Le compte du Omer - du Hametz vers la Matza ou de la Matza vers le Hametz ?

publié le jeudi 17 mai 2007
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Nous nous trouvons actuellement dans la période du compte du Omer. Les versets de la Torah décrivant ce compte dans la parachat Emor (Vayikra 23,15) nous apprennent que le compte du Omer commence le jour où l’on apporte l’offrande végétale du Omer, c’est-à-dire le deuxième jour de Pessah, et que le compte dure sept semaines. Nous allons essayer de mieux comprendre la signification de ces jours et ce que veut nous apprendre la Torah quand elle fait le lien entre le compte du Omer et l’offrande végétale du Omer.

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Les Sages nous enseignent que pendant l’esclavage d’Egypte, les enfants d’Israël étaient tellement imprégnés de la dépravation de la culture égyptienne qu’ils atteignirent le 49e degré d’impureté et que la raison pour laquelle D... les libéra est parce qu’il l’avait promis à Avraham et non par leur mérite personnel. Cependant, une fois sortis d’Egypte, les enfants d’Israël devaient se préparer au don de la Torah et contrairement à la libération d’Egypte qui pouvait se dérouler même en l’absence de mérites, la Torah, elle, ne peut être donnée sans avoir le niveau requis et ce niveau est le 49e degré de sainteté !

Cette élévation va pouvoir se faire grâce au compte du Omer dont le but est de nous aider à nous améliorer de l’intérieur en vue de recevoir la Torah. Ainsi, pendant le Omer, on lit les Pirkei Avot où nos Sages nous transmettent leurs conseils pour nous aider à travailler sur nous-mêmes. De plus, chaque jour du compte est dédié à la réparation d’un trait de caractère particulier : la première semaine est consacrée à la bonté, la deuxième à la force et ainsi de suite pour qu’à la fin des sept semaines, nous soyons enfin prêts à recevoir la Torah. Maintenant, nous arrivons aussi à comprendre pourquoi les jours du Omer ne sont pas comptés à rebours. En effet, si le seul but des jours du Omer était de nous amener à Chavouot, pourquoi ne comptons nous pas les jours nous séparant de Chavouot au lieu de compter les jours déjà passés ? Car en fait, les jours du Omer ne font pas seulement état de la séparation entre Pessah et Chavouot mais sont en eux-mêmes une progression. Chaque jour est donc important et c’est pourquoi nous comptons les jours que nous avons déjà eu la chance de vivre. C’est aussi la raison pour laquelle la Torah, dans la parachat Emor, ne mentionne pas le jour de Chavouot comme le jour final du compte car le compte du Omer est une progression en soi, indépendante de Chavouot comme nous le disons dans la Hagada de Pessah, « s’il nous avait amenés devant le mont Sinaï sans nous donner la Torah, cela nous aurait suffi ». Le simple fait de pouvoir se tenir au pied du mont Sinaï est déjà un grand accomplissement, même si l’on ne devait pas recevoir la Torah. Et ainsi que le dit le verset sur le compte du Omer en ce qu’il semble être une redondance : « Vous compterez pour vous ». Nulle redondance en réalité car le compte du Omer est véritablement un compte pour nous, pour notre bien, qui nous permet d’avancer de jour en jour et d’acquérir de nouvelles qualités.

Cette progression peut aussi être vue dans la différence qu’il existe entre l’offrande du Omer faite à base d’orge que l’on amène le deuxième jour de Pessah, et les deux pains que l’on offre à Chavouot qui sont à base de blé. En effet, l’orge est un aliment plutôt réservé aux animaux tandis que le blé est la nourriture de l’homme. Etant sortis d’Egypte avec un niveau de sainteté des plus bas, comme des animaux, l’offrande que nous amenons pendant Pessah est à base d’orge, aliment réservé à l’animal. Mais après que nous ayons évolué pendant le compte du Omer et que nous soyons véritablement devenus des hommes prêts à recevoir la Torah, l’offrande que nous amenons devant D... pendant la fête de Chavouot est faite à base de blé, nourriture de l’homme.

Cependant, si nous nous penchons un peu plus en détail sur ces offrandes de l’Omer et de Chavouot, nous pouvons relever ce qui semble être a priori une contradiction. La Michna Menahot (chapitre 5, michna 1) rapporte que toutes les offrandes végétales de la Torah (y compris celle de l’Omer) sont faites à base de pain non levé, c’est-à-dire de Matza, mais qu’il existe deux exceptions : l’offrande amenée avec le sacrifice de Toda (ou remerciement) et les deux pains de Chavouot qui, eux, sont Hametz. Voici un point bien surprenant : pourquoi l’offrande de l’Omer que l’on amène à Pessah est-elle à base de Matza et les pains de Chavouot sont-ils Hametz ? Nous savons pourtant que le Hametz est le symbole de notre mauvais penchant. Par exemple, le Hametz rappelle l’orgueil car de même que la pâte gonfle pour former du Hametz, la personne orgueilleuse se gonfle devant les autres pour mieux se montrer. Le Hametz rappelle aussi la fainéantise car de même qu’il faut laisser la pâte sans la travailler pour la voir gonfler, le fainéant lui aussi se laisse aller et n’a pas la force de travailler sur lui-même. Ainsi, de même que nous avons cherché le Hametz dans tous les coins et recoins de la maison à Pessah pour le brûler totalement, nous devions aussi fouiller dans tous les coins et recoins de notre personnalité pour brûler tous nos mauvais côtés. De surcroît, pendant le compte de l’Omer, nous avons continué notre évolution et avons encore essayé de nous améliorer. Si c’est ainsi, comment la Torah nous demande-t-elle d’amener une offrande à base de Hametz à Chavouot, jour où nous devrions normalement être au sommum de la pureté ?

