« Donnez la vie... »

BILLET DU 3 JUIN 2007
publié le dimanche 3 juin 2007
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Bonjour,

Personne n’a été vraiment indifférent cette semaine à cette émission de télé-réalité en Hollande qui mettait en scène une femme en phase terminale d’un cancer inopérable qui se proposait de donner ses reins à une personne receveuse en attente d’une greffe. Seul problème, ce n’était pas une personne receveuse mais trois qui se trouvaient face à elle. Il lui revenait, aidée par le vote des téléspectateurs par sms, de choisir son receveur. Cela signifiait qu’une personne aurait la possibilité de vivre et que deux autres étaient condamnées, si ce n’est à la mort, à attendre un hypothétique donneur. Le tollé fut général considérant que l’on ne pouvait ainsi jouer avec l’espoir des malades en poussant le cynisme jusqu’à ce vote insupportable.

Le présentateur de « The Big Donor Show » annonça que tout cela n’était qu’un « canular » puisque la donneuse potentielle était une actrice. Un « canular » peut-être mais les trois receveurs étaient bien réels eux, et les téléspectateurs l’étaient tout autant. L’émission voulait alerter la population sur la réalité néerlandaise selon laquelle 200 personnes meurent chaque année de ne pas avoir reçu une greffe de reins, constatant que le délai moyen d’attente est de quatre ans. Cette réalité est très similaire à celle de la France. Le fait est qu’il y a plus de receveurs en attente que de donneurs. Cela pourrait être corrigé par une politique d’in formation et de sensibilisation sur la nécessité de faire don de certains de ses organes. On se souvient du cas de l’acteur Richard Berri qui en donnant un de ses reins a sauvé sa propre sœur.

Que dit le judaïsme de cela ? Le don d’organes est autorisé selon le principe talmudique que « celui qui sauve une vie humaine sauve l’humanité toute entière ». Cependant ce don ne peut être effectué post-mortem afin de ne pas atteindre à la dignité d’un mort. Pour que la mort soit avérée il faut qu’il y ait cessation des activités respiratoires, cardiaques et cérébrales. Ainsi une personne ne sera considérée comme morte qu’après avoir effectuée trois encéphalogrammes qui concorderont vers le même résultat. De plus il convient que son consentement éclairé soit obtenu. Ceci signifie très clairement que chacun d’entre-nous peut, selon la Loi juive, donner ses organes. Plus explicitement nous pouvons donner un rein, un lobe du poumon, un lobe du foie ou encore des cellules souches ou bien de la moelle osseuse. Il est à noter que selon la loi de bioéthique du 29 juillet 1994, « tout sujet en état de mort cérébrale peut être considéré comme un donneur potentiel ». Au regard de la loi française, cela signifie qu’en l’absence d’indications contraires on peut être prélevé en étant dans un coma irréversible par exemple sauf indications contraires.

Autant dire qu’il appartient à chacun de prendre ses responsabilités et d’émettre des souhaits clairs et réfléchis. Ne pensons pas seulement à l’hypothèse qu’un jour l’on puisse donner un organe mais considérons aussi que nous pourrions avoir le besoin vital d’en recevoir un.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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