Parasha Tazria-Metsora 5767

Chabbath 21 avril 2007 - Iyar 5767 - Début : entre 19 h 22 et 19 h 37 - Fin : 21 h 39
publié le jeudi 19 avril 2007
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Lecture de la Torah : Lévitique XII, 1 - XV, fin : la femme qui accouche ; la lèpre des personnes, des vêtements et des maisons ; impuretés de l’homme et de la femme. Haphtara : II Rois VII, 3 - 20 : Quatre lépreux à la porte de Samarie.

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Commentaires sur la Torah :

« Parle aux enfants d’Israël : lorsqu’une femme, ayant conçu, enfantera un mâle, elle sera impure durant sept jours, comme lorsqu’elle est isolée à cause de sa souffrance. Au huitième jour, on circoncira l’excroissance de l’enfant. » (Lévitique XII, 2 - 3) Le commandement de la circoncision avait déjà imposé au patriarche ABRAHAM et à tous les êtres mâles de sa maison dans le livre de la Genèse, chapitre XVII, verset 10 nous disant : « Voici le pacte que vous observerez, qui et entre moi et vous, jusqu’à ta dernière postérité : circoncire tout mâle d’entre vous. » Au verset 14 de ce même chapitre biblique nous lisons : « et le mâle incirconcis, qui n’aura pas retranché la chair de son excroissance, sera supprimé lui-même du sein de son peuple pour avoir enfreint mon alliance ». Il s’agit là de la menace de la peine de KARETH, la peine la plus lourde prévue dans certains cas par la Torah. Elle est du même ordre pour la personne consommant du pain durant la fête de PESSA’H ou ne jeûnant pas (exception faite pour les malades) le jour de KIPPOUR. Ajoutons encore à cette liste l’interdiction qui nous est faite de consommer des graisses provenant de certaines parties d’un animal, même s’il a été abattu rituellement (SHE’HITA). (Lévitique VII, 25) Revenons à présent à l’étude de notre paracha. Il est assez curieux de constater que le texte cité en introduction fasse un lien entre les lois de pureté que doit observer une femme et le commandement de la circoncision, dont le principe comme nous l’avons dit, était déjà indiqué dans le Livre de la Genèse. Pour quelle raison la Torah juge-t-elle nécessaire de nous présenter ce commandement à deux reprises ? C’est Rabbi ‘HAYIM ibn ATTAR, auteur du commentaire sur la Torah connu sous le nom de OHR HA’HAYIM qui nous en donne une explication. Selon lui, il s’agit de nous enseigner que la circoncision peut se pratiquer même un chabbat, si l’enfant est né un chabbat, puisqu’il est normalement recommandé de pratiquer cet acte au huitième jour de la naissance, sans attendre un jour de plus, sauf cas d’insuffisance de poids de l’enfant ou de maladie risquant de mettre sa vie en danger. Du fait qu’à l’époque d’ABRAHAM la Torah n’avait pas encore été promulguée, il n’avait pas à respecter formellement le chabbat. Seule, lui a été prescrite la BERITH MILA, de sorte que la Torah devait nous en rappeler le principe dans notre paracha, lorsqu’il était question de la naissance, qui elle peut intervenir à n’importe quel jour de la semaine, y compris le chabbat ou un jour de fête. Une autre explication sur cette répétition de ce précepte religieux qu’est la circoncision nous est fournie par Rabbi Isaac CARO, dans son commentaire sur la Torah, TOLEDOTH ITS’HAK publié à Constantinople en 1518. Selon cet auteur, le but essentiel de la création de l’homme est de servir D.ieu. Ce service commence donc dès sa venue au monde, et c’est tout logiquement que la circoncision soit la première mitzwa que ses parents lui font accomplir, sans que son jeune âge lui permette de donner pleinement son consentement. Il s’agit donc de nous rappeler également qu’il ne s’agit pas d’un simple acte chirurgical, mais que pour être admis dans l’alliance de D.ieu, comme celle contractée avec ABRAHAM et pour être considéré comme totalement juif, il faut qu’il y ait acte de caractère religieux, accompagné des prières rituelles. Notre Code, le SHOUL’HAN AROUKH prévoit à cet effet, puisqu’il s’agit d’un acte religieux, qu’il soit pratiqué par un péritomiste (MOHEL) juif, et respectant lui-même le caractère sacré du Chabbat, l’autre grande alliance entre D.ieu et le peuple d’Israël. C’est donc par la circoncision que l’enfant juif est admis dans la collectivité juive et à partir de ce premier commandement, il se devra autant que possible, de pratiquer tous les autres commandements de la Torah. Ce même commandement destiné à sceller l’alliance d’Abraham avec D.ieu s’applique également à toute personne de sexe masculin voulant se convertir au Judaïsme qui en ferait la demande auprès d’autorités rabbiniques compétentes réunies en Tribunal rabbinique pour agréer pareille demande après que toutes les conditions requises pour une telle admission. Pour s’opposer à ceux qui prétendraient que la circoncision n’aurait été qu’un acte chirurgical et non religieux, MAIMONIDE, dans son commentaire sur la Michna 6 du chapitre 7 du traité talmudique de ‘HOULINE précise que la circoncision dont le principe est rappelé dans la paracha de cette semaine vient nous enseigner que par cet acte, le Juif applique un des 613 commandements de la Torah transmis par MOÏSE à tout les peuple d’Israël présent au SINAÏ et à leurs descendants. Selon l’auteur du SEFER HA’HINOUKH, ce commandement de la circoncision a été indiqué dans le Livre de la Genèse et rappelé dans celui du Lévitique où se trouvent indiquées toutes les règles de pureté auxquelles nous sommes soumis, pour que nous sachions bien que chacune de ces prescriptions religieuses sont destinées à notre perfectionnement spirituel, tout comme la circoncision venait parfaire notre corps. Notre perfectionnement dans tous les domaines n’est pas inné mais acquis. (Sefer Ha’Hinoukh sur la paracha LE’KH LE’HA). Cette explication sur la notion du perfectionnement laissé entre les mains de l’homme s’appuie sur un midrash bien connu que nous rapporte le TAN’HOUMA, sur notre paracha, paragraphe 5, où nous lisons le récit suivant : « Un jour qu’il se trouvait en prison (à l’époque des Romains ayant interdit l’étude de la Torah), Rabbi AKIBA se vit interrogé par TURNUS RUFUS sur la question suivante : « quelles sont les actes ayant une valeur supérieure ? ceux réalisés par D.ieu ou ceux réalisés par l’Homme ? » Rabbi AKIBA répondit : « ceux de l’Homme ». A cela TURNUS RUFUS rétorqua : « Considère le ciel et la terre, l’homme est-il capable de les réaliser ? » Rabbi AKIBA lui fit la réponse suivante : « Ne me parle pas de ce qui est au-dessus des moyens de l’Homme, celui-ci étant incapable de les dominer, mais parle-moi de ce qui est à sa mesure. » TURNUS RUFUS posa alors la question suivante : « pour quelle raison pratiquez-vous la circoncision ? Et Rabbi AKIBA de répondre en disant : « Je savais bien que tu allais me poser cette question et c’est pour cela que je t’ai devancé en te disant que les œuvres humaines sont plus belles que celles de D.ieu. » Ce faisant, Rabbi AKIBA apporta des épis de blé et des brioches en disant : les premiers proviennent de D.ieu tandis que les secondes sont faites par la main de l’Homme. Ne sont-elles pas plus belles que les épis ? » TURNUS RUFUS dit alors : « Si D.ieu souhaite que soit pratiquée la circoncision, pour quelle raison l’Homme ne naît-il pas circoncis ? » Rabbi AKIBA de poser alors une autre question : « Pour quelle raison l’enfant venant au monde est-il relié à sa mère par le cordon ombilical qui doit être coupé à la naissance ? Si tu me demandes pour quelle raison ne vient pas au monde en étant circoncis, c’est pour te dire que le Saint béni soit-Il n’a donné Ses commandements à Israël que pour le purifier ainsi que le proclame le roi DAVID : « La parole du Seigneur est infaillible » (Psaume XVIII, 31)

