« Docteur Jean-Paul... »

BILLET DU 1ER AVRIL 2007
publié le lundi 2 avril 2007
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Bonjour,

Il est bien rare qu’une religieuse catholique donne une conférence de presse. Il est plus rare encore que s’y pressent tous les journalistes des grands médias français et étrangers. C’est pourtant bien ce qui s’est passé vendredi matin dans les locaux de l’archevêché d’Aix-en-Provence. Sœur Marie Simon-Pierre, c’est d’elle qui s’agit, détient un témoignage qui devrait permettre de canoniser Jean-Paul II. La canonisation dans le catholicisme est ce rite qui confère à un homme la qualité de « saint ». Avant cela, dans la hiérarchie, il convient de procéder à la béatification qui accorderait à l’ancien Pape le titre de « bienheureux ». Pour que cela soit rendu possible il faut attester de ce que Jean-Paul II a accompli des miracles. Le problème c’est qu’ils sont difficiles à trouver. Si Karol Wojtyla a indéniablement marqué l’histoire de l’Eglise catholique au XXème siècle, le seul miracle que l’on puisse considérer est celui qui a fait que le 13 mai 1981 il a survécu à un attentat contre sa personne dans lequel il aurait pu y laisser sa vie. Mais aucun paraplégique n’a quitté devant lui son fauteuil roulant en répondant à l’injonction qui eut plus de succès il y a 2000 ans : « Lève-toi et marche » ! Jean-Paul II reste dans les cœurs de ceux qui l’ont aimé et probablement a t-il acquis sa place au Gan Eden, mais quant à en faire un saint c’est une autre affaire.

Sœur Marie Simon-Pierre était infirmière dans une maternité parisienne bien connue du XVème arrondissement de Paris : Sainte-Félicité. En 2001 elle est atteinte de ce qui semble être une maladie de Parkinson. Cette maladie dégénérative est irréversible et incurable. Sa supérieure lui conseille d’écrire sur une feuille de papier le nom de Jean-Paul II. L’exercice est compliqué pour une femme qui tremble. Elle le fait et miraculeusement son mal disparaît. Cette guérison est attribuée au Pape. On se dit qu’il est heureux qu’elle n’ait pas écrit le nom d’un actuel candidat à l’élection présidentielle, on imagine aisément la confusion qui régnerait dans les sondages. Des experts se sont penchés sur son cas : psychiatres, médecins, neurologues et théologiens, les conclusions seront connues prochainement.

Cette notion selon laquelle un homme peut, en dehors d’une médecine traditionnelle, apporter la guérison est étrangère au judaïsme. Pourtant nous avons aussi nos dérives superstitieuses. Certains se rendent à des dates anniversaires sur les tombeaux de grands Maitres du Judaïsme en espérant bénéficier de miracles. Mais nous répétons quotidiennement dans la prière du « Alénou » que ces superstitions doivent nous être étrangères. La sainteté dans le judaïsme est un but que chacun doit suivre. « Vous serez saints car Moi l’Eternel votre Dieu Je suis Saint » nous enseigne la Torah. Nul besoin d’accomplir des miracles mais remplir l’unique impératif de suivre les préceptes divins. La sainteté n’est pas l’apanage d’un petit nombre, c’est le but d’un Peuple qui doit se distinguer des autres par sa pratique et sa fidélité. C’est tout le sens de la fête de Pessah dans laquelle nous entrerons demain soir : sortir collectivement de l’Egypte pour entrer ensemble en Terre de Canaan. La sainteté n’a de sens que si elle est collective.

Pessah casher vesaméah, Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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