« Nous sommes tous des Juifs du Darfour... »

BILLET DU 25 MARS 2007
publié le samedi 24 mars 2007
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Bonjour,

Depuis quatre ans un génocide, c’est à dire un meurtre de masse sur la seule base de l’appartenance ethnique, se déroule au Darfour, cette province désertique du Soudan grande comme la France. On parle de 300.000 morts et de deux millions de déplacés. Le Darfour est loin de nous. Il se trouve sur un autre continent. Sa population est culturellement éloignée de la notre. La communauté juive y est inexistante. Alors nous pourrions nous dire que ce drame n’est pas le notre et que tout au plus cette situation devrait nous inspirer de la compassion.

Ce serait oublier que nous sommes à dix jours de la fête de Pessah. Nous lirons, durant les deux soirs du seder, le récit de quatre siècles d’esclavage en Egypte des Hébreux. Quatre siècles d’oppression et de maltraitance. Qui se soucia jadis du sort des Hébreux ? Personne. Il aura fallu qu’un homme, Moïse, prenne conscience de sa condition et réponde à l’appel divin. N’entendez-vous pas aujourd’hui cet appel à nos consciences d’hommes, qui nous dit que nous ne pouvons supporter que des hommes, femmes, enfants et vieillards soient quotidiennement massacrés ? Les nouveaux nés sont tués et leurs mères sont violées. Et nous devrions célébrer la fête de Pessah en se référant uniquement à nos persécutions ? Etre Juif, c’est se sentir solidaire de toutes les souffrances. Parce que « nous avons été esclaves », parce que nous avons été des « étrangers sur une terre étrangère », parce que « dans toutes les générations des ennemis se sont dressés contre nous pour nous exterminer ». « Dayénou », cela suffit.

Il ne faut pas attendre pour le Darfour une intervention divine, même si nous l’espérons. La solution est politique et diplomatique. Les Pharaons d’aujourd’hui sont sensibles à la pression internationale, aux pétitions sur internet, à l’éclairage médiatique. Le rassemblement qui s’est tenu cette semaine à « La Mutualité » représente une mobilisation salutaire mais qui n’est pas suffisante. Etre juif c’est comprendre que les actes sont plus importants que les paroles. Etre Juif c’est se comporter en hommes là où l’humanité est bafouée. La souffrance n’a pas de couleur, de religion ou de race, elle est tout simplement et, dans tous les cas, demeure insupportable. Souvenez-vous de cette époque pas si lointaine où, durant le seder, nous évoquions le sort de nos frères et sœurs dans ce qui était l’URSS. Aujourd’hui nous devons nous considérer comme si nous étions tous des Juifs du Darfour. Nous ne serons libres que lorsque tous les hommes seront libres. L’espérance messianique qui viendra conclure les soirées de Pessah est celle qui proclame qu’un jour, que nous souhaitons proche, les hommes seront en paix, ne se livreront plus de guerres et que la souffrance du fait de l’homme n’aura plus sa place. Alors nous sortirons réellement de l’Egypte dont nous restons prisonniers par procuration.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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