Parasha Vahakhel-pekoudeî 5767

Chabbath 17 mars 2007 - 27 Adar 5767 - Début : 18 h 38 - Fin : 19 h 43
publié le vendredi 16 mars 2007
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Bénédiction du mois - Chabbat HA’HODECH Lecture de la Torah : EXODE XXXV, 1 - fin du livre : Achèvement du Tabernacle. 2ème rouleau : EXODE XII, 1 - 20 : La Pâque. Haphtara : Achkenazim : EZECHIEL XLV, 16 - XLVI, 18 : Sephardim : XLV, 18 - XLVI, 15 : Les sacrifices dans le Temple de l’avenir.

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Commentaires sur la Torah :

Lorsque l’on examine les textes relatifs à la construction du Tabernacle que nous traitons depuis quelques semaines, on se rend compte qu’il s’agissait là de véritables œuvres d’art, dignes des plus grands artistes célèbres de notre époque. Il n’était alors pas question pour les artistes et artisans ayant participé à la construction du Tabernacle d‘avoir suivi les cours d’une école d’arts appliqués ou d’architecture. On ne recherchait alors pas l’obtention d’un diplôme.

Tout ce que nous décrit la Torah n’était dû qu’à l’inspiration divine et à la totale mise à disposition de chacun, pour réaliser tous ensemble une œuvre grandiose. C’est le premier enseignement que l’on pourrait tirer au moment où il s’agit de tirer les conclusions de cette magnifique action des Hébreux en vue de l’édification d’un lieu de culte qui soit à la mesure de Celui à qui l’on devait rendre hommage, D.ieu Lui-même. Depuis lors, en des milliers de circonstances identiques, à l’occasion d’inaugurations de synagogues ou autres constructions communautaires destinés à glorifier D.ieu, on a pu constater le même empressement et la même joie de la part de fidèles ayant pris part à un projet commun.

Pour en revenir à la construction du Tabernacle, tous ceux qui y avaient participé, devaient nécessairement faire preuve de qualités particulières dans le domaine artistique. Les personnages bibliques dont il fut notamment question furent BETSALEL et OHOLIHAV. Le premier appartenait à la tribu de JUDA connue en tant qu’étant la plus nombreuse en nombre, le second faisant partie de celle de DAN dont le nombre de ses membres était plus réduit, voire même le plus faible par rapport aux membres composant les autres tribus. Cela nous indique notamment que dans le projet commun de la construction du Tabernacle, toutes les tribus étaient représentées et avaient chacune sa place et son rôle à jouer. Pour cela, on peut se référer à un texte très important tiré du Livre de JOB, chapitre XXXIV - verset 19 disant : « Le noble n’est pas favorisé devant le pauvre », la même idée d’égalité de statut et de rang se trouvant déjà indiquées à maintes reprises dans la Torah.

Il convient à présent de rappeler que des aptitudes et des mérites nombreux ont été mentionnées à propos de ces deux personnages, ayant eu une fonction prépondérante dans la réalisation de cette œuvre. Les deux tribus auxquelles ils appartenaient étaient décrites dans la Bible comme représentant un LION, ou un SERPENT, selon les bénédictions que leur accorda le patriarche JACOB (voir Genèse, chapitre XLIX, versets 9 et 17). Selon nos Sages, le Temple préfiguré par le Tabernacle avait dans son ensemble architectural l’image d’un lion. Selon IBN EZRA, BETSALEL (dont le nom signifie qu’il était à l’ombre de D.ieu) et OHOLIAV auraient essentiellement été choisis pour superviser l’ensemble des travaux en raison de leurs aptitudes personnelles. Ils étaient les meilleurs parmi les spécialistes. Le premier connaissait toute la science, dans les domaines des calculs, des mesures, des valeurs et dominait l’œuvre d’inspiration céleste. Il avait une vue d’ensemble sur tous les travaux nécessaires à la réalisation de cette œuvre qu’était la construction du MICHKANE. Toujours selon ce même auteur, nombreux étaient ceux ayant la sagesse du cœur, mais qui ne possédaient pas la connaissance d’une seule spécialité. Il existe des artistes sachant travailler l’or mais non l’argent, ceux qui sont spécialisés dans le bois mais non dans la pierre, alors que BETSALEL maîtrisait tous les domaines de l’art. De plus, il avait l’art de savoir enseigner aux autres.

ABRAVANEL souligne par ailleurs les connaissances pratiques de BETSALEL. Contrairement à bien d’autres, il savait allier la théorie et la pratique, comme l’indique par ailleurs le prophète ISAÏE en parlant du MESSIE et le décrivant comme celui sur lequel reposera l’esprit divin, l’esprit de sagesse et de compréhension.

