Israël découvre du pétrole

Publié le 10 juin 2007 - New York Times
publié le vendredi 20 juillet 2007
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BEERSHEVA, Israël

Lucien Bronicki est l’un des plus brillants experts israéliens en matière d’énergie géothermale, mais lorsque je l’ai rencontré la semaine dernière à l’université Ben Gourion, dans le désert israélien du Néguev, il ne voulait parler que de puits de pétrole. Israël, m’a-t-il affirmé, vient de découvrir du pétrole.

Désignant une pièce pleine d’étudiants en high-tech, M. Bronicki s’est exclamé : "Ce sont nos puits de pétrole !"

C’était tout un spectacle. Une fois par an, les étudiants de l’université Ben Gourion en ingénierie biomédicale, programmation, électricité et informatique réalisent des présentations élaborées de leurs projets de fin d’étude ou - comme dans le cas du robot fabriqué par un étudiant qui s’approcha furtivement de moi - présentent les dispositifs qu’ils ont mis au point.

A cette occasion, Yossi Vardi, le père du capital-risque israélien - depuis qu’il a soutenu les quatre jeunes Israéliens qui ont inventé le premier système de messagerie étendu à tout l’Internet, Mirabilis, qui a été vendu à AOL pour 400 millions de dollars en 1998 - avait amené quelques uns de ses camarades du capital-risque, comme M. Bronicki, à l’université Ben Gourion pour repérer des start-up potentielles et guider les jeunes diplômés.

Le premier étudiant dont j’ai visité l’exposition était Youval Sharoni (26 ans) qui termine des études d’ingénieur en électricité et dont le projet était intitulé "Matrice de covariance innovatrice pour la détection d’un point-cible dans les images hyper-spectrales" (une technique liée au ciblage militaire). Lorsque je lui ai déclaré que j’étais journaliste au New York Times, il m’a affirmé : "Ce projet va faire la Une, je vous le dis." Tout au plus la Une de "Popular Mechanics", peut-être, mais par contre, il pourrait un jour faire son apparition au Nasdaq, où Israël est actuellement le pays hors Etats-Unis qui a le plus grand nombre de sociétés inscrites.

"Aujourd’hui, les mères juives veulent que leur fils devienne un marginal et aille créer une start-up", explique Yossi Vardi, qui détient actuellement des investissements dans 38 projets de ce type. Ce qui nous amène à l’objet de cet article : si vous voulez savoir pourquoi la Bourse de Tel-Aviv et le marché israélien de l’automobile battent tous les records - à l’heure où le gouvernement israélien est paralysé par les scandales et la guerre contre le Hamas et n’a même pas de ministre des Finances - c’est grâce à cet écosystème de jeunes innovateurs et de capital-risque. L’an dernier, les fonds de capital-risque ont déversé près de 1,4 milliard de dollars sur les start-up israéliennes, ce qui place l’Etat hébreu dans la même catégorie que l’Inde ou la Chine.

Israël est la meilleure illustration d’un phénomène économique que j’observe fréquemment aujourd’hui. Bien sûr, la concurrence entre Etats et entre entreprises garde encore son importance. Mais à l’heure où le monde devient si ouvert - avec tant d’outils d’innovation et de connectivité mettant des individus de toute la planète en mesure d’entrer en concurrence, de se connecter et de collaborer - la véritable compétition oppose chacun à sa propre imagination, car les personnes énergétiques, innovatrices et connectées peuvent suivre leur imagination plus loin, plus vite, plus profondément et à plus bas prix que jamais auparavant.

Les pays et les entreprises qui mettent les individus en mesure d’imaginer et de suivre rapidement leur imagination vont prospérer. C’est pourquoi, même s’il existe des raisons de se montrer pessimiste aujourd’hui quant à l’avenir d’Israël, il y a aussi d’énormes raisons de faire preuve d’optimisme : ce pays est doté d’une culture qui nourrit et récompense l’imagination individuelle - une imagination qui ne tient pas compte des limites et des hiérarchies ou de la crainte de l’échec. Une attitude particulièrement bien adaptée à notre ère de globalisation.

"Aujourd’hui, nous n’investissons pas dans des projets ou des business plans, mais dans des gens capables d’imaginer et de relier différents points entre eux", explique Nimrod Kozlovski, un expert israélien de premier plan en matière de législation de l’Internet, qui travaille aussi avec des start-up. Israël n’est pas doué pour construire de grandes entreprises, poursuit-il, mais le pays excelle dans la production de gens qui disent "Ne serait-il pas formidable de pouvoir faire ceci" et créent une start-up pour mettre en œuvre cette idée, qui sera ensuite rachetée et développée par Intel, Microsoft ou Google.

Ici, le mot d’ordre ici n’est pas ’travaillez dur’ mais ’rêvez dur’", ajoute M. Kozlovski. "Un type est venu me voir l’autre jour et m’a déclaré : ’Vous connaissez Google. Ils gagnent énormément d’argent et ils sont très connus, n’est-ce pas ? Mais ils ne sont pas si bons que cela. Nous avons un bien meilleur système qui correspond au processus cognitif de la recherche. Google vaut 50 milliards de dollars ? Nous pouvons probablement parvenir au même niveau.’ Et il était absolument sérieux."

J’estime que plus le monde va s’ouvrir et plus l’écart économique se creusera entre les pays qui donnent une large place à l’imagination individuelle et ceux qui ne le font pas. Les prix élevé du pétrole peuvent dissimuler temporairement cet écart, mais il va croissant.

L’ignorant président iranien qui continue de babiller sur la manière dont Israël va disparaître, devrait effectuer une visite à l’université Ben Gourion pour découvrir ces salles bourdonnant d’étudiants innovateurs dont les projets s’appellent "Points d’intégration pour les sous-systèmes multimédias IP" et "Algorithmes pour détecter et éviter les obstacles". Ce sont des puits de pétrole qui ne s’assèchent pas.

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