« Mr Bean fait de la politique... »

BILLET DU 1er JUILLET 2007
publié le dimanche 1er juillet 2007
Partagez cet article :


publicité

Bonjour,

Le principe selon lequel on ne doit pas tirer sur une ambulance doit s’appliquer aujourd’hui à Patrick Devedjian. Le Secrétaire général de l’UMP n’a jamais été autant visible, bien malgré lui, depuis qu’il a dérapé verbalement en qualifiant une adversaire politique d’un nom d’oiseau fort injurieux dont il n’est pas nécessaire de le reproduire sur les ondes. Patrick Devedjian que d’aucuns aiment à comparer à Mr Bean, tant la ressemblance physique est frappante, semble s’être mis dans la situation de coller au plus près à Rowan Atkinson, le fameux acteur comique britannique qui se distingue par ses gaffes et les situations ubuesques dans lesquelles il se met lui-même.

Le tout nouveau Président du Conseil Général des Hauts-de-Seine avait pourtant réalisé jusque-là une carrière politique tout à fait brillante si l’on excepte quelques erreurs de jeunesse après être passé en 1966, il y a prescription, dans le groupe activiste d’extrême-droite « Occident » fondé par Pierre Sidos. Celui qui avait écrit un livre intitulé « A moi le ministère de la parole » vient de justifier que ce portefeuille ministériel n’ait pas été créé. Devedjian a pourtant la réputation d’un gentleman de la politique, un homme policé avec de bonnes manières et usant de courtoisie. Mais la vie d’un homme public est implacable et n’autorise pas le moindre dérapage. Avec une certaine naïveté dont on à peine à croire, on peut lire sur le blog de Patrick Devedjian les propos suivants : « La façon dont mes propos ont été diffusés et visionnés par des millions d’internautes pose quand même un vrai problème : si plus rien n’est privé, si tout doit être totalement transparent, le totalitarisme n’est pas loin et la liberté individuelle vraiment menacée. Et, au-delà d’une indignation que je crois sincère chez certains, il y a chez d’autres une exploitation politique qui a peu de choses à voir avec les bons sentiments évoqués ». Devedjian a certainement raison lorsqu’il évoque une récupération politique de ses propos mais il serait assez désobligeant de parler de « totalitarisme » lorsqu’une chaine de télévision retransmet des propos prononcés sur la place publique et sous l’œil des caméras.

Chacun connaît les règles du « off » médiatique. La vie agitée du couple Royal-Hollande était connu de tout le microcosme politico-médiatique parisien depuis des mois mais tout cela était resté « off ». Mais ce principe d’éthique médiatique très français a ses limites : celles de la vie privée. On imagine aisément que tous les hommes politiques en situation d’élections ont vis à vis de leurs adversaires des propos qui ne sont pas toujours basés sur la courtoisie. Ce que Royal, Hollande et Bayrou pensent les uns des autres va bien au-delà du dérapage de Devedjian, mais en dehors du « Canard enchainé », nul ne s’en fera l‘écho et c’est bien ainsi. Le « off » médiatique est là pour protéger ceux qui passent leur vie à s’exposer en admettant qu’ils puissent, comme tous citoyens, avoir une vie privée. Patrick Devedjian semble s’indigner de ce que ce « off » journalistique ne lui ait pas bénéficié en pareille circonstance. Le Président de la République lui a implicitement répété les règles en affirmant « ce n’est pas une façon de parler aux femmes ni à qui que ce soit ». En politique, comme dans d’autres domaines, il faut savoir penser très fort ce que l’on ne peut pas même murmurer.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




blog comments powered by Disqus



Articles incontournables