Selon ce récit légendaire, Rabbi AKIBA nous fournit deux raisons à propos du commandement relatif à la circoncision : 1° Il s’agit de donner à l’existence humaine le pouvoir de compléter l’œuvre du Créateur, car chaque acte religieux est porté au crédit de celui qui l’accomplit. 2° Le commandement de la circoncision nous a été prescrit dans le cadre de tous les commandements de la Torah, de manière à perfectionner l’existence humaine, à purifier notre âme pour parvenir à la sainteté, ainsi que nous le disons en prononçant les bénédictions rituelles : « Béni soit Celui qui nous a sanctifiés par Ses commandements. »

De nombreux Maîtres dans la Traditions juive ont tenté de trouver des explications rationnelles à nos commandements religieux. Cela n’est pas interdit, mais il faut quand même admettre qu’ils relèvent généralement de ce qui dépasse parfois l’entendement humain. Il nous faut les admettre malgré tout, étant l’expression de la volonté divine pour faire de nous un peuple saint. A travers la lecture des premiers versets de notre paracha traitant de la pureté de la femme après son accouchement et de la prescription de la circoncision, nous avons également un lien avec la récente fête de PESSA’H. En effet, nous devions purifier nos maisons de toute trace de levain. C’est donc par la volonté de nous soumettre à ce qu’exige de nous la Torah, que nous nous distinguons dans notre comportement quotidien pour rendre constamment hommage à notre Créateur. La lecture de certains textes bibliques parfois en inadéquation avec ce que l’on qualifie d’esprit moderne nous rappelle malgré tout la valeur sacrée que nous devons accorder à notre vie quotidienne pour continuer ainsi à rester le véritable peuple de D.ieu, sachant que « la doctrine de l’Eternel est parfaite ; elle réconforte l’âme. Le témoignage de l’Eternel est véridique ; il donne la sagesse au simple » (Psaumes XIX, 8)

HAPHTARA :

