Parasha Chela’hle’ha 5767

Chabbath 9 juin 2007 — 23 Sivane 5767 - Début : de 20 h 12 à 20 h 27 - Fin : 22 h 50
publié le mercredi 6 juin 2007
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Lecture de la Torah : Nombres XIII, 1 à XV, fin : Les explorateurs ; divers préceptes. Haphtara : JOSUE, chapitre 2 : Les deux explorateurs.

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Commentaire de la Torah :

Nombres de penseurs et de philosophes religieux voient la source principale des erreurs et des péchés commis par l’homme dans son incompréhension des desseins de son Créateur. « L’homme qui ignore son maître, ne peut le servir de tout son cœur... Il s’en éloigne de plus en plus, étant entraîné par les appels de la passion qui renforcent cette corruption, en lui suggérant de s’affectionner à ce bas-monde, en s’éloignant de la voie menant au monde futur. » (BAHYIA ibn PAKOUDA - Les Devoirs des Cœurs). Nos erreurs de jugement sur la manière par laquelle D.ieu conduit le monde sont déjà soulignées par une michna dans les Pirké Avoth : « Rabbi YANNAÏ disait : « Il ne nous est pas donné de comprendre le bonheur des méchants, pas plus que les souffrances des justes » (Chapitre IV, michna 19).

Voulant nous faire comprendre que nos capacités de jugements sont infiniment inférieures à celles de l’omniscience divine, MAIMONIDE souligne à maintes reprises les obstacles qui s’accumulent sur le chemin de l’homme lorsqu’il s’éloigne de D.ieu, lorsqu’il rompt le lien qui existe entre lui et son Maître. « Il dépend de toi, soit de fortifier et de consolider ce lien, soit de l’affaiblir et de le relâcher petit à petit, jusqu’à la défaite. » A propos du passage de Deutéronome XXXI, 17 : « Je cacherai ma face devant eux », il ajoute qu’il est évident que, si D.ieu cache sa face, c’est nous qui en sommes la cause. Ce voile (qui nous le dérobe) est le résultat de notre œuvre. MAIMONIDE poursuit en disant : « En effet, lorsque la pensée de l’homme est parfaitement pure, lorsqu’il perçoit D.ieu, il n’est pas possible qu’une espèce de mal quelconque vienne jamais frapper cet homme, car il est avec D.ieu et D.ieu est avec lui. Mais, lorsqu’il se détourne de D.ieu et se dérobe en quelque sorte à Ses regards, D.ieu se dérobe à lui, et il reste alors exposé à tous les maux qui peuvent par accident venir le frapper. ( Guide des Egarés III, chapitre LI).

Ces propos introductifs nous permettent alors de mieux comprendre la situation des explorateurs dont il est question dans notre paracha. C’étaient, selon nos commentateurs, des hommes vertueux et respectables. Ils avaient été choisis par MOÏSE pour aller explorer le pays de CANAAN dans lequel devaient entrer les Hébreux, peu après leur sortie d’EGYPTE. Or, malgré leurs éminentes qualités, ils regardèrent au hasard, leur perception de D.ieu les ayant alors abandonnés. Ils n’avaient pas senti la présence divine. Les impressions qu’ils retirèrent du pays promis furent sans doute objectives à ce moment précis de leur mission. Ce n’est pas la sincérité qui leur a manqué mais la confiance en D.ieu, dont dépend en définitive toute forme de courage et tout esprit d’initiative. Il est vrai que les difficultés s’accumulèrent sur leur chemin : populations nombreuses et gigantesques, villes fortes, à chaque frontière une peuplade aguerrie : en sommes, toutes sortes d’obstacles leur rendaient la conquête de la Terre Promise difficile. En relisant le commentaire du MALBIM sur la Haphtara de cette semaine et dont nous parlerons plus, loin, on peut mieux comprendre l’erreur fondamentale commises par les douze explorateurs envoyés en mission par MOÏSE. En effet, ces douze hommes pourtant dotés de qualités religieuses éminentes, représentaient chacun une tribu. Chacune d’entre elles pouvait avoir des intérêts économiques différents par rapport à ceux des autres. L’un voulait se rendre compte si le territoire qu’il occuperait comporterait assez de terrains de pâturages pour ses troupeaux, le second, s’il y avait un dégagement sur la mer pour y installer sa flotte commerciale, le troisième si son territoire pouvait produire assez d’arbres fruitiers, etc. En fait, nul d’entre ces chefs ne pensait à l’intérêt général. C’est finalement ce qui les a conduit à leur perte et à celle de toute une génération condamnée à errer durant quarante années dans le désert, avant l’entrée dans la Terre Promise.

Plusieurs commentateurs, suivant l’enseignement du Midrash, estiment que les explorateurs avaient exagéré, sous l’effet de la mauvaise foi ou de la peur. RACHI est d’avis qu’ils commencèrent leur récit en rapportant la vérité pour mieux faire passer leurs mensonges. Nous connaissons bien, de nos jours, cette forme de désinformation souvent utilisée par tous les moyens utilisés pour la communication moderne.

Poursuivons notre étude en remarquant que NACHMANIDE voit deux parties différentes dans le rapport transmis par les explorateurs. La première, relatée à MOÏSE et AARON reflète la réalité : « Nous sommes entrés dans le pays où tu nous as envoyés ; oui vraiment, il ruisselle de lait et de miel, et voici de son fruit. Mais il est puissant, le peuple qui habite ce pays ! puis les villes sont fortifiées et très grandes, et même nous y avons vu des descendants d’ANAK ! (géants), AMALEC habite la région du midi ; le HETHEEN, le JEBUSEEN et l’AMORRHEEN habitent la montagne, et le CANANEEN occupe le littoral et la rive du Jourdain.... » (Nombres XIII, 27-29)

Dans la suite des versets nous prenons connaissance de leur pessimisme qui les pousse alors à calomnier le pays de CANAAN (versets 32-33). Le mécontentement que nous avons vu naître chez ces hommes, qui semblait un moment enrayé grâce à l’intervention de CALEB (l’un des deux explorateurs avec JOSUE à être resté fidèle à la mission ordonnée par MOÏSE), réapparaît ici sous l’influence des dernières paroles des explorateurs. Il va même prendre les proportions d’une émeute.

