Parasha A’hare-moth-kedouchim 5767

Chabbath 28 avril 2007 - 10 Iyar 5767 - Début : entre 19 h 30 et 19 h 45 - Fin : 21 h 50
publié le mercredi 25 avril 2007
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Lecture de la Torah : Lévitique XVI, 1 - XX, fin : KIPPOUR - lois de sainteté. Haphtara : Achkenazim : Amos IX, 7 - 15 : D.ieu ramène les captifs d’Israël. Sefaradim : Ezechiel XX, 1 - 20 : Malgré les révoltes d’Israël, D.ieu l’a mené d’âge en âge.

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Commentaires sur la Torah :

« L’Eternel parla à MOÏSE en ces termes : « Parle à toute la communauté des enfants d’Israël et dis leur : soyez saints car Je suis saint, Moi, l’Eternel, votre D.ieu. » (Lévitique XIX, 1 - 2). Lorsque l’on compare le début de notre sidra à celui d’autres textes du Lévitique où MOÏSE reçoit l’ordre de transmettre un enseignement au peuple d’Israël, on peut constater une très nette différence. En effet, partout il est dit : « Parle aux enfants d’Israël et dis leur » (Lév. I, 2) ou bien « Parle aux enfants d’Israël en ces termes » (Lév. XII, 1). Par contre, c’est dans notre sidra seulement que nous trouvons l’expression : « Parle à toute la communauté des enfants d’Israël. Cette différence a bien entendu été relevée par nos Sages. Dans son commentaire et en se référant à un passage du SIFRI (commentaire midrachique à caractère hala’hique de la Torah sur le Lévitique), RACHI fiat la remarque suivante : « Ce verset nous enseigne que ce chapitre fut dit devant l’assemblée au grand complet parce que la plupart des lois fondamentales de la Torah en dérivent. »

Le texte biblique utilise ici le terme HAKHEL - rassembler, d’où le terme KEHILA pour désigner la communauté. Cela demande un supplément d’explication. Nos Sages dans le traité de EROUVINE 54 b nous décrivent la manière par laquelle MOÏSE enseignait généralement la Tora et les Mitzwoth à Israël. Sur le verset de Exode XXXIV, 32 disant : « Ensuite s’avancèrent tous les enfants d’Israël, et il leur transmit tous les ordres que l’Eternel lui avait donnés sur le Mont Sinaï », RACHI nous rapporte ceci : Nos Maîtres ont enseigné dans quel ordre était dispensé l’enseignement. MOÏSE recevait l’enseignement de la bouche du Tout-Puissant. AARON entrait et MOÏSE enseignait son chapitre. AARON s’écartait et venait s’asseoir à la gauche de MOÏSE. Ses fils entraient et MOÏSE leur enseignait leur chapitre. Puis ils s’écartaient, ELEAZAR venant s’asseoir à la droite de MOÏSE et ITAMAR à la gauche d’AARON. Les Anciens entraient et MOÏSE leur enseignait leur chapitre. Le peuple tout entier entrait et MOÏSE lui enseignait son chapitre. Il s’ensuit que le peuple recevait l’enseignement une fois, les Anciens deux fois, les fils d’AARON trois fois, AARON quatre fois. Après ce rappel, nous voyons que dans notre paracha, et de façon tout à fait exceptionnelle, l’enseignement fut prodigué à l’assemblée d’Israël au grand complet et non à des groupes séparés. Pour quelle raison ? Parce que « la plupart des lois fondamentales de la Torah en dérivent. » Certes, toutes les lois mentionnées dans la Torah sont importantes. Celles notamment contenues dans la paracha A’AHARE MOTH que nous lirons également ce chabbat, relatives entre autres à l’ordonnancement du culte célébré dans le Temple, par le rituel du jour de KIPPOUR, et surtout, aux interdits d’ordre sexuels que la Torah nous impose de respecter. C’est bien d’ailleurs à propos de tout ce qui touche à la vie intime de l’individu, et en particulier à sa vie sexuelle qui, selon le Judaïsme, n’est permise que dans le cadre strict des relations conjugales, que nous trouvons la recommandation suivante, en relation avec notre paracha et formulée par le texte talmudique suivant : « Sanctifie-toi même dans ce qui t’est permis ». (Talmud YEVAMOTH 20 a). Selon l’interprétation générale, il convient d’ériger des barrières autour de ce qui est permis, pour ne pas parvenir à des transgressions - Cas habituel : devancer quelque peu l’entrée du Chabbat, pour ne pas risquer de l’enfreindre alors qu’il fait presque nuit. Mais, pour en revenir à la principale question de notre paracha de KEDOCHIM, pour quelle raison fallait-il rassembler l’ensemble du peuple pour lui enseigner des règles fondamentales de la Torah qui en dérivent ? Est-ce parce qu’il est demandé à l’Homme de s’élever jusqu’à ce degré suprême, jusqu’à la ressemblance avec D.ieu, puisqu’il est dit : « Soyez saints, car Je suis saint, Moi, l’Eternel votre D.ieu » ? Est-ce parce que toutes les exigences de justice et de droiture, d’aide au faible, de respect envers les parents et les vieillards, d’abstention de tout sentiment de haine, de tout acte d’oppression et de rapine, de toute calomnie, y sont mentionnées pour aboutir enfin à l’exigence suprême : « Tu ne te vengeras point et tu ne garderas point de rancune contre les enfants de ton peuple, mais TU AIMERAS TON PROCHAIN COMME TOI-MÊME » (Lévitique XIX, 18) ?

