« Puisqu’il faut mourir... »

BILLET DU 18 MARS 2007
publié le lundi 19 mars 2007
Partagez cet article :


publicité

Bonjour,

Il est une certitude partagée par tous les hommes, quelque soit leur religion ou leur culture, celle que nous sommes destinés à mourir ! La question n’est donc pas de savoir si l’on va mourir mais comment l’on va mourir. On souhaiterait tous, à l’instar des Patriarches dans la Bible mourir en étant « rassasiés de jours », entourés des nôtres en ayant le temps de bénir nos enfants et s’endormir tout simplement. Mais voilà nous le savons, cette fin n’est pas la plus courante. La mort est angoissante. A vrai dire ce n’est pas tant la mort que ce qui la précède et l’annonce : la maladie, la souffrance, la perte d’autonomie et de dignité.

Cette semaine la question de la fin de vie s’est à nouveau posée en termes de débat de société. La Cours d’assises de la Dordogne a eu à se prononcer sur le cas de deux femmes, un médecin et une infirmière qui, en 2003 ont mis fin à la vie d’une malade agonisante. Ce que l’on appelle « l’euthanasie active » est qualifiée par la justice d’empoisonnement. Les deux accusées étaient passibles de la peine de trente années de réclusion criminelle. Le médecin a écopé d’un an de prison avec sursis sans inscription au casier judiciaire, ce qui signifie qu’elle peut poursuivre son exercice, quant à l’infirmière, elle a été relaxée. La peine est jugée particulièrement clémente. Les observateurs s’accordent à penser que cette décision est minimaliste, mais évite dans le cas d’une relaxe pour les deux accusées, de poser la question d’une nouvelle législation sur l’euthanasie.

L’Ordre des médecins et le parquet général, ont réaffirmé la position officielle actuelle, selon laquelle la loi Leonetti, votée en avril 2005, est suffisante. Cette loi a légalisé l’arrêt des traitements pour éviter l’acharnement thérapeutique et permet l’administration de médicaments antidouleur aux mourants en doses massives, même si elles sont susceptibles d’entraîner la mort. Même si la France n’est pas aussi libérale que les Pays-Bas ou la Belgique, elle apparaît être un pays qui prend en compte, dans sa législation, cette question. Les deux personnalités emblématiques que sont le Dr Frédéric Chaussoy et Marie Humbert n’en demandent pas beaucoup plus que la législation actuelle si ce n’est de la faire évoluer avec plus de transparence pour aider à mourir « sous de strictes conditions et dans certains cas extrêmes ».

Pour le Judaïsme, les deux extrémités de la vie que sont la naissance et la mort appartiennent à la volonté divine et nul homme ne devrait être autorisé à interférer. Dans le même temps, le Judaïsme considère que la souffrance est injuste et se doit d’être soulagée. S’il nous fallait succinctement résumer la position du Judaïsme, l’on pourrait dire que dans le cas où aucun traitement ne permet de soulager la souffrance, entrainant irrémédiablement un patient vers son terme, un médecin peut recourir à de puissants antalgiques même s’il en résulte que la conséquence est la mort. Cette position doit être entendue et prendre part dans une réflexion globale sur l’euthanasie.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




blog comments powered by Disqus



Articles les plus lus
 

Articles incontournables