Parasha Behaalothekha 5767

Chabbath 2 juin 2007 - 16 Sivane 5767 - Début : entre 20 h 07 et 20 h 27 - Fin : 22 h 43
publié le jeudi 31 mai 2007
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Lecture de la Torah : Nombres VIII, 1 à XII, fin : Le Candélabre ; consécration des Lévites ; seconde Pâque ; la marche dans le désert ; plaintes et médisance. Haphtara : Zacharie II, 14 - IV, 7 : Vision du Candélabre.

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Commentaires sur la Torah :

Parmi les passages de notre paracha ayant chacun une importance particulière, il en est un qui ne peut manquer de retenir notre attention, surtout lorsque l’on est habitué à suivre la lecture du Sefer Torah. En effet, on s’aperçoit alors, que dans tous les livres du Pentateuque, un passage est signalé en début et en fin, par la lettre hébraïque NOUN renversée, en gros caractères, comme s’il s’agissait d’une forme de parenthèses. Le but recherché consiste à attirer l’attention du lecteur par cette présentation assez inhabituelle d’un passage biblique. Nous lisons en effet : « Or, lorsque l’arche partait, MOÏSE disait : « Lève-toi, Eternel ! afin que Tes ennemis soient dispersés et que tes adversaires fuient de devant Ta face ! » Et lorsqu’elle faisait halte, il disait : « Reviens siéger,Eternel, parmi les myriades des milliers d’Israël ». (Nombres X, 35 - 36) La graphie de ces deux NOUN renversés entourant ce texte est signalée dans le Talmud Chabbat 115 b où l’on nous dit : « Nos Maîtres ont enseigné à propos de ces versets, que le Saint béni soit-Il marqua d’un signe le début et la fin de ce passage. » Que veulent indiquer ces deux NOUN renversés ? Le SIFREI (commentaire midrachique du Lévitique) nous dit ceci : « Ce passage était ponctué au début et à la fin ». On peut supposer que normalement, chaque lettre constituant les mots de ces deux versets aurait due être ponctuée, comme c’est le cas dans d’autres passages de la Torah. Aussi, pour éviter que cette ponctuation ne figure sur chaque lettre, a-t-on préféré encadrer l’ensemble du texte en le faisant précéder et suivre par deux NOUN renversés. Pourquoi cette inversion ? Pour éviter qu’on ne les considère comme faisant partie du texte. Autre question : pour quelle raison ce texte devait-il occuper une place particulière ? La réponse nous est fournie par Rabbi JUDA HANASSI (qui a codifié toute la Michna) par le commentaire suivant : « Ce passage constitue un livre à part. Rabbi Samuel bar Na’hmani a dit en effet au nom de Rabbi Yo’hanan : « Elle (la sagesse) a taillé sept colones » (Proverbes IX, 4 : ceci désigne les sept livres de la Torah. Qui a exprimé cette opinion ? c’est Rabbi Juda Hanassi. (Chabbat 116 a) Comment peut-on dire que la Torah comporte sept livres ? Qu’est-ce à dire ? Cela signifie qu’outre les cinq parties du Pentateuque que nous connaissons, le Livre des Nombres est divisé en trois parties, ce qui nous fait au total sept livres de la Torah. Qui a exprimé cette opinion ? C’est Rabbi. (Juda Hanassi) - (Chabbat 116 a) La question est alors de savoir ce qui a conduit nos Maîtres à accorder une telle importance aux deux versets cités plus haut. Quelle est selon eux l’idée profonde que l’on peut découvrir dans ces versets ? Pour y répondre, il convient de bien comprendre le texte lui-même, car il présente plusieurs difficultés. On est d’abord surpris de constater que MOÏSE ose s’adresser directement à D.ieu en disant : « Lève-toi », au moment où l’Arche se met en mouvement, et qu’il dise « Reviens » au moment où celle-ci fait halte. Ces mots pourraient faire croire que c’est MOÏSE qui les départs, les arrêts, alors que nous savons en lisant la paracha que c’est sur ordre de l’Eternel que le camp d’Israël se déplace ou s’arrête, lorsque les mouvements de la nuée qui précédait Israël à une distance de trois jours de marche, étaient destinés à manifester la