Parasha Devarim 5767

Chabbath 21 juillet 2007 - 6 AB 5767 -Début : de 20 h 08 à 20 h 23 - Fin : 22 h 39
publié le mardi 17 juillet 2007
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CHABBAT ‘HAZONE Lecture de la Torah : Deutéronome I, 1 - III, 22 : Discours de MOÏSE. Haphtara : (3ème des Châtiments) ISAÏE I, 1 - 27 : La grande accusation.

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Commentaires sur la Torah :

« Ce sont là les paroles que MOÏSE adressa à tout ISRAËL en deçà du JOURDAIN, dans le désert, dans la plaine en face de SOUF, entre PHARAN et TOFEL, LABÂN, HACEROTH et DI-ZAHAV. » (Deutéronome I, 1). Ce verset introduit le début du cinquième Livre de la TORAH, celui du Deutéronome. Contrairement aux livres précédents, débutant par les termes : « L’Eternel parla à MOÏSE » ou « VAYOMER - Il dit », notre passage commence par l’expression « Ce sont les paroles ». Le texte veut ainsi nous indiquer de cette manière qu’il s’agit ici de reproches, d’admonestations. Elles vont être exprimées dans les premiers chapitres de ce livre. En effet, MOÏSE estimait de son devoir, avant l’entrée du peuple en Terre Sainte, de lui montrer les erreurs commises durant tout le séjour des quarante années dans le désert. Selon RACHI, MOÏSE a jugé nécessaire de réunir l’ensemble du peuple pour s’adresser à lui, et non une partie seulement. Ainsi, nul ne pourrait dire ensuite aux seuls présents, qu’ils avaient mal répondu aux observations émise par MOÏSE, alors que celui-ci voulait recueillir les observations de chacun. A propos de cette intervention de MOÏSE, les Rabbins s’étonnent. En effet, l’on sait qu’au moment où D.ieu voulait l’envoyer en messager auprès du Pharaon, il avait voulu décliner cette mission en prenant le prétexte suivant : « de grâce, Seigneur, je ne suis pas habile à parler. » Il voulait dire par là qu’il était incapable de faire de longs discours. Comment, tout d’un coup, MOÏSE s’est-il résolu à adresser des paroles de réprimandes à son peuple ? Qui lui en a donné le courage, l’autorisation et le pouvoir ? A cela le MIDRASH (DEVARIM RABBAH - chapitre premier) répond : « Dès lors qu’il eût le mérite de recevoir la TORAH, il fut guéri de son infirmité (de son bégaiement) et put parler normalement », car la TORAH donne à chacun le pouvoir de s’exprimer librement, sans hésitation. Ainsi, pour frapper l’esprit de ses interlocuteurs, MOÏSE a-t-il utilisé les noms de tous les lieux où avaient séjourné les Hébreux. Ces noms avaient chacun une signification liée à un événement particulier vécu par eux et souvent dans des conditions dramatiques ayant pu entraîner des châtiments. Il rappelle d’abord le DESERT, BEMIDMAR, lieu où ils se sont rebellés contre D.ieu, manifestant leur ingratitude, malgré tous les miracles dont ils avaient pourtant été l’objet jusqu’ici, au point de dire : « que ne sommes-nous morts dans le pays d’Egypte ou que ne mourons-nous dans ce désert ! » (Nombres XIV, 2). « Dans la plaine - ARAVAH » rappelle la faute d’idolâtrie commise en faveur de BAAL-PEOR. (Nombres XXV, 3). « En face de SOUF » où se trouvaient les Hébreux avant le passage de la Mer Rouge et où ils ont osé se plaindre en disant : « Est-ce faute de trouver des sépulcres en Egypte que tu nous as conduits mourir dans le désert ? » (Exode XIV, 11). « Entre PHARAN, TOFEL et LABÂN », les lieux où ils ont récriminé contre la MANNE qui était de couleur blanche, d’où le nom de LABÂN, en disant : « nous sommes dégoûtés de ce misérable aliment (la manne) » (Nombres XXI, 5). « PHARAN » est une allusion à la faute des explorateurs. (Nombres XIV). « HACEROTH » mentionne la révolte de KORAH (Nombres XVI). « DI ZAHAV » rappelle la faute du veau d’or. (Exode XXXII), commise du fait qu’à leur sortie d’Egypte, les Hébreux avaient trop d’or qu’ils ont librement et spontanément apporté pour créer cette idole. Ainsi, à travers tous ces lieux chargés d’événements dramatiques, MOÏSE voulait-t-il indiquer au peuple la gravité des fautes commises par le passé et l’inviter à s’en corriger pour l’avenir. Le SEFATH EMETH nous enseigne que MOÏSE a surtout tenu à s’adresser aux jeunes générations, pour leur rappeler, à travers les indications ci-dessus, les fautes commises par leurs pères à divers moments de leur existence dans le désert, après leur sortie d’Egypte. Cette époque, les plus jeunes, à présent sur le point d’entrer en Terre Sainte, ne l’avaient pas connue. Il est de règle que les enfants doivent autant que possible réparer les fautes commises par ceux qui les ont précédés, de même qu’ils bénéficient de tout ce que leur ont légué leurs prédécesseurs. Certes, on ne peut imputer aux générations nouvelles des fautes commises par les parents. La Torah est formelle sur ce point. MOÏSE estime cependant nécessaire de rappeler les différents lieux où le peuple a eu l’occasion de commettre des fautes collectives ou de se révolter contre D.ieu. On peut comprendre ainsi le sens de cette parole de nos Sages disant : « Chaque génération qui n’a pas eu le mérite de voir se reconstruire le Temple doit considérer que celui-ci a été détruit de son temps. » ( TALMUD JERUSALMI - YOMA, chapitre 1), car si cette génération avait réparé les fautes du passé, cela aurait contribué à la restauration du Temple. Chaque année, le Chabbat précédant le jeûne du 9 Ab, nous relisons cette paracha de DEVARIM. En raison du début de la Haphtara débutant par les termes « HAZONE YESHAYAHOU - Oracle d’ISAÏE », ce chabbat particulier porte traditionnellement le nom de « CHABBAT HAZONE ». Ceci est lié au début de notre paracha « Voici les paroles » par lesquelles MOÏSE adresse des reproches justifiés à son peuple. Nous comprenons ainsi leur sens profond, car si chaque génération et chaque individu tentait de corriger les erreurs du passé, nous aurions depuis longtemps obtenu des progrès indéniables susceptibles de nous apporter la délivrance finale. Comme nous venons de le dire, nos deux textes, celui de DEVARIM et celui de la Haphtara, sont étroitement liés. Dans le premier, MOÏSE se plaint de la lourde charge pesant sur lui en disant : « Comment donc (EKHA) supporterais-je seul votre labeur, et votre fardeau, et vos contestations ! (Deutéronome I, 12). Nous entendons ensuite la même plainte émanant du prophète ISAÏE : « Ah ! comment (EKHA) est-elle devenue une prostituée, la Cité fidèle ? Jadis pleine de justice, c’était l’asile de la vertu, et maintenant elle est un repaire d’assassins. » (ISAÏE I, 21). A cette plainte, fait écho celle de JEREMIE dont nous lirons le texte dans le Livre des Lamentations, le soir et le matin du 9 AB. Lui aussi, utilise le terme « EKHA » en disant : « Comme (EKHA) elle est assise solitaire, la cité naguère si populeuse ! Elle, si puissante parmi les peuples, ressemble à une veuve (restant seule et abandonnée). (Lamentations I, 1). Toutes ces similitudes de termes mettent l’accent sur la désolation qui frappe ISRAËL en raison des fautes passées. Elle sont toutes liées à des comportements non compatibles avec ce que nous enseigne la Torah. Chaque génération doit donc assumer de lourdes responsabilités et s’efforcer de réparer ce qui a fait défaut, pour mieux respecter nos valeurs spirituelles, tant en ce qui concerne nos relations envers D.ieu qu’envers nos semblables. C’est dans l’espoir que nous aurons fait ce qui convient, que viendra le jour où le Temple sera reconstruit et que se réalisera la fin de notre Haphtara : « SION sera sauvée par la justice, et ses pénitents par la vertu. » (ISAÏE I, 27). C’est là notre vœu le plus ardent, surtout dans une époque où nous voyons combien JERUSALEM est si seule, tellement combattue, par des multitudes employant les moyens les plus odieux et les plus méprisables pour l’anéantir et pour nous faire disparaître en tant que peuple. Nous plaçons tous dans cette Cité lumineuse toutes nos espérances pour voir arriver enfin la fin de tous les exils annonçant enfin l’instauration d’une paix incontestable entre tous les hommes, ce pour quoi nous luttons depuis si longtemps.