Comme nous le savons, c’est dans cette exigence que Rabbi AKIBA voit un KLAL GADOL BATORAH (un principe fondamental dans la Torah). Est-ce en raison de ce sujet important qu’est l’interdiction d’exercer la vengeance ou celle de manifester de la rancune à son prochain, que la Torah jugeait utile de ne pas l’enseigner à des groupes séparés, pour tenir compte, le cas échéant, de la capacité d’interprétation de chacun ? On pourrait répondre à cette interrogation par de nombreuses réponses qui ont pu être fournies. Nous nous contenterons de citer ici celle d’un commentateur du XVI° siècle, ALCHEIKH prénommé MOCHEN ben ‘HAYIM (16° s. à SAFED - disciple de Joseph CARO et maître de Rabbi ‘Hayim VITAL - à la fois un Maître dans les domaines de la Halakha et de la Cabbale). Il nous dit ceci : « En ce qui concerne les avertissements donnés à l’Homme de mener une vie de piété et de sainteté et de s’efforcer de ressembler à son Créateur, certains se trompent en estimant que tout homme n’est pas capable de cet effort, à l’exception d’un ou de deux êtres privilégiés par génération. De ce fait, ils négligent de s’élever graduellement vers la perfection dans la connaissance de la Torah et la pratique des mitzwoth. Ils sont dans l’erreur car il n’est personne qui ne puisse, s’il le veut, s’élever, dans la Torah et dans la pratique de la piété, jusqu’à la sainteté. C’est pour cette raison que MOÏSE réunit toute l’assemblée, afin de faire savoir que toute la communauté d’Israël était capable de répondre à cette exigence. Que l’on ne prétende donc pas que MOÏSE parla à toute l’assemblée afin de se faire entendre seulement de ceux qui étaient en état de suivre son enseignement. C’est à tout Israël que s’adressait la parole divine enjoignant : « Soyez saints ». Dans l’ensemble des ordonnances et des lois fondamentales contenues dans notre paracha, nous allons à présent en relever une plus particulièrement, pour en préciser le sens : « Tu ne te vengeras point et tu ne garderas point de rancune contre les enfants de ton peuple » (Lévitique XIX, 18). Nos Sages expliquent la distinction entre NEKAMA - la vengeance et NETIRA - la rancune, non par des définitions subtiles mais selon leur habitude, en donnant des exemples concrets. Voici donc le commentaire que nous fournit RACHI : « (Un homme) dit à l’autre : Prête-moi ta faucille. L’autre lui dit : Non. Le lendemain, l’autre lui dit : Prête-moi ta hache. Il lui répond : Je ne te la prête pas, comme toi tu ne m’as pas prêté. Ceci, c’est de la vengeance. Et qu’est-ce que la rancune ? (Un homme) dit à l’autre : prête-moi ta hache. L’autre lui dit : Non. Le lendemain ce dernier lui dit : Prête-moi ta faucille : Il lui répond : La voici. Je ne suis pas comme toi qui ne m’as pas prêté. Ceci, c’est de la rancune, car il « garde - NOTERE » la haine dans son cœur bien qu’il ne se venge pas. » Cependant, pour comprendre la portée exacte de l’interdiction de la vengeance, il importe de tenir compte de la restriction présentée par NACHMANIDE : « L’interdiction de la vengeance et de la rancune joue, comme nous l’ont enseigné nos Maîtres, dans les cas où il n’est pas question de dédommagement en argent, celui, par exemple, de l’emprunt d’une hache. Mais s’il s’agit d’un dédommagement pour dommage causé à son prochain, il n’est pas tenu de renoncer à ses droits. Il pourra le poursuivre en justice (devant une juridiction rabbinique en priorité), ainsi qu’il est écrit : « Comme il a fait, ainsi il lui sera fait » (Lévitique XXIV, 19). Le responsable du dommage est tenu de payer comme on rembourse un emprunt ou que l’on paie pour un objet volé. A plus forte raison est- on tenu, en cas de meurtre, de ne pas oublier et de poursuivre la vengeance jusqu’à ce que le sang versé soit racheté selon la décision d’un tribunal jugeant conformément aux lois de la Torah. » Bien entendu, de nos jours, dans tous les pays modernes, c’est à la justice du pays que l’on s’adresse pour faire juger un crime de sang, puisque depuis l’époque talmudique, il n’y a plus d’autorité religieuse agissant dans ce domaine.