La seconde paracha que nous lirons cette semaine, celle de METSORA, traite essentiellement de maladies de la peau telle que la lèpre, cette maladie qui frappe encore de nos jours de nombreuses populations. A l’époque de la Bible, celle-ci nous en fait la description pour nous indiquer que cela provenait d’un châtiment divin destiné à marquer celui ou celle qui avait commis la faute de la médisance. Nos Sages font un jeu de mots à partir du terme METSORA, le lépreux, pour dire MOTSI RA, Celui (D.ieu) qui fait sortir le mal. Ce fut notamment la situation que connut MYRIAM. Elle avait osé dire du mal de son frère MOÏSE, lorsque pour mieux se consacrer à sa mission prophétique, il s’était séparé de son épouse TSIPORA. A la suite de ses propos malintentionnés, MYRIAM fut donc frappée de lèpre, selon le texte nous disant : « La colère de l’Eternel éclata contre eux (AARON et MYRIAM ayant médit de leur frère) et Il (D.ieu) se retira. La nuée ayant disparu de dessus la Tente d’assignation (OHEL MOËD), Myriam se trouva couverte de lèpre, blanche comme la neige. AARON se tourna vers MYRIAM et la vie lépreuse » (Nombres XII, 9 - 10). Notre Haphtara nous rapporte également le cas de quatre lépreux venus à la porte de SAMARIE à l’époque d’une famine, pendant qu’ELISEE (ELICHA) était prophète de D.ieu. Le récit nous en est présenté dans II Rois, chapitre VII, 3 à 20. Nos lecteurs pourront utilement s’y reporter, en version hébraïque ou française. Prenant en compte l’enseignement que la Torah et le prophète ELISEE nous ont laissé au sujet de cette maladie, nous croyons utile de rappeler ici un texte tiré de MAIMONIDE, dans son Code de Lois, sur les règles concernant l’impureté de la lèpre, Chapitre XVI, paragraphe 10. Bien des points de son commentaire fondé sur le texte de la Torah pourraient encore servir de fondement à notre réflexion, car l’homme de notre époque, et surtout, s’agissant du groupe que nous connaissons le mieux, celui de notre communauté, devrait en tirer une leçon instructive, quand on sait que nul ne peut se prétendre totalement innocent des fautes de médisance que dénonce notre illustre Maître. Mentionnons ici que sur ce thème, le HAFETS ‘HAYIM, l’un des grands maîtres du judaïsme contemporain mort en 1935, a écrit un ouvrage fondamental se rapportant aux graves méfaits du LACHONE HARAA. Voici donc ce que nous enseigne MAIMONIDE : « La lèpre était un signe miraculeux qui devait mettre en garde ISRAËL contre la médisance et la calomnie. Aussi, l’homme désireux de suivre le droit chemin doit-il se garder de fréquenter les méchants et les sots. Dans les groupes où se trouvent réunis les railleurs et les méchants, on commence généralement en effet, par de vains propos, ainsi qu’il est dit : « La voix du sot se reconnaît à l’abondance de ses paroles » (Ecclésiaste V, 2). On en vient, chemin faisant, à médire des justes, ainsi qu’il est dit : « Qu’elles deviennent muettes, les lèvres menteuses qui parlent avec insolence contre le juste, par excès d’orgueil et de mépris » (Psaumes XXXI, 19). On s’habitue de ce fait, à s’en prendre aux prophètes et à parler impudiquement de leur message, ainsi qu’il est dit : « Ils se moquèrent des envoyés de D.ieu, ils méprisèrent Ses paroles et ils tournèrent en dérision Ses prophètes (II Chroniques XXXVI, 16). Tel est le train ordinaire des conversations des méchants. « Par contre, les propos des hommes de mérite, en Israël, ne portent que sur la Torah et la sagesse. Ainsi, le Saint Béni soit-Il, les soutient-Il et inscrit-Il leurs mérites à leur actif, ainsi qu’il est dit : « Alors, ceux qui craignent l’Eternel s’exhortèrent l’un l’autre. L’Eternel écouta et entendit et un livre du souvenir fut écrit devant Lui pour ceux qui craignent l’Eternel et qui respectent Son nom » (Malachie III, 16) Nous constatons journellement les méfaits de la médisance à travers la désinformation au travers de la presse écrite et des moyens audio-visuels, visant tantôt le peuple juif par des déclarations ou des allusions à caractère antisémite, tantôt le pays d’Israël à travers l’antisionisme déversant quotidiennement son fiel pour remettre en cause la légitimité de ce pays, au moment où il s’apprête à célébrer le 59ème anniversaire de son indépendance. Les enseignements de notre Tradition sont là pour nous exhorter à nous tenir le plus éloignés possible de toute forme de calomnie et de médisance. La langue a entre autres le pouvoir de tuer. On en a vu maints exemples pour des dirigeants ou des hommes politiques dont l’honneur fut blessé par des rumeurs et des calomnies les livrant sans défense au jugement populaire, au risque de nuire à leur santé ou à leur vie. Inspirons-nous des recommandations de nos Sages nous invitant à n’ouvrir la bouche que pour des paroles de prières, d’étude ou de sagesse.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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