Au lendemain du 9 av

publié le vendredi 27 juillet 2007
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Après les trois chabat de malheur qui précèdent le jeûne du 9 av se succèdent les sept chabat de consolation. Dans le calendrier hébraïque, le deuil commence le 17 tamouz pour s’achever le 9 av. Il a été institué bien avant le 9 av, jour de la destruction du Temple. Pourtant, le deuil est consécutif, en principe, au drame et ne le précède pas. L’anticipation du deuil de trois semaines par rapport à l’événement capital qu’est la destruction du Temple doit donc être justifiée. De même, la consolation qui commence à l’office de min’ha du 9 av par la lecture de versets consolateurs, extraits des livres des prophètes, tout comme le retour à la position assise habituelle dés le milieu de journée peuvent paraître prématurées par rapport à la chronologie de la catastrophe, surtout lorsque l’on sait que le Temple a pris feu précisément dans l’après-midi du 9 av.

En fait, l’idée que sous-tend cette anticipation tant du deuil que de la consolation est conforme à une réalité, non pas historique, mais à celle du basculement du peuple juif.

Le 17 tamouz, jour de la brèche dans la muraille de Jérusalem, le peuple juif aurait dû réagir à ce coup de semonce annonciateur de la tragédie à venir, comme l’ont fait les citoyens de Ninive à l’appel de Jonas un siècle plus tôt. Comme il ne l’a pas fait, la destruction du Temple devenait inéluctable et le compte à rebours pouvait déjà commencer. Le deuil que nous prenons dés le 17 tamouz correspond au moment où tout espoir d’un sursaut de la conscience morale et spirituelle de cette génération était anéanti ; le deuil peut débuter dés lors que l’ultime occasion de se ressaisir a été manquée par cette génération. Le commencement du deuil dés le 17 tamouz est une manière pour les sages du Talmud de nous mettre en garde contre l’occultation volontaire d’une réalité, moins perceptible que dans les domaines politique et militaire, mais bien réelle quoique difficile à affronter, celle du statut moral et spirituel du peuple juif qui, à lui seul, détermine son destin. Le chaos avait déjà commencé aux yeux de celui qui ne refusait pas de l’entrevoir dés le 17 tamouz ! Avant le 9 av le mal était déjà fait et, comme le déclare le Talmud, le 9 av nos ennemis ont détruit un Temple déjà en ruine.

Pour la tradition juive, avant même que les larmes ne sèchent et que le feu de la destruction du Temple ne faiblisse, la consolation doit prendre place. Une fois la destruction entamée et la parole du prophète annonciatrice du malheur accomplie, il faut se ressaisir pour reconstruire un monde nouveau dans lequel D.ieu pourrait se reconnaître et venir y résider. Le jour du 9 av, qui est le paradigme du malheur pour le peuple juif, est aussi celui où le messie devrait arriver, selon les sages du Talmud. « Le juste tombe sept fois et se relève », dit le roi Salomon (Prov. 24, 16). Contrairement au mécréant qui ne tombe qu’une seule fois et ne se relève pas, ce qui caractérise le Juste, ce n’est pas le succès permanent, mais le sursaut et le courage après l’échec. L’histoire du peuple juif est jalonnée de tragédies et c’est sa confiance en sa capacité de mériter la rédemption et sa réhabilitation auprès de D.ieu. qui lui a permis de se pérenniser. Le Talmud raconte que lors d’une visite des ruines du second Temple, les disciples de Rabbi ‘Akiba pleuraient tandis que lui souriait. Il leur expliquait que si ces ruines attestaient l’authenticité de la prophétie qui les avait prédites, on pouvait aussi faire crédit à la parole du prophète qui a annoncé la reconstruction du Temple (Makot 24b). Nous voudrions tous croire à cette parole de réconfort et de confiance dans l’avenir. Donnons-nous les moyens d’y arriver, car « sans l’éveil d’en bas, il n’y a pas d’éveil d’en haut ».



Docteur Elie Botbol
Strasbourg




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