Parasha Nasso 5767

Chabbath 26 mai 2007 - 9 Sivane 5767 - Début : de 20 h 00 à 20 h 15 - Fin : 22 h 35
publié le lundi 21 mai 2007
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Lecture de la Torah : NOMBRES IV, 21 - VII, 89 : Suite du recensement ; la femme soupçonnée ; le naziréat ; bénédiction sacerdotale ; offrandes lors de l’inauguration du Tabernacle. Haphtara : JUGES XIII, 2 - 25 : Annonce de la naissance de SAMSON

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Commentaires sur la Torah :

« Voici comment vous bénirez les enfants d’Israël » . (Nombres VI, 23) Ce verset et les courtes phrases qui lui succèdent, sont bien connues dans nos communautés. Depuis des temps immémoriaux, ils font partie de notre cadre liturgique puisqu’ils sont prononcés, soit par l’officiant dans les prières de chaque matin des jours de semaine, du chabbat matin à l’office de CHA’HARITH et MOUSSAF, les jours de fêtes, dans les mêmes conditions, les jours de jeûne à l’office de l’après-midi. Rappelons également que les COHANIM prononcent publiquement ces bénédictions aux jours que nous venons d’indiquer, tout dépendant du rite de la communauté. L’usage veut que les pères, selon le rite achkenaze, bénissent leurs enfants selon les mêmes formules, tous les vendredis soirs, à la sortie de la synagogue ou avant le repas familial du vendredi soir. Ainsi, c’est dans notre paracha que nous retrouvons ce texte bien connu. Il me semble intéressant d’en rappeler le sens que de nombreux fidèles ne connaissent pas lorsqu’ils entendent ces paroles durant les offices religieux. Voici tout d’abord les trois phrases que comporte cette bénédiction sacerdotale : « Que l’Eternel te bénisse et te protège ! » « Que l’Eternel fasse rayonner sa face sur toi et te soit favorable » ! « Que l’Eternel dirige son regard vers toi et t’accorde la paix ! »

I° « Que l’Eternel te bénisse et te protège ». Selon notre Tradition, le fidèle doit être convaincu que D.ieu est seul en mesure d’accorder aux hommes mes biens de la terre dont ceux-ci voudraient avoir la jouissance. D.ieu Tout-Puissant est en effet l’unique propriétaire de tout ce qui existe sur terre. Que nul ne s’imagine alors avoir acquis des biens parce qu’il a réussi à bâtir une fortune qui pourrait disparaître d’un revers de main, selon les aléas de la bourse ou de la conjoncture économique. Le psalmiste juge utile de nous mettre en garde contre nos prétentions en disant : « C’est l’Eternel qui est l’arbitre ; il abaisse l’un, il élève l’autre. » (Psaumes LXXV, 8). Dans la version hébraïque, ce premier texte se compose de trois mots et nous parle d’une promesse de bienfaits relative à nos biens matériels et terrestres. II° « Que l’Eternel fasse rayonner Sa face sur toi, et te soit bienveillant ». Cette seconde partie est la suite normale et logique de la première. En effet, s’il est permis de profiter des avantages matériels promis et assurés par D.ieu, encore faut-il les mériter et en être digne. Cela est lié à la manière dont on observe les commandements divins. Pour y parvenir, il nous faut bénéficier de la force spirituelle que peut nous apporter une meilleure connaissance des lois de D.ieu. Cette force, indispensable à notre équilibre, peut nous être accordée par D.ieu dès lors que nous faisons l’effort de la rechercher. Pour cela, il nous faut tenter d’échapper à tout ce qui pourrait entraver notre recherche des voies nous conduisant à D.ieu et à la vérité absolue que représente la Torah. III° « Que l’Eternel dirige Son regard vers toi et t’accorde la Paix ». C’est par cette protection particulière que nous accorde D.ieu que nous pouvons parvenir à la plénitude des bénédictions que nous sollicitons de sa part. C’est en effet la Paix qui constitue le sommet de tout ce à quoi l’Homme doit aspirer. Elle représente le bien suprême, elle est la source indiscutable de toutes les autres bénédictions. Aucune autre forme de bénédiction ne pourrait nous apporter ce Bonheur. Il faut bien se rendre compte que la possession de nos biens matériels et spirituels n’ont de valeur que si règne dans le monde la Paix, facteur d’union, de coopération, dans un but constructif visant à établir davantage d’harmonie entre les hommes. Faut-il encore le répéter ? S’agissant de notre inquiétude et de nos angoisses concernant la sécurité de nos frères en Israël et celle des juifs dans de nombreuses régions du globe terrestre, nous ne pouvons qu’espérer voir se réaliser cette dernière partie de la bénédiction sacerdotale. Pour assurer la Paix, au-delà de certains vœux pieux, grands sont les mérites de ceux qui au jour le jour y apportent leur contribution. C’est donc sur cette notion de Paix que s’achève notre paracha, lorsqu’elle énumère la liste des sacrifices apportés par les douze princes d’Israël, lors de l’inauguration du Tabernacle. Une lecture attentive du texte biblique qui nous semble répétitif et monotone, nous montre que les dons offerts étaient tous identiques en quantité et en qualité. Ce n’était pas un hasard. Cela traduisait la volonté divine. Selon le Midrash, l’un parmi les ces princes demanda à ses pairs d’apporter chacun à tour de rôle un sacrifice de même valeur. Nulle distinction ne devait se remarquer quant à la générosité de chacun. Devant un projet aussi noble que celui de la consécration du Tabernacle, chacun des princes devait savoir s’effacer et ne montrer aucune trace de rivalité ou de susceptibilité. Belle leçon de cohésion et de collégialité. En conséquence, pour les récompenser de l’exemple d’harmonie qu’ils offraient ainsi, ils eurent le mérite d’être cités individuellement et séparément. Car le midrash auquel nous faisons référence, en vient à conclure que nous devons toujours nous efforcer d’honorer notre prochain comme il convient, quand il s’agit de réaliser l’harmonie et la solidarité d’un groupe ou d’une société. C’est à cette condition en particulier que D.ieu ne peut manquer de nous favoriser en nous accordant sa bénédiction de paix et de bonheur auquel nous aspirons si légitimement. Agissant comme ils l’ont fait, ces douze princes cités dans notre paracha n’avaient qu’un seul objectif : c’était d’œuvrer de façon discrète pour la gloire divine, sans briguer le moindre avantage personnel. Ne serait-ce pas là une belle leçon, somme toute, pour nombre de nos contemporains, leaders communautaires, rabbins ou simples fidèles, tous ceux qui oeuvrent dans des associations à but social ou humanitaire, que de comprendre combien sont futiles les honneurs, et d’apprendre surtout que s’ils agissent, c’est pour se rendre utiles, de façon totalement désintéressée, à l’exemple de tous les grands maîtres de notre Tradition. Pour compléter tout ce que nous venons de dire, en rapport avec la bénédiction sacerdotale, citons ici, parmi l’ensemble des commentaires ayant traité de cette question, celui d’ABRAVANEL. Selon lui, les trois parties constituant cette bénédiction concernent les trois groupes formant la nation d’Israël : le PEUPLE qui travaille, les chercheurs et les intellectuels, et enfin les combattants chargés de protéger l’ensemble de tous ceux qui vivent sur la terre d’ISRAËL. La première phrase « que l’Eternel te bénisse et te protège ! » concerne les travailleurs, pour que la bénédiction divine vienne récompenser leurs activités. Les chercheurs et les intellectuels sont concernés par la seconde phrase : « que l’Eternel fasse rayonner sa face sur toi et te soit favorable ! », pour que D.ieu leur inspire les connaissances nécessaires à leurs travaux. Enfin, la troisième partie de cette bénédiction « que l’Eternel dirige son regard vers toi et t’accorde la paix » s’applique au guerrier pour qu’il échappe au danger de la guerre, grâce à la Paix, suprême bénédiction pour l’Homme. Dans les temps troublés que connaît Israël sur sa terre, et que connaissent nos communautés, à travers le monde, cette bénédiction sacerdotale garde sa valeur sacrée, telle qu’elle l’avait à l’époque du Temple, dont le Mur Occidental ne reste que l’ultime vestige, en attendant la reconstruction de ce lieu majestueux, quand enfin l’humanité toute entière ne connaîtra que la paix et la fraternité.

