Parasha Korah 5767

Chabbath 16 juin 2007 - 30 Sivane 5767 - Début : entre 20 h 15 et 20 h 30 - Fin : 22 h 55
publié le mardi 12 juin 2007
Partagez cet article :



Roch-Hodech : Samedi 16 et dimanche 17 juin 2007 Lecture de la Torah : Nombres XVI, 1 - XVIII, fin : Révolte de KORA’H ; le bâton fleurissant ; prérogatives des Prêtres et des Lévites. Second rouleau : Nombres XXVIII, 9 - 15. Haphtara : ISAÏE LXVI : Chabbat et Roch-Hodech.

publicité

Commentaires sur la Torah :

MOÏSE et son frère AARON avaient été nommément désignés par D.ieu pour occuper respectivement leur fonction de guide spirituel et de grand-prêtre. Malgré cette prestigieuse désignation, ils sont accusés par un de leur cousin, KORA’H, de vouloir usurper le pouvoir. Ce dernier, comme nous le savons, était extrêmement ambitieux. Son orgueil finira par le perdre, lui et tous les siens. Cette sécession fut l’une des nombreuses difficultés auxquelles MOÏSE eut à faire face tout au long d’une carrière entièrement consacrée au service exclusif de D.ieu, sans recherche d’honneurs ni d’intérêts personnels quelconques. C’est là l’exemple le plus brillant de la manière dont il convient de prendre en charge une collectivité, religieuse ou politique, par exemple. Pour condamner l’attitude condamnable de KORA’H, nous lisons le texte suivant dans les Pirké Avoth - Chapitre V - michna 17 : « Toute dispute qui s’élève dans des vues pieuses et pures conduit au but qu’on s’est proposé : une dispute de ce genre, c’est celle de HILLEL et de SHAMMAÏ . (Deux chefs d’école talmudique en Babylonie dont les discussions avaient pour but de fixer le vrai sens de la Loi). Mais toute dispute que font naître des motifs impies et intéressés n’aboutit à aucun résultat. Un exemple d’une pareille discussion, c’est celle de KORAH et de ses partisans contre MOÏSE et AARON. » Considérant la gravité du conflit ainsi provoqué, ne voulant nullement apparaître comme une personne ne cherchant avant tout qu’à défendre des intérêts personnels et égoïstes, ce qui est généralement le cas, MOÏSE voulut s’en remettre à l’arbitrage de D.ieu lui-même . En conséquence, il déclara : « Demain, le Seigneur fera savoir qui est digne de lui. » (Nombres XVI, 5). En remettant le jugement des coupables au lendemain, selon l’adage « la nuit porte conseil », il voulait laisser aux factieux le temps de s’amender et de se rendre compte qu’ils avaient choisi une mauvaise voie. (Midrash Rabba). Après avoir parlé à tous ses adversaires, après leur avoir fait une déclaration calme et froide, il se réserva un dernier entretien particulier avec KORA’H, chef des rebelles, à qui il déclara : « C’est donc peu, pour vous, que le D.ieu d’ISRAËL vous ait distingués de la communauté.... Il t’a donc approché de lui , toi et tous tes frères les enfants de la tribu de LEVI,et vous aspirez encore au sacerdoce ! » (Nombres XVI, 9 - 10). L’admonestation semblait être pressante et bienveillante, surtout au début : « Ecoutez donc, enfants de LEVI (SHIMOU NA).... » (Nombres XVI, 8). MOÏSE tentait d’utiliser le langage de la raison en conseillant à KORA’H de ne pas rechercher une dignité réservée et surtout de ne pas contester les droits d’AARON qui ne les avait nullement revendiqués. L’entretien ne contenait alors aucune allusion à une quelconque sanction. Malgré toutes ces précautions oratoires, KORA’H garda le silence. MOÏSE essaya encore d’agir sur DATHAN et ABIRAM, les complices de KORA’H. Son but était de les amener à la repentance et de les détacher du meneur, puisque effectivement KORA’H était le personnage le plus influent de la maison de KEHAT, branche sœur de celle de la famille de MOÏSE et d’AARON. (OHR HA’HAYIM). Le refus de comparaître de ces deux représentants qu’étaient DATHAN et ABIRAM obligea MOÏSE à renouveler l’ordre de se présenter à l’épreuve de la confrontation générale. Nous lisons ce qui suit : « MOÏSE dit à KORA’H : « Toi et tout ton parti, soyez devant le Seigneur, toi et eux aussi, ainsi qu’AARON - demain ». (Nombres XVI, 16). NACHMANIDE voit dans le fait d’adjoindre AARON à cette rencontre la cause principale de cette redite. Par contre, IBN EZRA considère que les verset 16 et 17 sont une simple reprise, devant servir de transition à ce qui va suivre. Lors du danger de division menaçant toute la communauté