volonté divine. La question que nous soulevons ici est posée dans le SIFRI (chapitre 55) : « Et MOÏSE dit : « Lève-Toi, Eternel ». Il est écrit par ailleurs : « Sur l’ordre de l’Eternel ils campaient et sur l’ordre de l’Eternel ils partaient » (Nombres IX, 20). Comment ces deux versets se conciliaient-ils ? La situation est comparable à celle d’un roi qui voyage, accompagné de son plus cher ami. Lorsqu’il s’apprête à partir il dit : « Je ne me mettrai en route que lorsque mon ami me fera signe » et lorsqu’il est prêt à s’arrêter, il dit : « Je ne m’arrêterai que lorsque mon ami sera à mes côtés ». Ainsi se trouvent conciliés les deux versets cités plus haut. » La lecture de ce Midrach nous permet de saisir de façon frappante le plus haut degré de rapprochement entre l’homme et son Créateur. D’un côté, le roi, malgré sa toute-puissance, ne part pas avant que son ami lui ait dit de le faire. D’un autre côté, étant donné que l’ami ne dit mot qu’au moment où le roi se met déjà en route. En conséquence, il identifie sa volonté à celle de son roi. Samson Raphaël HIRSCH donne à ce propos l’explication suivante, selon laquelle, l’invocation de MOÏSE « Lève-toi, Eternel » accompagne, comme si elle sur le point de s’accomplir, une action déjà faite. Selon ce Maître, il faut voir là la mise en pratique du principe enseigné dans les Pirké Avoth, chapitre II, michna 4, dans laquelle Rabban Gamliel fils de Rabbi Juda Hanassi enseigne : « Accomplis Sa volonté comme la tienne propre ». D’autre part, de quels ennemis s’agit-il dans l’invocation de MOÏSE quand il dit « ceux qui te haïssent » ? Là encore, nous aurons la réponse fournie par le SIFRI : « Peut-il y avoir des ennemis pour Celui qui, par Sa parole, a créé le monde ? (Certainement pas). Le verset vient cependant nous apprendre que celui qui hait Israël c’est comme s’il haïssait D.ieu. C’est dans le même sens qu’il est dit : « Par la grandeur de Ta majesté Tu terrasses ceux qui s’élèvent contre Toi. » (Exode XV, 7). Or, peut-on s’élever contre le Tout-Puissant ? Dans la question soulevée à propos de l’invocation de MOÏSE, le texte vient nous apprendre que s’élever contre Israël équivaut à s’élever contre D.ieu. Il est dit, dans le même sens : « N’oublie pas les clameurs de Tes ennemis, le tumulte sans cesse croissant de ceux qui s’élèvent contre Toi » (Psaumes LXXIV, 23) et aussi : « Car voici, Tes ennemis s’agitent, ceux qui Te haïssent lèvent la tête » (ibid. LXXXIII, 3). Comment expliquer ces verset ? « Contre Ton peuple, ils ourdissant des complots... » (v.4). Nous lisons de même chez Zacharie : « Celui qui vous touche, touche la prunelle de Son œil » (II, 8) où il est bien précisé « Son œil » et non pas l’œil, celui du Tout-Puissant. Ainsi, selon cette interprétation, ce sont les ennemis de D.ieu même que MOÏSE décèle sous les traits de ceux qui s’acharnent à notre perte. On pourrait dire cela également de tous ceux, qui au long de l’Histoire, ont osé nous frapper, sans songer un instant qu’ils s’en prenaient du coup à D.ieu Lui-même. En effet, que nous méritions ou non l’honneur qu’ils nous font, ils voient en nous les porteurs privilégiés de l’idée divine, de la vérité, de la justice, de la Loi et c’est pour tout cela qu’ils n’ont cessé de nous persécuter. Samson Raphaël HIRSCH (19° s.) explique l’identité entre « Tes ennemis » et les ennemis d’Israël de la manière suivante : « Les exigences de la Torah, justice et amour du prochain se trouvent en contradiction absolue avec les décisions arbitraires et l’esprit d’agression des monarques absolus qui concluent des alliances pour garantir leur domination au mépris du droit et de l’humanité. Agresseurs et partisans de la violence tentent de barrer le passage à la Torah. D’autre part, l’opposition radicale entre ses exigences de maîtrise de soi et de vie sainte et la grossière sensualité des masses pousse nécessairement ces