HAPHTARA :

Ce qui a manqué aux générations contemporaines des deux Temples, c’est le sens de la justice. Elle était souvent mal interprétée et mal appliquée par ceux qui en avaient la responsabilité, de telle sorte que l’on a laissé se commettre des crimes et des fautes graves sans avoir tenté d’y mettre un terme. ISAÏE, dont nous lisons le début de son livre en ce chabbat précédant le jeûne du 9 Ab, les dénonce violemment en disant : « Je restaurerai tes juges comme autrefois, tes conseillers comme à l’origine. Ensuite on t’appellera VILLE de JUSTICE, Cité fidèle. » (ISAÏE I, 26). Certains traducteurs s’arrêtent sur la signification de la phrase « Je restaurerai tes juges..... ». Ils discutent pour savoir s’il s’agit là de nouveaux juges ou du rétablissement des anciens. Aucune de ces interprétations ne nous semble valable. En fait, le prophète veut dire qu’étant avertis par l’exemple qu’il va donner, les magistrats de l’avenir seront équitables comme l’avaient été ceux des premiers temps. Alors, le peuple reviendra également à la vertu, à la pratique sincère du Judaïsme. Jérusalem méritera de nouveau sa renommée d’autrefois. Le prophète souligne à plusieurs reprises l’interdépendance entre les juges et la pureté du peuple. En tant qu’élite, les juges sont plus coupables, car ils n’ont pas tenu compte des admonestations du prophète pour les ramener dans la bonne voie. Nous savons que l’arbitre d’ISRAËL, l’Eternel Cebaoth, ne permettra pas que ceux qui auraient dû s’inspirer de ses lois, puissent abuser de leurs droits et passer outre à leurs devoirs : « De nouveau, je laisserai tomber ma main sur toi, j’éliminerai tes scories comme fait l’alcali, et je te purgerai de tout alliage (de toute mauvaise influence) » (ISAÏE I, 2). Ce que le prophète veut donc souligner, c’est que la restauration de JERUSALEM dont nous pleurons la chute depuis des millénaires, pour en être dignes de son prestige, nous fera obligation de respecter les conditions suivantes : exercer la droiture et la justice. Rappelons enfin ici, que selon le Talmud, la haine gratuite des hommes, a provoqué naguère la destruction du Temple. A bien y réfléchir, il nous semble que peu de progrès ont été réalisés depuis lors. L’on comprend mieux pour quelle raison il est toujours si important de rappeler ce triste événement, chaque année. Les conséquences dramatiques qui en ont découlé à travers les âges, au détriment de tout notre peuple continuent de produire leurs effets dévastateurs dans la société actuelle. Il faut espérer connaître enfin des jours meilleurs.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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