le Président déclare vouloir remettre en question l’irresponsabilité pénale accordée à certains criminels. Charge à la Garde des Sceaux prévenue en temps réel par téléphone de faire des propositions allant dans ce sens. Selon l’article 122-1 du Code pénal "n’est pas pénalement responsable la personne qui était atteinte, au moment des faits, d’un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes". La conséquence étant un non-lieu et la dispense systématique d’un procès. Cet article du Code pénal ne convient pas au Président, il faudra donc le changer.

L’émotion suscitée par différents faits divers sordides durant cet été devrait réconforter l’opinion publique dans son émotion spontanée. Le cas du petit Enis, violé par un pédophile récidiviste ou cette mère infanticide qui a congelé ses trois enfants. Dans ces deux cas, pourtant, il n’est pas avancé d’irresponsabilité pénale. Mais peu importe, il y a comme une confusion populaire dans toutes ces affaires ayant l’impression que si le crime s’est déroulé en toute impunité, la justice ne viendrait que trop tard.

Le sentiment de réparation et de justice, vire parfois à la vengeance. Nos Maîtres dans les Pirké Avot, les Maximes des Pères, étaient conscient de cela et exigeaient que l’exercice de la justice se fasse sans précipitation et avec discernement. La colère est mauvaise conseillère, même si elle est légitime. Le Président de la République considère que la Justice doit passer dans tous les cas pour permettre aux familles des victimes de faire leur deuil. Réplique sèche du Syndicat de la magistrature : « Il s’agit d’une logique compassionnelle où le premier but assigné à la justice serait de permettre aux victimes de faire leur deuil. Il y a là une tromperie, puisqu’on ne peut pas demander à l’instance judiciaire de faire tout et n’importe quoi, la fonction du procès pénal, n’est pas de favoriser un travail de deuil, mais de vérifier qu’il y a bien eu une infraction et de déterminer la culpabilité de l’auteur de cette infraction ».

Comprenons bien que le fait de ne pas juger les malades ne signifie pas que leur acte est sans importance, mais que la justice, dans un pays démocratique, juge ceux qui sont pénalement responsables de leurs actes. Ou alors il faudrait faire passer devant un tribunal les mineurs par exemple. Le temps des buchers pour les sorcières est terminé. La justice est grande lorsqu’elle ne s’appuie sur l’émotion mais sur le droit. Et le droit est le garant de tous, des criminels comme des victimes.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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