Parasha Chemini 5767

Chabbath 14 avril 2007 - 26 Nissane 5767 - Début : entre 19 h 14 et 19 h 29 - Fin : 21 h 27
publié le jeudi 12 avril 2007
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Bénédiction du mois - Pirké Avoth : premier chapitre Lecture de la Torah : Lévitique IX, 1 - XI, fin : Entrée en fonction des prêtres, animaux purs et impurs. Haphtara : II Samuel VI, 1 - 19 (Achkenazime, jusqu’à VII, 17) : Transfert de l’Arche Sainte vers la Cité de DAVID.

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Commentaire de la Torah :

« L’Eternel parla ainsi à ARON : « Tu ne boiras ni vin ni liqueur forte, toi, non plus que tes fils, quand vous aurez à entrer dans la Tente d’Assignation, afin que vous ne mourriez pas : règle perpétuelle pour vos générations ; et afin de pouvoir distinguer entre le sacré et le profane, entre l’impur et ce qui est pur, et instruire les enfants d’ISRAEL dans toutes les lois que l’Eternel leur a fait transmettre par MOÏSE. » (Lévitique X, 8 à 11).

Nous constatons qu’à titre presque exceptionnel, dans ce texte, D.ieu adresse la parole à ARON sans l’intermédiaire de MOÏSE et sans même l’y associer. Selon IBN EZRA, ce serait la preuve qu’ARON possédait un don prophétique. En outre, D.ieu lui parle en une période de deuil où, d’habitude, une personne affligée est privée d’inspiration (voir MAIMONIDE - Guide des Egarés II). Rappelons en passant que le deuil qui venait de frapper ARON par la disparition brutale et tragique de deux de ses fils, NADAB et ABIHOU, lors de l’inauguration du Tabernacle, serait lié au fait qu’ils étaient ivres dans ce moment de grande joie collective que constituait l’inauguration du Tabernacle, selon une opinion de nos Rabbins. Nos Maîtres nous indiquent encore d’autres raisons quant à cette disparition brutale de ces deux fils d’ARON. Mais, pour nous en tenir à l’opinion selon laquelle ils se seraient enivrés dans ce grand moment d’enthousiasme, on peut se demander si les lois de sobriété recommandées par le texte cité en introduction, sont imposées aux prêtres en vertu de leurs fonctions sacerdotales ou éducatives, ces deux domaines faisant partie de leurs missions de Cohanim ? KELI YAKAR trouve dans ce passage adressé à ARON une preuve de son grand mérite personnel, tel qu’il est exprimé au verset 3 : « Et ARON garda le silence. » Cela signifie qu’il ne se laissa pas gagner par la tristesse, malgré l’épreuve affective qu’il venait de subir. Bien au contraire. Il sut garder son sang-froid, surmontant sa peine, pour communier avec l’Eternel dans la sérénité qu’exigeait le grand moment tant attendu de cette inauguration du Tabernacle. On peut alors comprendre qu’en raison d’une attitude aussi digne, malgré le malheur qui venait de le frapper, ARON avait mérité que repose sur lui l’inspiration divine, lui permettant de recevoir le message particulier qui lui était adressé. Par son comportement exemplaire, ARON pouvait mieux que jamais et mieux que quiconque, témoigner combien il était parfaitement digne de la prêtrise. En effet, celle-ci exige, plus que toute autre fonction, des qualités d’abnégation et de renoncement hors du commun. A cet égard, nous avons personnellement le souvenir de nombreux chefs spirituels, qui, durant la sinistre période de la SHOAH, n’hésitèrent pas, au péril de leur vie, ainsi que bon nombre de nos coreligionnaires, à tout mettre en œuvre pour tenter de sauver des vies humaines, en les cachant, pour les soustraire à l’ennemi. Nous connaissons également beaucoup de fidèles, qui malgré un deuil cruel, sont parvenus à surmonter leur douleur pour continuer leur action au service de l’humanité. Ainsi, le prêtre ne s’appartient pas, pas plus que le rabbin ou une autre personne acceptant d’assumer des fonctions publiques. Comme nous l’avons déjà indiqué, le prêtre a pour mission de se consacrer à ses fonctions sacerdotales et éducatives exclusivement. Les une complétant les autres, elles forment en réalité un tout. Le prêtre accomplit sa double mission en tant que délégué du peuple qu’il est chargé d’instruire et en tant que messager divin. Cela explique par conséquent qu’il est tenu à un genre de vie plus austère et plus strict, sans prétendre rechercher un quelconque intérêt ou un avantage matériel ou moral. RACHI dira à propos du verset « et instruire les enfants d’ISRAËL dans toutes les lois..... » (Lévitique X, 11), que cela vient nous dire qu’un homme qui s’enivre n’a pas le droit d’enseigner. La Torah va très loin dans cet enseignement. En effet, elle laisse entendre qu’un maître en état d’ébriété est également passible de la peine capitale, car il est spécifié : « toi et tes fils....afin que vous ne mouriez pas... (Lévitique X, 9). Ceci vient donc nous apprendre que seuls les prêtres, dans l’exercice de leur service, sont passibles de la peine de mort en cas d’enivrement. Cette règle ne s’applique pas aux savants lorsqu’ils dispensent leur enseignement. Pour nous en tenir au cas des prêtres, nous savons que la bénédiction sacerdotale ne peut être prononcée lors de la prière de l’après-midi, celle de MIN’HA, à l’exception des jours de jeûnes comme KIPPOUR ou d’autres jours de jeûnes, car les prêtres sont alors théoriquement à jeûn. En ce qui concerne les savants ou les maîtres, s’ils ne sont pas menacés de peine de mort lorsqu’ils sont en état d’ébriété, ils ne doivent pas se laisser aller à la dégradation de leur comportement moral et physique, ni à tenir des propos incohérents indignes de l’image qu’ils doivent offrir à leurs élèves. En règle générale, il faut éviter de donner de soi une image de débauche, de légèreté. Profitons de cela pour souligner ici les méfaits de l’alcoolisme en général. Il est l’un des fléaux de notre société, en raison de la violence qu’il peut susciter, des maladies qu’il entraîne et des malheurs qu’il peut provoquer, ne serait-ce que par l’augmentation des accidents de la route dont il est en grande partie le principal responsable. Pour en revenir à notre texte biblique, Rabbi YEHOUDA nous enseigne : « Nous inférons de ce passage (de l’interdiction des boissons fortes, que NADAB et ABIHOU s’étaient enivrés, puisque D.ieu a jugé nécessaire de donner ce commandement immédiatement après leur mort. » (ZOHAR sur CHEMINI). Ainsi, la sobriété indispensable au service divin est-elle aussi nécessaire à celui qui a pour mission d’enseigner la loi divine et pouvoir distinguer le pur de l’impur. C’est donc ARON qui a été chargé de faire connaître les animaux dont les enfants d’ISRAËL pouvaient consommer la chair « parce que c’est le prêtre qui a toujours pour mission de distinguer entre ce qui est pur et ce qui est impur. » (ZOHAR) C’est donc ce personnage important de notre tradition religieuse qui en premier lieu, doit préserver son peuple des impuretés dont les détails nous seront rappelés au cours de nos prochaines lectures hebdomadaires. Grâce au prêtre, le COHEN, et de nos jours à un moindre degré, par les rabbins, nos maîtres, le peuple doit être guidé de manière à atteindre son but essentiel, à savoir, devenir saint, à l’image de son Créateur, comme il est écrit : « Soyez saints, car je suis saint, moi l’Eternel ». (Lévitique XIX, 2) Dans un monde qui ne semble plus comprendre ces notions de pureté, d’impureté, de sobriété, de pondération, l’enseignement de notre paracha revêt une très grand importance, pour nous rappeler combien sont importantes les recommandations de la TORAH, trop souvent banalisées, malgré la très grande valeur morale et spirituelle qu’elle représente.