Et pour renforcer la question, citons les paroles du Ramban sur la parachat Emor : « Et pendant la fête de Chavouot qui est le jour du don de la Torah, on devra amener une offrande semblable à celle de la Toda [...] et c’est le secret des paroles de nos Maîtres quand ils disent que tous les sacrifices seront annulés dans le monde futur sauf le sacrifice de Toda car il contient à la fois du Hametz et de la Matza car ainsi sont les choses dans le monde futur. » Comment comprendre les paroles de nos Maîtres que seuls les sacrifices contenant du Hametz et de la Matza resteront dans le monde futur car ils en sont les meilleurs représentants ?!

En fait, de même que nos qualités sont nécessaires pour accomplir notre travail dans ce monde-ci, nos défauts eux aussi ont leur place dans le service de D... Le problème étant que le service de D... avec notre mauvais penchant est bien plus difficile car il contient de nombreux dangers et demande une profonde compréhension de ses propres facultés et de leurs limites. Passons par une parabole pour mieux comprendre : quelqu’un qui mangerait trop et sentirait que la nourriture lui nuit, s’arrêtera de manger car il pense au départ que c’est le concept même de nourriture qui lui fait du mal. Cependant, avec le temps, quand il ressentira qu’il est impossible de rester sans manger, il devra à ce moment approfondir le concept de nourriture et découvrira qu’en réalité, ce n’est pas la nourriture qui lui est néfaste mais qu’il y a plusieurs types de nourriture, certains bons et d’autres mauvais. La solution à long terme sera donc de continuer à manger mais de manger les bons aliments. Et c’est ce message, appliqué à notre mauvais penchant, que la Torah a voulu nous transmettre entre Pessah et Chavouot. Quand nous sommes sortis d’Egypte, nous étions plongés dans l’impureté et nous ne savions pas nous servir de nos défauts pour le bien. La Torah nous a donc ordonné de brûler tout le Hametz, c’est-à-dire tous nos mauvais penchants, à cause du danger que nous retombions dans l’impureté de l’Egypte. Mais, après que nous avons progressé pendant le compte de l’Omer et que nous avons purifié tous nos traits de caractère au service de D..., il devient non seulement possible de servir D... avec nos défauts mais c’est même un commandement car nous voyons que la Torah nous ordonne d’amener une offrande à base de Hametz à Chavouot !

Voici quelques exemples pratiques pour mieux comprendre à quel point il est indispensable de servir D... avec ses défauts. Par exemple, l’orgueil est dans la plupart des cas un défaut dont il faut s’éloigner à tout prix. Cependant, si un non-juif se présente et vient salir le judaïsme, il est de notre devoir de lui montrer à quel point nous sommes fiers d’être juifs. De même, la fainéantise est un défaut nous empêchant d’aller accomplir des Mitzvot mais de manière surprenante, le fainéant sera tout aussi vif que les autres à aller transgresser les fautes. Cet homme, plus que tout autre, devra savoir utiliser sa fainéantise contre son mauvais penchant et lui dire : « Non, je ne courrai pas pour aller faire cette faute, aurais-tu oublié que je suis fainéant ? »

Selon cette explication, nous arrivons maintenant à comprendre les paroles du Ramban car voici vraiment ce qu’il se produira au monde futur : un service de D... accompli par tous les côtés de la personnalité que D... nous a donné, Hametz et Matza, qualités comme défauts. Et comme le dit Rachi sur le passage que l’on lit dans le Chema (Devarim 5,6) : « Tu serviras l’Eternel de tous tes cœurs - avec tes deux penchants, le bon et le mauvais. »

De la même manière, nous pouvons maintenant expliquer les paroles de la Michna Pessahim (chapitre 9, michna 3) qui demande la différence entre Pessah et Pessah Cheni1 et répond que pendant Pessah, il est interdit de voir, de posséder et de manger le Hametz tandis qu’à Pessah Cheni, le Hametz et la Matza sont tous deux dans la maison. Si la Torah donne une autre occasion de faire Pessah aux personnes n’ayant pas pu le faire la première fois, pourquoi n’impose-t-elle pas les mêmes règles halakhiques que pendant Pessah ? Car en fait, Pessah Cheni ne ressemble pas totalement à Pessah : entre-temps, nous avons pu progresser et nous avons commencé à apprendre comment nous servir de notre Hametz intérieur. Et donc, contrairement à Pessah où il est interdit de voir, de manger et de posséder du Hametz ; à Pessah Cheni, le Hametz est encore interdit à la consommation mais il est permis de le posséder dans la maison et de le voir pendant que l’on mange la Matza. Et ensuite, au moment de Chavouot, la consommation du Hametz devient même une Mitzva !

Et de même que nous pourrons accélérer la venue du monde futur en apprenant à orienter à la fois nos bons penchants et nos mauvais penchants vers le service de D..., ainsi devra se faire la réparation du peuple. L’union entre le Machiah ben Yossef et Machiah ben David annoncée dans les prophètes est l’union des forces plus matérielles du peuple d’Israël représentées par Yossef avec les forces spirituelles de Yehouda dont descendra David. Et c’est seulement dans cette union entre le matériel et le spirituel, au niveau individuel comme au niveau collectif, que nous pourrons faire venir le Machiah ben Yossef et le Machiah ben David ainsi que la délivrance complète. Que D... nous accorde la joie de voir et de vivre ces moments le plus vite possible bimhera beyameinou amen.







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