dernières à lui vouer une haine qui ne manque pas de se traduire immanquablement par la persécution ». ajoutons ici que ce que souligne ce Maître, pourrait parfaitement traduire la situation tragique et dramatique que nous avons connue du fait de toutes les tyrannies s’attaquant aux communautés juives, la période nazie ou bolchevique pouvant servir d’exemple, sans parler des persécutions endurées durant le moyen-âge. Si nous passons maintenant à l’invocation de MOÏSE au moment où l’Arche faisait halte : « Reviens, Eternel, parmi les myriades des millions d’Israël », nous nous heurtons d’abord à une difficulté de syntaxe. Le verbe CHOUV (revenir) est intransitif et cependant il est suivi, dans la phrase hébraïque, d’un complément d’objet direct (les myriades d’Israël). La proposition « parmi » ne figure pas dans le texte. Certains commentateurs interprètent le verbe CHOUV comme un verbe transitif et lui donnent le sens de « ramène ». C’est la position qu’adopte le commentaire de DAAT ZEKENIM ou BAALE HATOSSAFOT : « Puissent les milliers et les myriades d’Israël atteindre le lieu qui leur est assigné, au grand complet, sans qu’un seul homme manque à l’appel. « Reviens » à ici le sens de « ramène » comme dans le verset : L’Eternel ramènera tes captifs »(Deutéronome XXX, 3). D’autres parmi nos commentateurs considérant également le verbe comme transitif, lui donnent un autre sens, celui d’apaiser, tel que l’exprime le prophète ISAÏE, chapitre XXX, 15 : « Car ainsi a parlé le Seigneur, le D.ieu éternel, le Saint d’Israël : « C’est la paix et la douceur qui seront votre salut, la quiétude et la confiance qui seront votre force, » mais vous vous y êtes refusés ». C’est l’interprétation que donne IBN EZRA sur le texte de MOÏSE en paraphrasant : « Que l’Eternel donne la tranquillité aux myriades d’Israël et qu’ils ne connaissent plus le trouble. » D’autres enfin, tout en adoptant le même sens, prennent le verbe comme intransitif. SFORNO, par exemple, explique : « Puisses-Tu, Eternel, prendre Ton repos au milieu de nous, y faire séjourner Ta présence. » Pour ce qui concerne le nombre des enfants d’Israël, « les myriades de milliers », le même commentateur en donne une explication littéral. Il suppose qu’il correspond à l’ensemble du peuple, femmes et enfants compris. Par contre, Samson Raphaël HIRSCH attire notre attention sur le caractère étrange de cette expression et sur le fait qu’en général le chiffre le plus petit précède le chiffre le plus grand, comme l’atteste l’exemple de la bénédiction donnée par sa famille à REBECCA au moment où elle va rejoindre son époux ISAAC, dont la Torah dit ceci : « Puisses-tu devenir des milliers de myriades » (genèse XXIV, 60). Cet auteur explique qu’il s’agit ici des myriades qui naîtront des milliers d’Israël ou qui viendront se joindre à eux. Selon cette interprétation, les versets cités en introduction prennent une signification qui dépasse l’époque où ils furent prononcés. Elle embrasse tous les temps et contient même une allusion à l’ère messianique. Que Celui qui s’est levé, semblent nous dire nos versets, pour disperser Ses ennemis et pour faire disparaître le règne du mal de la surface de la terre, qu’Il vienne à nouveau résider parmi les milliers et les myriades de Ses enfants, fils de Son peuple et de tous les peuples accourus vers Lui. En comprenant nos versets dans ce sens, ce court passage, auquel nos Maîtres accordaient tant d’importance, au point de le considérer à lui seul comme tout un livre de la Torah, se rapporte à cette même époque que le prophète ZACHARIE dont nous lirons le texte dans notre Haphtara de cette semaine aura ç l’esprit lorsque bien des siècles après le premier et le plus grand des prophètes, MOÏSE, dira : « Un grand nombre de nations se rallieront à l’Eternel en ce jour et elles deviendront Mon peuple et Je résiderai au milieu de toi (Zacharie II, 15).

