Parasha Houkat 5767

Chabbath 23 juin 2007 - 7 Tamouz 5767 - Début : de 20 h 17 à 20 h 32 - Fin : 22 h 57
publié le mardi 26 juin 2007
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Lecture de la Torah : Nombres XIX, 1 à XXII, 1 : La vache rousse ; faute de MOÏSE et d’AARON ; le serpent d’airain ; défaite de deux rois de Transjordanie, SI’HONE et OG. Haphtara : JUGES XI, 1 - 33 : JEPHTE de GALAAD.

( Veuillez nous excuser de la parution tardive de cette parasha )


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Commentaires sur la Torah :

Les lectures bibliques se succèdent et nous montrent à chaque fois une révolte de la part du peuple contre ses dirigeants. L’on se souvient de l’épisode des explorateurs qui, au retour de leur mission, avaient incité tout le peuple à refuser de partir conquérir le pays de Canaan, ce qui lui valut de prolonger son séjour dans le désert, durant quarante années. Il y eut ensuite la révolte de KORACH et son groupe de factieux, ce qui entraîna leur mort immédiate, par engloutissement dans la terre. Le lecture de cette semaine nous indique qu’à la mort de MYRIAM grâce à laquelle le peuple bénéficiait de points d’eau dans le désert pour étancher la soif, il y eut soudainement un manque d’eau. Le peuple vint se plaindre auprès de MOÏSE et d’AARON, en regrettant d’avoir quitté l’Egypte pour parvenir à cet endroit pour y mourir de soif. Les deux chefs supplièrent D.ieu de venir en aide au peuple qui récriminait une fois de plus. A la suite de cela, nous lisons dans la Torah : « L’Eternel parla ainsi à MOÏSE : « Prends le bâton et assemble la communauté, toi ainsi qu’AARON ton frère, et dites au rocher, en leur présence, de donner ses eaux, tu feras couler, pour eux, de l’eau de ce rocher, et tu désaltèreras la communauté et son bétail. » Comme nous le savons, MOÏSE n’a pas strictement appliqué les instructions formulées par D.ieu. En effet, au lieu de s’adresser verbalement au rocher comme cela lui avait été ordonné, il l’a frappé, ce qui lui valut une sévère réprimande de la part de D.ieu. Ce fut donc là une transgression tragique de l’ordre divin. Il résulta de cela l’interdiction pour MOÏSE d’accompagner son peuple jusqu’en terre de CANAAN, comme il l’espérait tant. On peut toutefois se demander pour quelle raison il était si important que MOÏSE s’adresse verbalement au rocher pour obtenir de l’eau en faveur de son peuple ? Car au fond, obtenir de l’eau en frappant un rocher, n’était-ce pas malgré tout un grand miracle ? Rabbénou TSADOK de LUBLIN, auteur d’un ouvrage intitulé le PERI TSADIK suggère une interprétation qui est très pertinente pour chaque dirigeant du peuple juif. Utilisant presque tous les termes freudiens dans son interprétation des rêves, ce grand sage accorde une signification symbolique aux commandements divins. Le ROCHER - en hébreu SELA, représente la nation d’Israël, un peuple toujours décrit dans la Bible comme étant un peuple à la nuque raide - AM KESHE OREF, aussi dur qu’un rocher. Pareille description comporte à la fois un aspect positif ou négatif. L’obstination peut en effet conduire à l’entêtement ou également au dépassement de soi. Le but d’un leader religieux en Israël consiste donc à guider le peuple juif véritablement unique, dans la voie de la Torah, cette Torah dont il tire son droit de naissance, sa mission ultime. L’eau, par contre, symbolise la Torah. Selon la Bible, l’eau représente la vie, tandis que la Torah est pour nous un véritable arbre de vie. De plus, les Sages nous enseignent ceci : que de la même manière que nous ne pouvons vivre sans eau plus de trois jours, de la même façon, les juifs, conscients de leur mission, ne peuvent vivre plus de trois jours sans la Torah. C’est ce qui explique la raison selon laquelle nous ne laissons jamais passer trois jours sans lecture de Torah, puisque nous en lisons un passage tous les lundis et jeudis matin, ainsi que le Chabbat matin et après-midi.. Après que Rabbénou TSADOK ait établi ce symbolisme entre l’eau et la vie, entre la Torah et la vie, le message divin devient alors plus clair. En effet, D.ieu dit à MOÏSE de se servir de son bâton de chef et de roi pour s’adresser à son peuple à la nuque raide, pour lui parler mais non pour le frapper, d’user de persuasion