Ce manque de confiance des représentants du peuple va donc entraîner un châtiment irréductible : alors qu’ils n’avaient mis que onze jours pour parcourir le chemin allant de HOREB à KADECH BARNEA, les pérégrinations du peuple s’étendront sur une période de quarante années dans le désert avant de pouvoir pénétrer en Terre Sainte. C’est bien l’aveuglement général suscité par les chefs, dû à une déposition partiellement erronée, qui va malheureusement provoquer la perte de toute la génération des adultes ayant eu le privilège de vivre la sortie miraculeuse d’Egypte, de recevoir la Torah au Mont Sinaï. Elle aura été fourvoyée par des chefs ayant mal compris le sens de leur mission.

On peut en conclure qu’à l’époque de la sortie d’Egypte on était encore loin de la réalisation des paroles du prophète ISAÏE : « Alors les yeux des aveugles se dessilleront et les oreilles des sourds s’ouvriront. » (XXXV, 5). En relisant ce texte on a le triste sentiment qu’il y a encore de nos jours et à travers l’univers, des yeux qui gagneraient à s’ouvrir sur la réalité de certains événements. Nous sommes plus que jamais confrontés aux dangers que représentent la transmission par les moyens modernes, d’idées fausses ou d’informations tendancieuses et malveillantes. Nous en connaissons le prix, ne seraient-ce que par toutes celles que nous recevons journellement, relatives au conflit israélo-palestinien.

Comment ne pas en faire mention en cette période où nous célébrons le quarantième anniversaire de la guerre des six jours ? Nous savons depuis lors, combien l’Etat d’Israël et ses dirigeants ont dû faire face à toutes sortes de calomnies et de médisances. Nous ne comptons pas celles qui touchent encore de nos jours, les communautés juives à travers le monde, en raison des menaces antisémites n’ayant pas cessé, quelque soixante ans après les événements de la SHOAH. A travers un bref aperçu de notre paracha, nous pouvons ainsi nous rendre compte des dangers que peuvent présenter des informations malveillantes et tendancieuses.

HAPHTARA :

« JOSUE, fils de NOUN, envoya secrètement de CHITTIM deux explorateurs, en leur disant : « Allez examiner le pays, et JERICHO ». (JOSUE II, 1) Contrairement à la mission confiée par MOÏSE à douze explorateurs représentant chacun l’une des douze tribus d’Israël, près de quarante ans auparavant, celle qui va être effectuée sur ordre de son fidèle serviteur et successeur JOSUE, prendra une tournure finale plus favorable. L’exploration va parfaitement réussir. Elle reposait sur CALEB, l’un des deux hommes qui s’était désolidarisé naguère du défaitisme de ses compagnons. En fait, CALEB avait toujours gardé une profonde et sincère confiance en D.ieu. Ce trait de caractère marquait également la personnalité du second explorateur. Il s’agissait de PINHAS, petit-fils de AARON dont l’acte héroïque pour sauver ISRAËL de la débauche nous sera relaté dans Nombres XXV, 1 à 9.

Selon RACHI, le terme secrètement employé dans notre verset d’introduction définit la façon dont les deux hommes devaient se comporter durant leur mission : simuler la surdité, afin d’obtenir le maximum de renseignements. C’est bien la méthode assez classique de ceux qui se livrent à une forme d’espionnage, militaire ou scientifique. En l’occurrence, l’enjeu était de taille : permettre aux Hébreux de pénétrer enfin en Terre promise, sans risquer trop de pertes en vies humaines. Pour METSOUDAT DAVID, il s’agissait de scruter les pensées des habitants de la région désignée, et d’évaluer surtout leur moral. Il est intéressant de noter que RADAK rapporte l’adverbe secrètement à « envoya » pour nous indiquer qu’ils partirent à l’insu du peuple, afin de ne pas l’inquiéter à l’avance, soit, en cas de rapport défavorable, de ne pas risquer de les décourager plus tard.

L’on comprend le souci qu’avait JOSUE de faire partir cette mission. En effet, le long intervalle de temps séparant celle effectuée du temps de MOÏSE et celle de JOSUE aurait pu amener des changements utiles à connaître. JOSUE désirait donc en être informé avant de prendre la décision d’une expédition militaire. L’exploration embrassait, selon certains commentateurs, « le pays tout entier » et plus particulièrement JERICHO ; selon d’autres, seulement JERICHO et ses alentours.

Quoiqu’il en soit, beaucoup d’enseignements peuvent se dégager de notre Haphtara. D’abord, le fait que JOSUE veuille prendre un maximum de précautions pour garantir le succès. Ensuite, que ses hommes lui firent parfaitement confiance et purent même garantir au nom de D.ieu, la sécurité à la femme RAHAB qui les avait soustraits aux recherches du roi de JERICHO. Enfin, les noms géographiques illustrant notre texte nous montrent bien l’ancienneté des Hébreux sur cette terre, si âprement disputée, alors que nos plus anciens textes bibliques ne parlent nullement de Palestiniens. Nombreux sont nos contemporains, juifs ou non, à ne pas reconnaître cette vérité historique indiquée par la Bible, livre sacré entre tous.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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