HAPHTARA :

Notre paracha débutait par la description du chandelier dont les lumières devaient brûler sans arrêt, nuit et jour. La Torah nous donnait les conditions d’entretien et d’allumage de ce chandelier. Parallèlement, notre Haphtara nous parle du chandelier qui se trouvait dans le Temple de Jérusalem. Le prophète ZACHARIE s’exprime dans notre texte peu avant la fin de l’exil de Babylone, soit peu avant la restauration du second Temple. Ce texte est lu, il convient de le rappeler, le chabbat correspondant à la fête de HANOUKAH, généralement appelée fête des lumières. Notre Haphtara mentionne également le jour où nombreux seront ceux qui afflueront vers Jérusalem, quand toutes les nations, lors de la venue du Messie, auront enfin compris la place qu’Israël occupera dans le monde, et qu’auront enfin cessé toutes les luttes qui auraient pu nous faire disparaître. Il s’agit donc de cette multitude de gens reconnaissant D.ieu, que MOÏSE prédisait déjà dans le texte de la paracha lue cette semaine. Le prophète ZACHARIE exprime sa foi dans le brillant avenir qui sera réservé à Israël, à la fin des temps en s’exclamant : « Chante et triomphe, ô fille de Sion ! Car voici que j’apparais pour résider au milieu de toi, a dit l’Eternel. Nombre de nations se rallieront à l’Eternel, ce jour-là, et elles deviendront aussi mon peuple, mais ma résidence sera au milieu de toi..... » (Zacharie II, 14-15). Pour ce prophète, la réalisation de la parole divine s’appliquant à l’ère messianique se concrétisera sous deux conditions : la renaissance complète d’Israël sur sa terre, et le ralliement à l’enseignement divin, que son peuple élu a pour mission de transmettre à toute l’humanité, tout d’abord en servant d’exemple dans l’application de la morale universelle. Cette vision prophétique se termine surtout par un verset dont la portée véritable reste valable pour tous les temps : Ni par la force ni par la violence, mais par mon inspiration, a dit l’Eternel- Cebaot. (Zacharie IV, 6). Rappelons ici que ce verset biblique figure sur l’entrée de la Synagogue de la Paix à Strasbourg. Il mériterait, à notre humble avis, de figurer dans le préambule de toutes les constitutions des Etats se prétendant démocratiques. C’est là un rêve ou un vœu pieux, quand on sait pour défendre la paix et la liberté, on n’hésite pas de nos jours encore à privilégier les armes au détriment de la diplomatie et du dialogue entre les peuples. Par son exemple et sa fidélité aux valeurs enseignées par la Bible, l’Etat d’Israël moderne, pourtant tellement combattu et critiqué de toutes parts, poursuit patiemment et courageusement sa marche dans le chemin de l’Histoire, avec l’espoir de voir un jour se réaliser le triomphe du D.ieu Unique et Universel, enfin reconnu par toutes les nations de la terre.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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