mais en ne l’accablant point. C’était là un message particulièrement angoissant après qu’il y ait eu la faute des explorateurs, alors que ce grand prophète avait échoué à convaincre le peuple d’Israël de l’importance du pays qu’il devait s’apprêter à conquérir. Toutefois, D.ieu ne s’adressa pas uniquement à MOÏSE. A travers lui, c’est à tous les dirigeants d’Israël qu’Il s’adressa. Le terme hébraïque désignant un chef est celui de DABAR. Ce terme est construit à partir de l’infinitif DABER qui signifie parler. Le terme hébraïque de MIDBAR, pour sa part, désigne le désert, le lieu à partir duquel D.ieu s’est adressé à son peuple, totalement nouveau. Or D.ieu Lui-même tient à nous parler avec des mots, en nous fournissant un modèle d’influence verbale plutôt qu’en utilisant son autorité absolue. Le PERI TSADIK, que nous venons de citer va encore plus loin en disant que la parole est le moyen de transmettre la Loi orale de la Torah - B’SHEL BAAL PEH ( la Torah de la bouche). Le ZOHAR, interprète mystique de la Torah, qualifie la Loi orale comme étant une Loi de douceur, de compassion. (DINA de RAFIA), tandis que la Loi écrite est considérée comme s’agissant d’une Loi précise, exacte et sévère (DINA de TAKFA). A titre d’exemple, bien que la Loi écrite nous présente souvent la peine de mort comme étant la punition appropriée à diverses fautes, la Loi orale insiste pour dire qu’il n’y a pas de cas où l’on ne puisse jamais admettre une exception dans des circonstances très exceptionnelles : nous avons le cas de deux témoins ayant vu un criminel commettre son forfait. Ils ne doivent pas se contenter d’avoir vu ce qui s’est passé, mais ils doivent préalablement avoir mis en garde le criminel potentiel de ce qu’il risque s’il réalise son acte meurtrier C’est ce qui a conduit la Mishna (Loi orale) à proclamer qu’une cour de justice prononçant la peine de mort d’un criminel, ne fût-ce qu’une fois tous les soixante-dix ans, pouvait être qualifiée de cour criminelle. L’on sait que Rabbi AKIBA et Rabbi TARPHON ont toujours affirmé qu’ils n’auraient jamais voulu prononcer la peine de mort contre qui que soit (Talmud MAKOTH 7 a). Dans le même ordre d’idées, bien que la Loi écrite (la Torah) dise nettement qu’il faut punir œil pour œil, la Loi orale présente dans pareil cas la possibilité d’une réparation financière. A partir de là, on comprend mieux que l’ordre donné à MOÏSE de parler au rocher et non de le frapper, soit une règle divine par laquelle le chef juif engage son peuple par rapport à la Loi orale plutôt que de lui imposer la sévérité de la Loi écrite. Il n’existe en définitive qu’une différence caractéristique entre la Loi de la Parole et la Loi orale. En effet, la Loi écrite fut donnée par D.ieu. C’est un mandat provenant d’En-Haut. Par contre, la Loi orale peut avoir des racines divines, mais elle inclut également des commentaires humains, des interprétations et des règles fixées par les maîtres reconnus comme tels, dans chaque génération. Il s’agit donc d’une association entre le divin et l’humain, l’implication et l’engagement du peuple juif dans le processus du développement de la jurisprudence de nos lois religieuses, telles qu’elles sont apparues à travers les siècles. Le Tout-Puissant s’adresse donc à MOÏSE pour lui rappeler d’avoir à se servir de la Loi orale destinée à impliquer son peuple pour que soient forgées les lois, les rites et les coutumes concernant le style de vie spécifique des juifs et les valeurs juives éternelles. Ce que savent tous les bons parents et les maîtres, c’est que seulement lorsque les élèves et les représentants de la génération suivante s’impliquent eux-mêmes par leurs décisions en complétant ainsi l’idéologie et le programme d’action par lequel ils affirment leur sens des responsabilités, qu’ils se sentent alors réellement engagés et concernés. Ainsi, lorsque MOÏSE frappa le rocher au lieu de lui adresser la parole comme D.ieu le lui avait ordonné, il démontra de manière affligeante qu’il ne pouvait plus diriger désormais le peuple juif dans l’étape suivante nécessaire à son développement : l’association étroite avec D.ieu pour réaliser une Torah de vie destinée à la délivrance finale d’Israël et de toute l’humanité, dont nous avons chacun la charge spirituelle.

