« Quand la France déportait ses juifs... »

BILLET DU 22 JUILLET 2007
publié le dimanche 22 juillet 2007
Partagez cet article :


publicité

Bonjour,

C’était il y a 65 ans. Le 16 juillet 1942 à 4 heures du matin, un sinistre cortège d’autobus parisiens parcourt la capitale accompagné par des policiers et des gendarmes français. 12 884 Juifs sont arrêtés. Parmi eux 4 051 enfants, 5 802 femmes et 3 031 hommes. Tous sont raflés. Ils peuvent emmener avec eux une couverture, un pull, une paire de chaussures et deux chemises. C’est tout. Ils sont entassés dans le stade du Vel d’Hiv, se haut lieu du cyclisme. Les conditions d’hygiène sont inexistantes avec un seul point d’eau, l’absence de sanitaires et de nourriture. Le supplice durera cinq longues journées. La suite on l’a connaît, les Juifs seront conduits vers Beaune-la-Rolande, Pithiviers ou Drancy pour finir dans les camps d’extermination.

La France a permis et même rendu possible cette rafle et la déportation des Juifs de France. Des fonctionnaires zélés sont allés bien au-delà de ce qu’exigeait l’occupant nazi. C’est un fait la France a conduit vers la mort « ses » Juifs. L’ancien Président de la République Jacques Chirac l’a remarquablement dit il y a 12 ans : « Ces heures noires souillent à jamais notre histoire, et sont une injure à notre passé et à nos traditions. Oui, la folie criminelle de l’occupant a été secondée par des Français, par l’Etat français. Il y a cinquante-trois ans, le 16 juillet 1942, 450 policiers et gendarmes français, sous l’autorité de leurs chefs, répondaient aux exigences des nazis. Ce jour-là, dans la capitale et en région parisienne, près de dix mille hommes, femmes et enfants juifs furent arrêtés à leur domicile, au petit matin, et rassemblés dans les commissariats de police. La France, patrie des Lumières et des Droits de l’Homme, terre d’accueil et d’asile, la France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable. Manquant à sa parole, elle livrait ses protégés à leurs bourreaux. ».

Jamais avant Jacques Chirac, un Chef de l’Etat français n’eut le courage de ces paroles. Le Premier ministre, François Fillon, qui tout à l’heure prendra la parole devant le mémorial du Vel d’Hiv ne devrait pas aller beaucoup plus loin dans la reconnaissance de cette responsabilité. La tendance insufflée par l’actuel locataire de l’Elysée tend même à ne plus vouloir accabler la France pour ce qu’elle a pu faire il y a 65 ans. Le pardon aurait une durée de vie limitée et deviendrait de la contrition à force de répétition.

Je considère que tant qu’il restera un témoin de cette époque, la France devra poursuivre ces paroles de repentance. Elle devra reconnaître sa responsabilité que l’Histoire ne pourra jamais effacer ou minimiser. Il en va de la réconciliation entre la France et ses enfants Juifs qui appartiennent à la même communauté nationale.

Après une pause estivale, je vous retrouverai avec plaisir sur les ondes de Judaïques FM le dimanche 19 août. D’ici-là, Shavouah tov, bonne semaine à tous.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




blog comments powered by Disqus



Articles incontournables