Parasha Reeh 5767

Chabbath 11 août 2007 — 27 AV 5767 - Début : Entrée du Chabbat : 19 h 44 à 19 h 59 - Fin : 22 h 04
publié le mercredi 8 août 2007
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Lecture de la Torah : Deutéronome XI, 26 - XVI, 17 : Suite du discours ; lois alimentaires et sociales. Fêtes de pèlerinage. Haphtara : (3ème des « consolations ») : ISAIE LIV, 11 - LV, 5 : Le partage des serviteurs de l’Eternel.

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Commentaires sur la Torah :

Avant même qu’ISRAEL n’entre en possession de la Terre promise, D.ieu considère comme important de fixer dès avant le départ du désert, le lieu où sera installé Son Sanctuaire et où l’on pourra recueillir l’enseignement des guides spirituels. A ce moment de l’histoire du peuple hébreu, le culte devra être célébré uniquement en ce lieu, à savoir l’offrande des sacrifices qui ne pourra se faire que dans ce lieu désigné. (Deutéronome XI , 11). Cependant, la Tora prévoit aussi que dans le cas où un particulier souhaiterait consommer de la viande à son lieu de résidence, la faculté lui sera accordée de réaliser son désir, à condition que cela ne soit pas offert au titre de sacrifice. Il s’agissait d’éviter de la sorte, la multiplication des lieux réservés au culte et ne pas donner lieu ainsi à des abus dans ce domaine particulièrement sensible. De nos jours, nous voyons à quelles formes d’excès se livre notre société moderne avec l’exploitation de lieux dits réservés au culte ou de sanctuaires dans lesquels la dévotion populaire finit par être exploitée en donnant lieu à certaines formes de charlatanisme. Aussi, dans son immense sagesse, la Torah vient-elle nous mettre en garde contre toute forme d’abus de la crédulité des gens, car sous prétexte de remplir leurs devoirs religieux, ils finissent par être abusés par des personnes dénuées de tout scrupule et abusant très souvent de la bonne foi de braves et simples fidèles. C’est encore ce que l’on peut remarquer et regretter pour certaines pratiques excessives dans le domaine des produits dits cacher dont le coût parfois excessif ne bénéficie d’aucune forme de transparence et dont les profits ne sont pas toujours destinés aux institutions officielles de la communauté. Pour en revenir strictement à l’examen de notre paracha, nous rappellerons que la Torah tient à préciser qu’en raison des grandes distances, il sera permis de consommer de la viande dans l’ensemble du pays. Il ne sera pas nécessaire de se rendre vers un lieu central fixé pour le sanctuaire, à condition toutefois que cette viande provienne d’un animal rituellement sacrifié et préparé, dans les conditions que nous connaissons et respectons encore de nos jours. En effet, au moment où ces prescriptions ont été émises, la consommation de la chair animale était limitée, afin de ne pas donner lieu à des excès nuisibles tant à la l’esprit de l’homme qui doit garder une certaine maîtrise de ses appétits et instincts, qu’à la préservation d’une bonne hygiène de vie. Tout en permettant de tuer des animaux pour nourrir l’homme, la Torah cherche également à nous faire comprendre que la consommation de nourriture carnée ne doit servir qu’à nous donner de nouvelles forces physiques, sans pour autant qu’il soit question de nous laisser aller à certains excès. Nous avons là une indication nous permettant de mieux comprendre les règles de la cachrouth selon notre tradition religieuse. Aussi, sommes-nous constamment invités à considérer que l’absorption de nos aliments s’apparente bien aux sacrifices que l’on offrait autrefois à D.ieu. Cela justifie l’obligation qui nous est faite de réciter des prières et des bénédictions avant et après chacun de nos repas. Même si ces rites liés à l’abattage rituel nous semblent parfois dépassés ou anachroniques, il nous faut malgré tout admettre qu’ils ont leur importance pour régler notre vie de tous les jours. Il nous semble donc important de souligner ici combien chacun de nos actes, fut-il en apparence anodin, revêt une importance considérable, quand il est sincèrement imprégné de spiritualité. De toute évidence, celle-ci, bien comprise, n’a d’autre but que de nous élever au-dessus de la simple condition animale, dont il nous faut sans cesse tenter de nous détacher, en utilisant à bon escient nos facultés spirituelles. Tout cela mérite des études approfondies et toujours renouvelées.

