« Vos papiers... »

BILLET DU 19 AOUT 2007
publié le dimanche 19 août 2007
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Bonjour,

Le journal « Libération » a relaté le cas de cette femme quinquagénaire, Brigitte Abitbol, qui a dû faire face à une administration zélée au moment de renouveler ses papiers d’identité. Brigitte Abitbol est une femme ordinaire. Née en 1950 en Algérie elle bénéficiait, comme tous ses coreligionnaires, du fameux décret Crémieux de 1870 qui concédait la citoyenneté française aux Juifs d’Algérie et à d’autres. Ainsi Brigitte Abitbol, comme des dizaines de milliers de Juifs algériens est-elle née française en Algérie.

Mais la France depuis 1994 et l’introduction des nouvelles cartes d’identité a décidé de serrer la visse. Un français né à l’étranger doit prouver qu’il est français, plus encore s’il vient d’un pays à forte immigration. Mais là où les choses se sont compliquées pour Brigitte Abitbol, c’est que le greffier du Tribunal de Grande Instance de Montreuil lui a demandé de fournir parmi les pièces justificatives de sa nationalité un certificat de judéité, en l’occurrence un acte de mariage religieux de ses parents, une kettouba ! Pourquoi elle ? Parce que son nom est « à consonance israélite ». Oui vous avez bien entendu, le délit de sale nom existe. La consonance israélite (selon quels critères du reste ?) nécessite que l’on justifie de son appartenance à la communauté juive. Ainsi la France, championne de la laïcité et de la séparation entre l’Eglise et l’Etat s’attacherait les bons offices des Rabbins comme officiers d’état civil.

En tant que Rabbin, il m’arrive régulièrement, comme mes collègues, d’être sollicité pour délivrer un certificat de judéité. Généralement à la demande de l’Agence Juive dans le cadre d’un processus d’alyah. Nous faudra t-il demain remplir un imprimé de l’administration française pour « servir et faire valoir ce que de droit » ?

Là où la situation devient littéralement ubuesque c’est que si madame Abitbol ne peut fournir ce certificat de judéité, elle devrait naturellement être reconduite dans son pays d’origine, l’Algérie, qui ne la reconnaitrait pas davantage algérienne que la France ne la reconnaitrait française. Elle serait donc une juive apatride ce qui justifierait pour le coup un certificat de judéité pour pouvoir immigrer en Israël !

Tout cela n’est pas bien sérieux et certainement pas digne d’un pays comme la France. Gageons qu’il s’agisse-là d’un dysfonctionnement de l’administration qui ne manquera pas de rectifier cette situation en entendant les paroles de la chanson d’Enrico Macias qui déchiré entre l’Algérie et la France chantait : « la France de mon enfance n’était pas en territoire de France, perdue au soleil du coté d’Alger, c’est elle la France où je suis née... ».

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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