Voici donc de quelle manière la Torah définit BETSALEL. Il était inspiré par D.ieu. Il possédait la sagesse - ‘HOKHMAH, l’intelligence - TEVOUNAH, la connaissance - DAAT, connaissait l’ensemble du travail à réaliser, pour concevoir des œuvres d’art et mettre en œuvre l’or, l’argent, l’airain, pour tailler la pierre, la sertir, travailler le bois, pour exécuter toute espèces d’ouvrage. (Exode XXXV, 31 à 33). A propos de ces aptitudes, RACHI nous fournit les indications suivantes : « la SAGESSE - ‘HOKHMAH, c’est ce qu’on a reçu d’autrui - l’INTELLIGENCE, la TEVOUNAH, c’est la faculté de comprendre une chose par sa propre intelligence, en parlant de ce que l’on a appris, la DAAT - c’est l’inspiration de l’Esprit de sainteté. Tous ces qualificatifs se trouvent par ailleurs condensés en un passage des Proverbes, chapitre III, versets 19 - 20 : « L’Eternel, par la sagesse, a fondé la terre ; par l’intelligence, il a affermi les cieux. Par sa science, les abîmes s’entrouvrent, et les nuées ruissellent de rosée ».

Ces trois fondements que sont la sagesse, l’intelligence et la science sont également les termes utilisés dans un autre passage de ce même Livre des Proverbes, disant : « C’est par la sagesse que s’édifie la maison ; c’est par la raison qu’elle se consolide. Grâce à l’intelligence, le logis se remplit de toutes sortes de biens rares et précieux » (Proverbes XXIV, 3- 4). Ce dernier passage, s’il peut s’appliquer à la construction de la maison dédiée à D.ieu, peut également servir de fil conducteur et de guide pour ceux et celles qui souhaitent établir un foyer solide et harmonieux. Notre époque en manque cruellement, à constater le taux élevé de foyers brisés par l’inconduite des uns et des autres, dont les premières victimes sont en définitive les enfants vivant dans de telles conditions de haine et de mépris pour l’un des deux conjoints n’ayant en fait rien de particulier à se reprocher. Mais il s’agit là d’autres questions pas directement liées à la construction du Tabernacle.

D’autres conclusions peuvent être tirées de notre étude sur les personnages ayant tout mis en œuvre pour la réussite de cet édifice consacré à la gloire du Très-Haut. Ainsi, le Monde et l’Homme sont à l’ombre de la Divinité, comme nous l’indique MALBIM, se fondant sur les « connaisseurs des mystères », autrement dit les spécialistes de l’ésotérisme. En se référant au nom de BETSALEL dont nous avions dit plus haut que son nom se décomposait des deux termes, BETSEL = à l’ombre, KEL = de D.ieu, nous savons qu’il connaissait l’art d’associer les lettres hébraïques à partir desquelles furent créées le ciel et la terre. En disant de lui qu’il était rempli de l’esprit de D.ieu, la Torah vient également nous enseigner qu’il avait une science profonde du monde spirituel, ce qui lui permettait à la fois de posséder le sens de la prophétie et d’être inspiré par l’esprit saint. Ses qualités intellectuelles étaient si profondes qu’il pouvait également en inspirer d’autres, à commencer par OHOLIHAV lui aussi désigné par D.ieu pour mener à bien l’œuvre sacrée de la construction du Tabernacle. En fin de compte, il y eut un tel débordement de connaissances et de disponibilités, qu’un grand nombre de leurs frères en furent influencés, ce qui fait dire au texte : « Il l’a aussi doué du don de l’enseignement, lui et OHOLIHAV....... »

Les livres de la ‘HASSIDOUTH (les pieux) trouvent par ailleurs d’autres qualités pouvant s’appliquer à BETSALEL, à savoir, qu’il connaissait la pensée de chacun de ceux qui venaient lui apporter des offrandes et des donc destinés au financement des matériaux et des objets nécessaires à cette construction collective. En conséquence, il savait de quelle manière attribuer le don consenti selon l’intention du donateur, ce qui convenait à la construction de l’arche, ou des socles, et ainsi de suite. Le SEFAT EMETH termine en disant qu’il n’ay avait aucune séparation entre la pensée ou l’intention et l’action. Tout se faisait spontanément, sans calcul aucun. Belle leçon d’humilité pour ceux de cette grandiose épopée, alors que de nos jours on est souvent confronté à des personnes aux moyens considérables, faisant assez fréquemment des promesses de dons pour telle ou telle initiative, et qui sans vergogne, trahissent leur engagement en refusant d’accomplir leur promesse.

