Parasha Béhar-Be’houkotaï 5767

Chabbath 12 mai 2007 - 24 Yiar 5767 - Début : de 19 h 46 à 20 h 01 - Fin : 22 h 13
publié le jeudi 10 mai 2007
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Bénédiction du mois - PIRKE AVOTH : Cinquième chapitre Lecture de la Torah : Lévitique XXV, 1 - fin du livre : Années sabbatiques et jubilaires ; bénédictions et malédictions ; vœux et dîmes. Haphtarah : JEREMIE XVI, 19 - XVII, 14 : Le sort du pécheur et celui du juste.

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Commentaires sur la Torah :

Le Livre du Lévitique dont nous allons achever la lecture cette semaine, avait débuté par l’énoncé de règles relatives à la morale, à la pureté, autant de lois restant toujours en vigueur, pour tous les temps, malgré la destruction du Temple et de lois spécifiques quand celui-ci constituait le centre religieux de l’ensemble du peuple d’Israël. Notre paracha traite de la question de l’année sabbatique et de l’année du Jubilé, concernant la période où le peuple juif se trouvant sur sa terre, devait tous les sept ans, laisser la terre en jachère, et tous les cinquante ans, proclamer la liberté pour tous les hommes ayant dû aliéner celle-ci pour payer leurs dettes. Ces questions mériteraient de longues études car elles nous permettraient de mieux connaître la manière par laquelle la Torah nous propose le règlement de questions économiques et des relations humaines dans le cadre du monde du travail. Assez curieusement, nous semble-t-il, nous retrouvons là des thèmes concernant le monde dans lequel nous évoluons et pour lesquels différentes solutions sont tout à tour proposées par les milieux politiques et syndicats, sans qu’aucune d’entre elles n’ait pu faire la preuve de son efficacité. Laissant tout cela de côté, nous nous bornerons à l’étude du chapitre biblique traitant des bénédictions et des malédictions annoncées soit en tant que récompenses soit en tant que châtiments réservés à tous ceux qui se soumettent aux lois de la Torah ou qui viennent à les enfreindre. La lecture des chapitres concernés ne peut nous laisser indifférents. A la lumière de ce que nous venons de dire, et malgré toutes les rapprochements avec la période moderne, ce qui reste toujours valable et doit susciter nos réflexions, c’est notre approche par rapport à nos devoirs envers D.ieu, source de toute permanence, et de nos rapports avec nos semblables. Ce qui nous incombe en premier lieu, particulièrement en cette période séparant la fête de PESSA’H de celle de CHAVOUOTH dont nous avons déjà parlé les semaines précédentes, c’est de tenter chaque jour davantage, de faire retour à la Loi de D.ieu, source permanente de nos réflexions et de nos actions. Elle nous impose des devoirs souvent difficiles à concilier avec les impératifs de la vie moderne. Peu importe, car elle nous place avant tout devant les exigences de nos Foi. C’est en son nom que nos ancêtres ont supporté tant d’épreuves durant toutes les générations qui nous ont précédé. La nôtre, avec le cataclysme de la SHOAH, a elle aussi, payé un lourd tribut à la folie meurtrière des hommes. Nous sommes là placés devant l’éternelle question dont nul n’est en mesure de donner une réponse précise : celle de savoir pour quelle raison les justes souffrent alors que tant de méchants apparemment semblent vivre dans la plénitude du bonheur. Cette question, selon nos Sages, relève de notre ignorance des desseins de D.ieu. Ce que ne cessent de nous rappeler la Torah et les prophètes de la Bible, c’est que D.ieu veille sur chacune des Ses créatures. Or, il faut également savoir que chacune d’entre elles tient en grande partie sa destinée entre ses mains. De sorte qu’elles sont invitées à prendre leur destinée entre leur main. Il s’agit donc de savoir prendre ses responsabilités, tant au plan religieux que général. La voie qui nous permet de faire le bon choix consiste à nous inspirer des enseignements que nous présente la Torah. Quelles que soient nos hésitations, quels que soient nos doutes devant des situations que nous sommes en général incapables d’interpréter ou de maîtriser, il nous semble évident que devant la Toute-Puissance de D.ieu, nous n’avons d’autre ressource que celle d’accepter Sa décision pour tout ce qui touche à la marche du monde dans laquelle nous avons cependant une possibilité d’action pour assumer pleinement notre fonction dans ce bas-monde. En somme, nous laissant l’entière responsabilité de nos actes, D.ieu nous a permis, grâce à la pratique quotidienne de Ses lois, d’assurer notre bonheur sur terre afin d’acquérir des mérites pour le monde futur auquel nous sommes invités à croire. C’est bien là l’enseignement des Pirké Avoth nous rapportant le texte suivant au nom de Rabbi JACOB (maître de Rabbi Juda le Prince, codificateur de la Mishna) : « Ce monde n’est que le vestibule du monde futur ; prépare toi dans le vestibule, pour que tu puisses entrer dans l’intérieur du palais » (chapitre IV, mishna 16). La fin de notre paracha, après nous avoir indiqué une série de malédictions susceptibles de frapper ceux qui désobéiraient à la volonté divine, nous indique ensuite les bénédictions venant récompenser ceux, qui au contraire, pourraient en bénéficier en raison de leurs mérites. C’est également pour nous inviter à choisir plutôt cette voie, celle du Bien, que nous trouvons, toujours dans les Pirké Avoth, chapitre II, mishna 4, la recommandation suivante : « Exécute la volonté de D.ieu comme la tienne, afin qu’Il considère ta volonté comme la Sienne ». Nul ne saurait nier, que tout au long de son Histoire, le peuple juif a malgré lui, pu éprouver bien des malédictions qui se sont abattues sur lui, et qui s’apparentent à celles annoncées dans la Torah. En conséquence, il nous faut également croire à la réalité des bénédictions qui seront accordées à ceux qui suivent fidèlement la volonté du Créateur. Dans la Haphtara que nous lirons cette semaine et que nous commenterons plus loin, nous lisons ce verset du prophète JEREMIE - chapitre XV, verset 7 nous disant : « Béni soit l’homme qui se confie en l’Eternel, et dont l’Eternel est l’espoir ». Remarquons que cette phrase est régulièrement récitée durant les actions de grâces (birkat hamazone, à la fin de chaque repas). Elle nous permet de puiser force et courage dans le tourbillon quotidien, sans totalement désespérer de lendemains meilleurs.