HAPHTARA :

Le texte qui nous est proposé cette semaine comme Haphtara, nous rapporte l’histoire de JEPHTE. A une période de l’histoire biblique où le peuple d’ISRAËL était gravement menacé par les AMMONITES dans son existence, le peuple vint chercher JEPHTE, connu pour sa force et sa bravoure, afin de le placer à la tête des armées. Avant d’engager le combat, JEPHTE, voulant obtenir les faveurs du ciel, le texte nous dit : « JEPHTE fit le vœu à l’Eternel en disant : « Si tu livres en mon pouvoir les enfants d’AMMON, la première créature qui sortira de ma maison au-devant de moi, quand je reviendrai vainqueur des enfants d’AMMON, sera vouée à l’Eternel et je l’offrirai en holocauste. » (JUGES XI, 30-31). En prononçant avec tellement de légèreté un tel vœu, JEPHTE commettait en fait une faute très grave. Nous savons en effet que la loi et la tradition juive interdisent de manière catégorique les sacrifices humains. Mais la Bible nous rapporte cependant que JEPHTE obtint la victoire. Il tient donc à réaliser ce qu’il avait promis de faire en cas de victoire. Il ne voulait pas faillir à sa parole. Pour son malheur, c’est sa propre fille qui fut la première personne à se porter à sa rencontre. Malgré le caractère cruel et terrible d’une pareille situation, il tenait à réaliser sa promesse envers D.ieu qui ne lui avait pourtant rien demandé de tel. En fin de compte, selon le Midrash repris par les commentateurs, JEPHTE ne fit pas mourir sa fille, mais il l’enferma dans un lieu isolé, pour qu’elle n’appartienne jamais à un homme. Cet épisode biblique a été sévèrement jugé par la Tradition. En effet, JEPHTE, en tant que chef militaire, après son triomphe, aurait dû se faire délier d’un vœu si imprudemment prononcé en s’adressant au Grand-Prêtre de son temps, PINHAS, le petit-fils d’AARON. L’attitude de JEPHTE et de PINHAS fut par la suite blâmée, car aucun de ces deux personnages, le chef militaire et le guide spirituel, n’entreprit la moindre démarche pour que soit annulé le vœu. Nous sommes donc là en présence de deux positions aussi absurdes l’une que l’autre. En effet, c’est par son ignorance des lois de la Torah que JEPHTA en arriva à formuler son vœu absurde. Or, à la vérité, il aurait tout naturellement pu en être délié. D’autre part, il était du devoir de PINHAS, en sa qualité de Grand-Prêtre dont le rôle consistait à enseigner la loi, d’indiquer à JEPHTE qu’il avait imprudemment fait son vœu, dont lui le Grand-Prêtre pouvait l’en dégager. La fille de JEPHTE n’aurait alors pas subi le sort injuste qui lui était réservé. Comme nous venons de le souligner, aucun de ces personnages n’eut la volonté et le courage d’aller vers l’autre pour dégager la solution qui s’imposait. Chacun estimait qu’il n’était pas de sa dignité, soit pontificale, soit royale, de faire le premier pas pour rencontrer l’autre. Tous deux peuvent donc être considérés comme blâmables et condamnables. Nos Maîtres en ont tiré la leçon suivante : « Malheur à ceux qui détiennent le pouvoir pouvant conduire à leur propre perte, sans chercher à apporter le bonheur sur terre. » (Séder ELIAHOU RABBA - Chapitre 11). On veut donc nous enseigner que celui qui a le pouvoir ou la possibilité d’empêcher que soit commis un crime ou un forfait mais reste indifférent, est tenu pour responsable, au même titre que celui qui a agi dans la mauvaise direction. Nul ne peut donc se laver les mains d’un déshonneur, ni prétexter n’avoir pas su ou n’avoir pu faire quelque chose. Au risque de trahir sa conscience, comme l’ont souvent fait des officiers ou des soldats obéissant aveuglément à des ordres allant contre la morale, il faut savoir au contraire s’engager sur la voie de l’honneur et de la dignité humaine. Etre un homme digne de ce nom, c’est avant tout exercer son sens des responsabilités pour défendre des causes conformes à l’esprit de justice et de morale que nous enseigne la Torah. Ce devrait être une leçon permanente pour tous les responsables, tant religieux que politiques ou communautaires. Il faut savoir reconnaître ses limites de compétences, tenter aussi bien que possible d’assumer ses responsabilités, en méditant l’exemple de MOÏSE, qui, à la suite d’un coup de colère non maîtrisée que soulignent les commentateurs, n’a pas obéi strictement aux instructions données par D.ieu. Si haut placé que l’on soit, l’orgueil masquant souvent l’ignorance, peut être source de déboires et de suites graves et préjudiciables. L’exemple que nous présente notre Haphtara à travers le personnage de JEPHTE en est la plus dramatique illustration.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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