HAPHTARA :

C’est dans le Livre des JUGES que nous trouvons le passage utilisé pour la lecture de notre Haphtara. Il s’agit d’un texte narratif à caractère historique. Il parle de la naissance de SAMSON, ce héros légendaire ayant utilisé sa force pour vaincre un peuple ennemi, les Philistins. La mère de cet homme, dès avant sa naissance qu’elle espérait depuis très longtemps, s’était engagée envers D.ieu de vouer son fils à Lui, prenant sur elle que celui-ci serait un abstinent, un NAZIR dont jamais les cheveux ne seraient coupés, et qui ne boirait jamais de vin. C’est donc grâce à cette protection particulière, que SAMSON doué d’une force extraordinaire, put venir à bout des ennemis de son peuple. Notre Haphtara, en mettant l’accent sur la mère de SAMSON, veut nous montrer la figure d’une femme exceptionnelle, dont toutes les pensées étaient dirigées vers D.ieu, et ne se souciant que de la formation spirituelle de l’enfant qui allait naître. L’épisode rapporté dans notre texte se situe donc à une époque troublée et sombre pour l’histoire et l’existence du peuple juif. Les malheurs qui s’étaient abattus sur lui ont eu pour effet de lui faire prendre conscience que son salut ne pouvait provenir que de D.ieu, à condition que le peuple soit uni dans une même volonté d’observer les commandements jusqu’alors négligés. Par ailleurs, nous savons que SAMSON appartenait à la tribu de DAN, connue pour être numériquement la plus petite parmi les tribus d’Israël. Malgré cette lacune, elle eut le mérite de produire cet homme consacré à D.ieu, et bien que provenant d’une famille modeste. On pourrait dire que son mérite personnel et non des biens matériels qui était ainsi récompensé. Le choix qui allait se porter sur lui devait lui permettre d’aider son peuple à un moment particulièrement difficile pour sa sécurité. Quelle leçon d’actualité pourrions-nous tirer de cette lecture qui paraît d’un autre temps ? Celle selon laquelle, le nombre limité de nos frères vivant actuellement sur la terre d’Israël pourrait constituer un handicap pour sa sécurité constamment menacée par ses voisins, n’acceptant pas leur existence dans cette partie du monde. Mais ce peuple, faible numériquement, est malgré tout grand par ses réalisations dans tant de domaines scientifiques et militaires. La main et la protection de D.ieu y sont incontestablement présentes. Ce petit peuple, noyé au milieu d’un flot d’ennemis acharnés à sa perte, peut malgré tout constituer une force spirituelle et et morale, inspirée par ses traditions millénaires, pouvant être bénéfique pour l’ensemble des sociétés civilisées et démocratiques au milieu desquelles nous évoluons. ISRAËL peut et doit être un facteur de bonheur spirituel et de prospérité matérielle pour l’ensemble de l’humanité, selon la bénédiction que D.ieu adressa naguère au patriarche ABRAHAM et à nous ses descendants : « et par toi seront bénies toutes les familles de la terre » (Genèse XII, 3).



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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