Parasha Kitetsé 5767

Chabbath 25 août 2007 — 11 Eloul 5767 - Début : entre 19 h 24 et 19 h 39 - Fin : 21 h 35
publié le mardi 21 août 2007
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Lecture de la Torah : Deutéronome XXI, 10 - XXV, fin : Lois concernant la vie privée et civile. Haphtara : (5ème des « consolations ») : ISAIE LIV, 1-10 : SION de l’avenir.

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Commentaire de la Torah :

Dans les passages précédents nous avions pris connaissance des règlements relatifs aux institutions de l’Etat, telles que les prévoit la Torah. Il s’agissait notamment de l’institution de la royauté et des règles du bon fonctionnement de la justice. A présent, notre texte aborde les questions liées à la vie de la famille, avec ses multiples aspects tant sociaux que moraux. Nous apprenons ainsi que la famille constitue l’élément essentiel dans la communauté juive en particulier, mais aussi de façon plus générale, dans toutes les autres sociétés, primaires ou modernes. Le premier pas vers l’établissement de la famille est évidemment le mariage. Il est bien entendu qu’un mariage au vrai sens du terme, concerne un couple formé par un homme et une femme. Normalement, ils sont désireux de fonder un foyer aussi harmonieux que possible. Ils forment ensemble des projets dont le plus important est de donner ensuite naissance à des enfants. Ce ne peut être le cas de deux personnes du même sexe, vivant ensemble sans pouvoir procréer ou engendrer, même si de nos jours dans certains pays où cela est autorisé, un enfant peut naître par procréation médicalement assistée pour vivre ensuite dans un foyer où il n’aura en principe pas l’image d’un père et d’une mère. Nous assistons également de nos jours à des demandes d’adoptions formulées par des personnes du même sexe. Certains pays en ont déjà admis le principe. Toutes ces possibilités ne sont pas envisagées dans le schéma biblique sous lequel nous nous plaçons. Nous savons bien, et les psychanalystes ou psychologues ne cessent d’en discuter, que l’image habituelle du père ou de la mère, dans un tel cas de figure, laisse fortement à désirer, en raison de tous les problèmes psychologiques que cela peut entraîner. Il me semble inutile de préciser que la question de l’homosexualité, largement entrée dans les mœurs de nos jours, est par ailleurs sévèrement condamnée par la Torah. Ce n’étaient là que quelques remarques générales liées aux mœurs de notre époque. La tradition juive fondée sur les valeurs de la Torah ne les prend pas en considération. A cet égard, chaque personne concernée par ces questions doit seule prendre ses responsabilités. Il ne saurait être question pour elle d’obtenir la moindre caution religieuse dans un domaine aussi délicat et si personnel. Pour nous en tenir simplement à l’image classique du mariage, le Judaïsme impose un contrat entre époux. Il est dénommé KETOUBA. Il s’agit d’un véritable acte juridique dans lequel sont prévues toutes les clauses de la dot, d’un apport personnel, essentiellement destiné à protéger la femme en cas de divorce ou de décès de l’époux. Contrairement à ce que l’on imagine, ce contrat ne signifie nullement que l’épouse fasse l’objet d’une vente. Elle-même doit donner son plein consentement à l’élaboration de ce contrat, sans passer par un intermédiaire. La nature même de ce contrat laisse entendre qu’il y a accord mutuel, pour parvenir à un même et noble but : celui de sanctifier D.ieu, dans le cadre du mariage ayant pour objet de créer un foyer authentiquement juif. L’institution du mariage comporte donc deux objectifs, dont le second est la conséquence immédiate du premier. Tout d’abord, il s’agit bien d’une union dans laquelle la femme est la véritable compagne. C’est d’elle que dépend en grande partie le bonheur et le bien-être du foyer. Qu’il nous suffise de rappeler le fameux chapitre XXXI du Livre des Proverbes, dont nous chantons les versets chaque vendredi soir avant le KIDDOUCH. Dans ce texte, le Roi SALOMON chante les vertus de l’épouse, véritable reine au milieu de son foyer. C’est notamment à elle qu’incombe le rôle le plus délicat, celui de guider les premiers pas de ses enfants ; et c’est là le second objectif que prévoit l’institution du mariage. En effet, l’enfant représente l’avenir, et celui-ci doit être minutieusement préparé par ses parents, dans un esprit éminemment sacré. Nous en venons alors à parler du cas tout à fait exceptionnel, très caractéristique, envisagé dans notre paracha. Il s’agit de la situation du fils rebelle. Celui-ci refuse d’obéir à ses parents alors que ceux-ci ont bien des raisons de lui faire des remontrances, puisque tel est leur devoir. Il est glouton, mange trop, boit trop, refuse toute réprimande et finirait même par constituer un danger pour ses parents ou pour la société. Les parents ont alors le devoir de venir le présenter aux anciens de la ville. Ceux-ci, considérant la gravité des actes commis par cet enfant rebelle, sont chargés de le faire lapider. Menace cruelle en soi, mais de fait, qui n’a jamais été mise en pratique, nous rapporte le Talmud. Quelle raison y a-t-il alors de citer cette triste éventualité ? Nos Sages répondent qu’il s’agit plutôt de mettre les parents en garde quant à leurs obligations d’éducation, avant d’envisager une condamnation à mort de leurs enfants. En effet, les conditions nécessaires pour parvenir à une solution aussi extrême sont en vérité très difficiles à réunir. Avant que les parents ne puissent accuser leur enfant d’une faute grave telle que la désobéissance aux injonctions paternelles, ils doivent être en mesure de prouver qu’ils ont vraiment épuisé toutes les mesures propres à remettre leur enfant dans le droit chemin et qu’ils ont tout mis en œuvre pour accomplir pleinement leur mission d’éducation. C’est là que réside la difficulté quand on prétend, comme c’est souvent le cas, avoir accompli son devoir de père ou de mère, par l’exemplarité d’une conduite sans faille. Nous savons qu’en matière d‘éducation, il suffit parfois d’un détail, d’une légère erreur de comportement ou d’une parole légèrement prononcée, qui risque de troubler l’enfant. Cela peut alors avoir des conséquences fâcheuses pour la suite. C’est pourquoi, en raison des difficultés liées à ce genre de situation, le Talmud estime que jamais un fils désobéissant ne pouvait être amené devant les anciens de la ville et connaître la situation extrême énoncée plus haut. Le texte de notre sidra nous montre également qu’il ne s’agit pas de rechercher les fautes de l’enfant dans des dispositions innées échappant au contrôle des parents. Il convient avant tout pour les parents, de savoir se remettre en question, pour mieux apprécier les erreurs éventuellement commises. Cette question si grave a, l’on s’en souvient, fait l’objet lors de la dernière campagne pour les élections présidentielles en France, suivie récemment par une discussion au niveau du parlement français, sur les cas de récidive des mineurs. La grande leçon de notre texte consiste donc à nous montrer que dans le domaine de l’éducation, où nombre de nos contemporains semblent découvrir un monde nouveau, il convient de se montrer extrêmement prudent. Il appartient aux parents, sans pour autant chercher à les culpabiliser, d’agir à la fois avec patience, amour et fermeté, pour trouver le chemin de l’esprit et du cœur de leurs enfants. La société, et l’école en particulier, ont également leur part importante dans ce domaine. De notre texte biblique, nous pouvons dégager les conditions selon lesquelles doit être assurée la transmission de nos valeurs aux générations à venir, en recherchant toujours les moyens d’éviter les conflits graves pouvant provoquer les divisions dans les familles.