HAPHTARA :

C’est au prophète JEREMIE que nous venons de citer, qu’est emprunté le texte de notre Haphtara. Dans ce passage biblique, celui-ci fustige d’abord ceux qui pratiquent l’idolâtrie, très courante à son époque et à laquelle n’échappaient pas un grand nombre de ses coreligionnaires. Pour sa part, il se fonde sur les prophéties reçues. Il estime en conséquence que tous les malheurs frappant son peuple, qu’il ne cesse de mettre en garde, surtout à l’approche de la grande catastrophe que représente la destruction du premier Temple de Jérusalem en 586 avant l’ère vulgaire, ont été la cause directe de tous les malheurs qui se sont abattus sur lui. Aussi, tente-t-il d’en dégager la leçon en disant : « Nos ancêtres n’ont hérité que du mensonge, vanité inutile. Et ces hommes se créent des dieux, qui ne sont point des dieux » (Jérémie XVI, 19). En y réfléchissant bien, on serait tenté de penser que cette remarque vaut également pour notre génération. Comme de nos jours, JEREMIE met en garde ses contemporains contre l’inanité des idoles, contre des cultes n’ayant aucune base sérieuse, contre des pratiques n’aboutissant qu’à du néant. Toutes les modes ne sont-elles pas passagères ? N’y a-t-il pas de fantasmes dans l’esprit de ceux qui refusent la Vérité que représente une tradition authentique comme celle de la Torah, si on la place face à toutes sortes d’idéologies philosophiques ou politiques n’ayant abouti qu’à des catastrophes et des drames ? D’ailleurs, il semble inutile de chercher la comparaison. Dans cette Haphtara, il nous semble intéressant de relever ce verset 19, que nous venons de citer et au sujet duquel, pour dénoncer les mensonges nuisibles, MAIMONIDE nous dit ceci : « Tu comprendras que tout cela est pernicieux et si ce n’est pas là une chose qu’il fallait faire cesser à tout prix » (Guide des Egarés, 3ème partie, chapitre 49). Ce grand penseur du Judaïsme médiéval, enserré entre le monde chrétien et surtout musulman qu’il connaît parfaitement bien, considère que les commandements de la Torah constituent pour nous l’unique remède à tous les maux de la société, ce que ne semble pas accepter la nôtre en particulier. Pour y faire face, comme une sorte de supplique, JEREMIE vient alors nous suggérer le passage suivant : « Guéris-moi, Seigneur, et je serai guéri ; sauve-moi et je serai sauvé, car Toi seul tu es ma gloire ! » (Jérémie XVII, 14). On l’aura sans doute compris, la guérison physique de nos maladies relève à la fois de D.ieu et des médecins se trouvant sur notre chemin. C’est davantage de la guérison des maladies de l’âme et de l’esprit dont il est question ici. C’est donc en nous référant à la Torah que nous pouvons nous enrichir spirituellement et trouver ainsi la meilleure voie possible pour notre épanouissement et notre bonheur. Entre la vie terrestre et la vie céleste, entre la santé physique et celle de l’âme, en somme, dans tous nos choix de vie, nous devons être persuadés que la Torah nous offre de sérieuses possibilités de réflexions venant ainsi adoucir les dures réalités de notre existence quotidienne.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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