réunie, l’attitude de MOÏSE et d’AARON, malgré leur grande déception, témoigne clairement de leur dévouement au bien commun et de leur sens du pardon. C’est d’ailleurs la première fois qu’AARON, connu pour sa douceur et sa volonté de paix, intervint afin de supplier en commun avec MOÏSE pour ses frères égarés et abusés : « Ils tombèrent sur leur face et dirent : « Seigneur ! D.ieu des esprit de toute chair ! quoi, un seul homme aura péché et tu t’irriterais contre la communauté entière. » (Nombres XVI, 22). Cet homme ainsi désigné était bien entendu KORA’H. Celui-ci avait voulu intervertir l’ordre divin et avait en outre calomnié AARON et MOISE.. « Notez que le monde ne subsiste que par la paix. Or, KORAH provoqua la discorde, et quiconque sépare les hommes est aussi coupable que s’il séparait le Nom sacré appelé « PAIX ». (ZOHAR) La seconde intervention de MOÏSE, exhortant son frère à l’action, advint après une autre déception encore plus grave. La communauté contesta le miracle en tant que tel et ne crût pas dans la possibilité de l’intervention divine contre les révoltés : « Toute la communauté des enfants d’ISRAËL murmura le lendemain contre MOÏSE et AARON, en disant : c’est vous qui avez tué le peuple de l’Eternel ! » (Nombres XVII, 6). Cette fois-ci, la prière resta muette, mais l’intervention directe, MOÏSE faisant alors immédiatement agir le grand-prêtre en faveur des coupables. (Nombres XVII, 13). Tirant un enseignement de cette malheureuse affaire, le ZOHAR nous enseigne : « Les hommes sont jugés chaque jour, et quand leurs œuvres déplaisent au Roi, la RIGUEUR (DIN) se porte sur eux. Mais quand il y a un sage dans le monde, il parvient à apaiser la colère. » Cette grande tâche qu’est la recherche et l’amour de la paix avait été réservée à AARON. Il exerça sa mission en silence, avec le dévouement digne de sa grande personnalité, en se plaçant entre les vivants et les morts, pour tenter de protéger les premiers. On connaît bien son attitude de simplicité et d’humilité dont le texte biblique nous apporte le témoignage. En effet, lorsque MOÏSE, avant de se rendre auprès de ses frères esclaves en EGYPTE, s’était mis en route, la Torah nous dit d’AARON qu’il se porta à la rencontre de son frère, (Exode IV, 14) : « il s’avance à ta rencontre, et à ta vue, il se réjouira dans son cœur. » Selon le Midrash, AARON se réjouissait de la promotion de son frère, pourtant moins âgé que lui de trois ans. C’est dire combien sa nature de fond était bonne, sans jalousie, sans forme de calculs. Aussi, selon le texte de notre paracha, en brûlant l’encens en dehors du Temple, il courait lu-même un très grand risque, mais il n’en tint pas compte, car il voulut obéir à l’ordre du prophète, à l’ordre de MOÏSE qui lui avait enjoint d’offrir l’encens pour apaiser la colère divine. (OHR HA’HAYIM). On voit ici combien est importante l’intercession du prêtre pour obtenir le pardon collectif, comme nous l’enseignent par ailleurs tous les textes relatifs liés au cérémonial du jour de KIPPOUR. L’épisode biblique que nous venons de rappeler nous montre à quel point, en cas de crise grave, il faut savoir trouver les moyens de dédramatiser une situation difficile. C’est à cela que se sont employés MOÏSE et AARON. Leur dignité et leur hauteur de vues peuvent encore nous servir de leçon. En tout état de cause, aussi bien dans la société religieuse que civile, l’intervention d’un Sage, de personnes modérées peut toujours aider chacun à trouver ridicule des luttes de prestige, d’honneurs, alors que l’essentiel, à savoir la préservation de la PAIX est beaucoup plus à prendre en compte pour renforcer et préserver la cohésion d’un groupe, d’une société, d’une communauté. De nos jours, on parle partout de médiateurs. En somme, MOÏSE et AARON n’ont cessé d’assumer cette difficile fonction.

HAPHTARA :

En ce chabbat qui coïncide avec la solennité de ROCH HODECH, nous lirons comme texte pour la Haphtara le chapitre LXVI tiré du prophète ISAÏE, où celui-ci nous parle du ciel et de la terre comme représentant le trône céleste et la terre en étant le marchepied. Il veut ainsi nous enseigner que tout appartient à D.ieu. Nous avons déjà eu l’occasion, les années précédentes de commenter ce texte biblique, que nous relisons en moyenne deux fois par an.