HAPHTARA :

Notre texte accompagne d’une part la lecture de la sidra NOAH qui nous parlait du déluge et de la reconstruction. Mais d’autre part, c’est aussi cette image de destruction et de réhabilitation que nos rabbins ont prise en compte à propos du commentaire du texte faisant l’objet de la Haphtara de cette semaine accompagnant la paracha de KI TETSE, objet de notre commentaire ci-dessus. Nous sommes dans cette période dite de consolation. Après avoir marqué par un grand jeûne le rappel de la destruction du Temple, le texte d’ISAÏE nous parle de SION. Nous sommes là en présence d’un symbole très fort. Après que SION ait eu la douleur d’être abandonnée de ses enfants à la suite de l’expulsion des Juifs vers la Babylonie (586 avant J.C.), elle a été détruite ainsi que le Temple, emblème majestueux de la cité de JERUSALEM, et point de convergence de toutes nos espérances de rédemption. Ainsi, à l’époque biblique, et pendant quelques décennies, ISRAEL avait disparu, ayant été dispersé parmi les nations. Comme pour le Déluge à l’époque de NOE d’où devait sortir une humanité nouvelle et régénérée, la catastrophe nationale que constituait la destruction du Temple devait être le signe précurseur de la rédemption d’ISRAEL. Le but de la GALOUTH (dispersion) devait donc lui permettre de se purifier de ses fautes et de se racheter. En conséquence, l’objet recherché par le texte de notre Haphtara est avant tout d’apporter la consolation. Du mal sort généralement le bien, si toutefois, nous sommes bien convaincus que D.ieu est le Maître absolu de l’Histoire. Dans un autre passage de notre Haphtara nous trouvons encore une idée consolatrice. En effet, nous lisons au verset 3 de ce même chapitre LIV d’ISAÏE : « Car de droite et de gauche tu déborderas, et tes enfants recueilleront l’héritage des nations, peupleront des villes devenues solitaires. » Nous sommes curieusement frappés à la lecture de ce passage. En effet, nul ne saurait douter qu’à la suite de tous nos malheurs contemporains, dont le plus tragique fut incontestablement celui de la SHOAH, on puisse considérer sans se tromper, que les dures épreuves de la Diaspora aient forgé notre caractère et contribué à une meilleure prise de conscience de notre Judaïsme. Il s’agit là d’un phénomène curieux et paradoxal, fondé sur une expérience aisément vérifiable chaque jour. En effet, nous constatons sans cesse un véritable retour vers nos sources spirituelles. Pour beaucoup, ce retour s’apparente par ailleurs à un intérêt plus marqué pour l’Etat d’Israël. Aussi, nous ne pouvons douter de voir se réaliser enfin un jour, cette promesse biblique nous assurant que : « dans un transport de colère je t’ai, un instant, dérobé ma face ; désormais je t’aimerai d’une affection sans bornes, dit ton Libérateur, l’Eternel. » (ISAIE LIV, 8). Nous n’avons aucune raison de douter de cette magnifique promesse. Le destin curieux et mystérieux du peuple juif est là pour nous confirmer sans cesse que se réalisera un jour cette promesse biblique.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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