HAPHTARA :

Dans la paracha nous avions appris qu’au moment de l’inauguration du Tabernacle, deux des fils du Grand-Prêtre AARON, à savoir NADAV et ABIHOU, s’étaient enivrés, ce qui fut sanctionné par leur mort. Ce grand moment d’enthousiasme que représentait cette inauguration ne pouvait laisser place à un quelconque égarement des sens, à la moindre légèreté. C’est également d’une mort subite, celle d’OUZZA, qu’il est question dans notre Haphtara.

Rappelons les faits : l’Arche sainte était revenue du pays des Philistins qui l’avaient ravie au peuple d’Israël. A cette époque, celui-ci avait démérité de la protection divine en raison de son mauvais comportement. Le texte biblique cite les différents lieux où elle avait séjournée avant d’être restituée au peuple d’Israël. Après ces mésaventures, le roi DAVID décida de la transférer dans sa ville où il avait préparé une tente spécialement destinée à l’abriter. Il ne se rendait pas compte alors de la grave décision et de la responsabilité qu’il prenait. Aussi, il aurait dû se souvenir de ce qui était arrivé aux deux fils d’AARON. En effet, ils étaient morts lors de la consécration du Tabernacle, n’ayant pas été suffisamment attentifs au caractère sacré de leur mission dans le cadre de cette grande journée pleine de solennité et d’émotion qui se termina de façon dramatique. On n’avait pas su tirer la leçon de cet événement puisque lors du transfert de l’Arche, OUZZA croyant qu’elle allait tomber du char sur lequel elle avait été placée, crut bon de la toucher de sa main pour la redresser. Il mourut, terrassé. Aussi bien dans le cas des fils d’AARON comme pour OUZZA, l’intention de ceux qui croyaient bien servir la cause divine, était pure, mais dans les deux cas, il y eut crime de lèse-divinité.

DAVID en fut fortement impressionné. Nul plus que lui était conscient de ses limites et de ses droits royaux. Sa crainte était de ne pas être suffisamment digne devant D.ieu. Il éprouvait de grands doutes d’autant que c’est de sa seule initiative qu’il avait décidé de transférer l’Arche d’un lieu à un autre, sans que cela lui ait été ordonné par D.ieu. Il savait parfaitement qu’être roi en Israël c’est assumer aussi des responsabilité à caractère religieux, d’être un exemple pour le peuple, que c’est de D.ieu par le respect dû à Sa loi qu’il tenait son pouvoir, Il n’avait donc nullement le droit de la trahir, en prenant la décision de transférer cette Arche, en raison du risque de désacralisation que cela pouvait entraîner. OUZZA le paya malheureusement de sa vie.

Malgré tout, l’on sait par cet épisode, que DAVID manifesta une grande humilité, comme c’était d’ailleurs son devoir, comme celui de tout simple croyant, voulant sincèrement servir D.ieu.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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