Nous jugeons donc préférable de nous attacher au commentaire du texte de Haphtara qui accompagne généralement la paracha KORACH. Il est tiré d’un passage célèbre du Livre du Prophète SAMUEL. Celui-ci, est en butte aux revendications du peuple d’Israël qui exige la nomination d’un roi, placé à la tête du peuple, pour le juger et le mener au combat. Malgré les réticences premières de SAMUEL, c’est finalement le roi SAÜL qui sera élu. Il sera le premier des rois d’Israël, avec tous les avatars et déboires que nous en connaissons, avant que ne soit instaurée la royauté de DAVID, légitimée par le fait qu’il est descendant de la tribu de JUDA, destinée à ce privilège, par la bénédiction du patriarche JACOB. (Genèse XLIX, 10).

Ainsi, à un intervalle de quelques siècles, le texte de notre Haphtara soulève le même problème que celui rapporté par notre paracha : la mesquinerie, le manque de confiance de la collectivité par rapport au chef idéal que fut MOÏSE et plus tard SAMUEL. Leurs noms sont d’ailleurs associés dans le psaume XCIX que nous lisons tous les vendredis soirs lorsque nous accueillons le Chabbat : « MOÏSE et ARON étaient parmi ses prêtres, SAMUEL parmi ceux qui invoquaient son nom : ils criaient vers l’Eternel et Il leur répondait » (verset 6).

MOÏSE, le guide le plus élevé dont la vie ne fut qu’une suite de dévouements et de sacrifices, se trouva à un moment donné dans la situation d’un simple accusé qui devait se justifier. Le texte biblique nous dit : « MOÏSE, fort contristé, dit au Seigneur : « N’accueille point leur hommage ! Je n’ai jamais pris à un seul d’entre eux son âne, je n’ai jamais fait de mal à un seul d’entre eux. » (Nombres XVI, 15).

Nous pouvons à ce propos relever deux faits : 1° Ce n’est pas pour se justifier face à ses adversaires que MOÏSE plaide pour son propre compte, mais surtout pour s’adresser à D.ieu dont il sait qu’Il est le seul juge. 2° Tout en ayant fait la preuve de l’abnégation la plus parfaite que l’on ne peut trouver chez nul autre être humain, MOÏSE se contenta de dire qu’il n’avait jamais fait de mal à ceux qui l’attaquaient si injustement. Qui pourrait en dire autant de nos jours ? Le verset cité plus haut témoigne bien de la dignité et de l’humilité du père des prophètes. Ces deux qualités s’allient le plus harmonieusement possible dans cette phrase simple qui dans d’autres contextes aurait pu passer inaperçue.

L’analogie est donc frappante entre le passage cité et le discours du prophète SAMUEL dont nous parle notre Haphtara. Il veut abdiquer la judicature : « Eh bien ! accusez-moi, à la face de l’Eternel et à la face de son élu, s’il est quelqu’un dont j’aie pris le bœuf ou l’âne, quelqu’un que j’ai lésé ou opprimé, quelqu’un qui m’ait déterminé, par un présent, à fermer les yeux sur sa faute.... Je suis prêt à vous le rendre. (I Samuel XII, 3).

Le prophète SAMUEL, malgré tous les services rendus à son peuple, soupçonnait, à travers les propos qu’il entendait, qu’on tentait de lui chercher des histoires pour justifier la désignation d’un roi, ceci sous l’influence d’un parti qui serait ainsi prêt à lui trouver des torts. SAMUEL sut s’imposer en faisant silence sur les griefs dont il était l’objet. Il fit taire son amour-propre et préféra livrer au contrôle du peuple toute sa vie, toute son administration.

Après avoir obtenu satisfaction personnellement, sûr de l’estime dont il pouvait jouir auprès de ceux qu’il avait gouvernés, il les exhorta en rappelant surtout leur permanente ingratitude envers D.ieu dont ils oubliaient les bienfaits, comme toutes les générations précédentes et suivantes.

La leçon que l’on peut donc tirer de l’exemple de MOÏSE et de SAMUEL face à leurs détracteurs, nous la trouvons dans un texte important de la Torah. Il est écrit en effet : « vous serez quittes envers D.ieu et envers ISRAËL ». (Nombres XXXII, 22) . Bien que prononcé dans un autre contexte, ce principe, édicté par MOÏSE, doit trouver une application constante et quotidienne dans le comportement de chaque fidèle, soucieux de vivre en parfaite harmonie avec les principes de la Torah et en conformité avec sa conscience. Combien de dirigeants politiques ou religieux pourraient-ils sans honte, répondre à cet avertissement lié aux exemples prestigieux que nous ont laissé MÖÏSE et SAMUEL, ces deux grands personnages de l’Histoire biblique ? Il appartient donc à chacun de juger en toute conscience et en toute objectivité la manière dont il assume ses responsabilités en faveur de la collectivité.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




blog comments powered by Disqus



Articles incontournables