HAPHTARA :

C’est toujours de JERUSALEM et du destin du peuple juif qu’il s’agit dans notre texte. Car c’est bien le destin troublé d’ISRAEL qu’évoque le prophète ISAIE dans notre Haphtara. Pour consoler son peuple, il déclare : « Tu seras affermie par la justice : bannis toute idée d’oppression, car tu n’auras rien à craindre. » (ISAÏE LIV, 14). Or, à partir de cette recommandation, RADAK considère que c’est à ISRAEL qu’il appartient , envers et contre tout, de pratiquer la justice. Grâce à elle, il retrouvera son antique grandeur. Toutefois, la justice ne pourra être exercée qu’après une prise de conscience de la notion du bien et du mal. Certes, ce sentiment semble variable en fonction des époques et des lieux ; il n’existe cependant qu’une source permanente capable de nous guider dans cette voie : D.ieu et Sa loi révélée. Sur ce point, on devrait utilement réfléchir sur la question de la morale universelle, d’inspiration divine. On constatera alors que tous les systèmes de morale qui nous ont été présentés depuis les origines et jusqu’à nos jours, s’y rattachent plus ou moins. Toujours selon le verset cité plus haut, le prophète, prévoyant qu’ISRAEL serait constamment en butte à l’injustice, le met en garde, pour qu’il ne réponde pas à ses ennemis en utilisant les mêmes armes. YESHOUROUN, qualificatif d’ISRAEL, signifie « droiture ». Cette droiture, dans notre comportement quotidien, doit être notre devise constante, pour nous-mêmes et pour tous ceux qui nous entourent. Il nous semble également intéressant de jeter ici un regard sur le passage suivant, tant il est rempli de sagesse. Nous lisons en effet : « Ah ! vous tous qui avez soif, venez vers l’eau ; même si vous n’avez pas d’argent, venez ! ».(ISAÏE LV, 1). Au sens figuré, il s’agit d’une soif de connaissances, soif de la Torah, souvent comparée à l’eau. Nos Sages enseignent que, de même que le monde ne saurait subsister sans eau, de même il ne pourrait se passer de la Science de D.ieu. Le prophète AMOS annonçait lui aussi qu’un jour viendrait où l’on aurait faim et soif, non de pain et d’eau, mais de la parole de D.ieu. (AMOS VIII, 11). Cette annonce s’était déjà vérifiée pour l’époque d’ISAIE et il semble qu’il en soit également de même de nos jours. Très nombreuses en effet, sont les personnes, de toutes confessions, en proie aux doutes et à l’anxiété. Elles veulent de toutes leurs forces donner un sens à leur existence en puisant leur espérance dans les leçons immuables de la Torah. En restant fidèles à l’alliance éternelle (verset 3), nous restons les témoins privilégiés de D.ieu, face aux nations (verset 4), ce qui entraîne notre obligation d’assurer la pérennité de la Torah. Il me semble intéressant, une fois n’est pas coutume, de terminer ce commentaire par une citation tirée du livre « Les Deux Sources de la Morale » (page 76) où le philosophe Henri BERGSON, parlant des Prophètes d’ISRAEL, écrivait ceci : « Si tel d’entre eux comme ISAIE a pu penser à une justice universelle, c’est qu’ISRAEL, distingué par D.ieu des autres peuples, lié à D.ieu par un contrat, s’élevait si haut au-dessus de l’humanité que tôt ou tard il devait être pris pour modèle ». On peut donc se demander si ce n’est pas là qu’il faut rechercher la raison des difficultés que nous n’avons cessé de rencontrer pour enseigner à l’humanité, le chemin de la vérité en nous inspirant de la parole divine. Cette espérance dans un monde meilleur, justifie donc le choix de notre Haphtara, dans cette période des semaines de consolation qui vont nous préparer au grand rendez-vous annuel des fêtes de TICHRI..



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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