Nous voyons ici de quelle manière il faut comprendre l’interdiction de la vengeance. Elle n’a rien à voir avec le renoncement aux exigences de la justice, sachant que l’on ne peut se faire justice soi-même, et qu’il faut s’adresser de préférence à une autorité rabbinique. La vengeance n’arrête pas le fonctionnement de la justice ni dans des contestations d’argent ni, à plus forte raison, dans les cas où la vie humaine est en cause. Il ne faut pas y voir un appel à l’amour de l’injustice et du mal qui n’aboutirait, en fin de compte, qu’à renforcer le mal et à augmenter l’injustice dans le monde. Ajoutons enfin que l’idéal de sainteté dont nous avions parlé au début de notre commentaire, vise à créer une société aussi parfaite que possible, tout au-moins dans la communauté d’Israël, en attendant la venue du Messie pour le bien de toute l’humanité. Nous croyons donc utile de rappeler ici l’enseignement de Rabbane SHIMONE ben GAMLIEL disant : « Le monde se maintient par trois choses : par la vérité, la justice et la concorde, ainsi qu’il est dit (Zacharie VIII, 16) : « Faites régner dans vos murs la vérité, la justice et la paix. » (Pirké Avoth - Chapitre premier - michna 18). Ainsi, en agissant dans la vie de tous les jours, dans tous les domaines de notre existence, conformément aux exigences de la Torah, nous pouvons tenter de nous rapprocher de D.ieu, source véritable de toute sainteté et participer de la sorte au bonheur de tous les êtres humains, nos semblables, créés à l’image de D.ieu..

HAPHTARA :

Nous rappellerons d’abord que les deux sidroth de A’HARE - MOTH et KEDOCHIM nous enseignaient des règles très importante de morale et de vie sociale. Nos Maîtres ont même pu y trouver un rapprochement avec les Dix Commandements. En fait, toutes ces lois visent à la sanctification de notre existence tant au plan individuel que collectif. C’est dans cet ordre d’idées, que le prophète AMOS dont le texte est lu dans les communautés achkenaze, s’en prend à ceux qui rejettent toute obéissance et soumission à la Loi divine. Il vient nous rappeler que nul ne peut se soustraire à ses responsabilités. ISRAËL, comme toutes les nations de la terre, est soumis à la souveraineté de D.ieu. Le prophète annonce enfin qu’en récompense d’un retour sincère à D.ieu, ISRAËL reviendra également sur sa terre.

Chacun sait que cette semaine, fut célébré le 59ème anniversaire de la proclamation de l’indépendance de l’Etat d’Israël. Il me paraît particulièrement intéressant d’y voir un rapprochement avec un verset de notre Haphtara disant : « Je ramènerai les captifs de mon peuple ISRAËL : ils restaureront leurs villes détruites et s’y établiront, planteront des vignes et en boiront le vin, cultiveront des jardins et en mangerons les fruits. » (AMOS IX, 14). En effet, l’expression hébraïque désignant les captifs - CHEVOUTH, a la valeur numérique de 708, correspondant à l’année 5708, quand fut proclamée cette indépendance. Il faut y trouver un signe de la Providence. De plus, l’annonce fait par le prophète AMOS semble bien se réaliser quand on observe que les produits agricoles d’Israël sont distribués sur tous les marchés du monde, que la haute technologie fait la réputation incontestée de cet Etat moderne, ce qui ne peut conforter tous ceux qui ont confiance dans les messages de nos prophètes.

Avant de parvenir à cette situation idyllique, AMOS prend soin malgré de nous mettre en garde contre les égarements de ses contemporains. Ils valent encore pour ce qui nous concerne. Il dit notamment :

Verset 9 : « Mais voici que j’ai décrété : Je secouerai parmi tous les peuples la maison d’Israël, comme on secoue le crible, sans qu’un seul grain tombe à terre ». AMOS vient ici annoncer la ruine de l’Etat. Toutefois, cette chute porte en elle l’amorce de la restauration. Car, par le tumulte du destin, D.ieu fait en sorte que « la maison d’Israël » soit dispersée au milieu des nations, sans appuis solides. Nous avons connu des expériences de cette sorte tout au long de notre douloureuse Histoire. Cependant, une sorte de tamis retiendra l’élite qui se séparera de ce qui lui est nuisible. Telle est l’image de la paille légère par rapport au grain.

Il est sans doute pénible de constater combien nombreux sont nos frères ayant été perdus pour le Judaïsme, en raison du tourbillon de l’exil. Seuls, sont restés dans le giron de la Tradition juive, ceux qui ont tenu, contre vents et marées, à rester fidèles à la parole de D.ieu. Problème douloureux, inquiétant, qui devrait guider ceux qui ont conscience de l’importance de chaque âme juive, du risque de la voir nous échapper, faute de lui donner une nourriture spirituelle capable de l’empêcher de se perdre dans le néant de la déjudaïsation.

Verset 15 : « Je les replanterai dans leur sol, et ils ne seront plus déracinés de ce sol que je leur ai donné, dit l’Eternel ton D.ieu » Notre prophète exprime ici la parole de D.ieu, s’adressant ainsi directement à chacun d’entre nous. Cette parole est immuable, véridique, pour tous les temps. Elle doit nous permettre de prendre conscience du fait qu’il appartient à chacun d’entre nous de la réaliser, d’en faire le but suprême et exclusif de notre existence, pour mériter de la sorte que nous soient accordées pleinement les bénédictions annoncées par nos prophètes.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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