En relisant ces derniers chapitres venant conclure le second livre de la Torah, nous pouvons d’abord en déduire que ceux qui se sont donnés corps et âmes à l’édification du Tabernacle, venant lui-même réparer la grave faut du veau d’or, ont accompli une œuvre magnifique dont nous ne mesurons pas toujours l’importance. De plus, ceux qui s’y sont associés spontanément, tels BETSALEL et OHOLIHAV, aidés dans leur tâche par une grande majorité de leurs contemporains, n’ont laissé parler que leur cœur pour accomplir la volonté divine. Il convient de rappeler ici qu’ils ne se sont pas mis en avant de leur propre initiative. En effet, le texte biblique est clair. Il est écrit : « MOÏSE dit aux enfants d’Israël : « Voyez ; l’Eternel a désigné nommément BETSALEL, fils d’OURI, fils de HOUR, de la tribu de JUDA...... » (Exode XXXV, 30). De là on peut faire la remarque suivante : s’adressant au peuple de cette manière, en disant « VOYEZ », il lui demandait en quelque sorte son approbation à cette désignation. Nous sommes donc là en présence d’un véritable acte démocratique. Ces hommes, n’ont ensuite fait qu’exécuter la mission qui leur avait été confiée.

Mais, faut-il le préciser, le véritable Maître d’œuvre de tout cet ensemble reste incontestablement MOÏSE. C’est lui qui eut enfin le mérite de dresser le Tabernacle, alors que personne n’y parvenait. C’est à cet égard que la Torah nous dit : « Ce fut au premier mois de la deuxième année, au premier jour du mois, que fut érigé le Tabernacle ». Le Midrash vient alors nous enseigner que cette édification tenait du miracle. Personne n’avait la force physique de dresser la Tente, de fixer les tentures. Seul MOÏSE, avec sa force exceptionnelle, aidé en cela par un concours divin, réussit à tout mettre en place. C’était en fin de compte l’œuvre de sa vie, digne d’honorer Celui en qui il avait mis toute sa confiance, dès le premier jour où il fut appelé à l’honneur de prendre en mains les destinées du peuple d’ISRAËL.

En relisant ces chapitres de la Bible, et toute proportion gardée, on est en présence d’une réalisation exceptionnelle et grandiose comme il n’en a jamais plus existé. Toutefois, durant des générations, on n’a cessé de construire des synagogues et des écoles. Tous ceux qui y participé ont eu de grands mérites et nous invitent à poursuivre dans la même direction, pour construire encore d’autres édifices religieux, avec la même spontanéité et le même désir d’honorer le D.ieu Unique d’Israël, Celui don nous tenons tout, notre vie et nos biens. L’inauguration du Tabernacle eut lieu un premier NISSANE. Nous sommes proches de cette date. Faisons en sorte de vivre dans nos lieux de prières avec la même intensité et la même ferveur que celles ressenties naguère par le peuple tout entier, lorsque fut inauguré ce lieu destiné à la rencontre entre D.ieu et Son peuple.

HAPHTARA :

L a Haphtara de cette semaine n’est pas celle habituellement lue quand VAYAKHEL-PEKOUDE coïncide avec un Chabbat ordinaire. Cette semaine, le Chabbat porte le nom de CHABBAT HA’HODESCH, car il est celui qui introduit le mois de NISSANE, le mois durant lequel sera célébrée la Pâque juive, PESSA’H. C’est encore au prophète EZECHIEL qu’est emprunté notre texte. Selon ce prophète, au chapitre XLV, verset 18 de son livre, dans les temps futurs, ce sera encore le 1er Nissane que sera consacré pour l’Eternité, le Troisième Temple. Celui-ci, à l’époque messianique, ne sera donc plus jamais détruit. EZECHIEL, pour son inauguration, tout en respectant les prescriptions de la Torah relatives à l’inauguration du Tabernacle dont parle notre paracha, ajoutera quelques détails supplémentaires, concernant notamment le nombre des sacrifices qui seront alors offerts.

Il nous laisse avant tout entrevoir un lointain avenir, venant éclairer notre route, après une longue marche obscure et semée d’embûches durant des millénaires. C’est pour nous préparer à cette ultime étape que constituera la venue du Sauveur de l’humanité, que le prophète consacre pratiquement les derniers chapitres de son Livre, à la description du culte tel qu’il sera pratiqué dans le Temple de l’Avenir. Par les précisions rituelles qu’il nous fournit, il tient à raffermir notre confiance en D.ieu, véritable guide et dirigeant de toute notre Histoire et de celle de l’Univers.

Certes, nous sommes assez ignorants et ne comprenons pas suffisamment ces textes bibliques. Ils ne semblent pas nous toucher. Mais il nous faut nous convaincre de leur véracité et ne jamais douter de la réalité de la parole divine. Elle est destinée à nous faire croire en l’espérance de jours meilleurs, dans le monde pourtant troublé où nous vivons. Notre mission est donc de croire, d’espérer en des lendemains lumineux, jusqu’à ce que le dessein de l’Eternel finisse par l’emporter. (Proverbes XIX, 21)

Quel que soit le temps que cela mettra, et face à l’éternité, le temps des humains n’a qu’une importance relative. Un jour viendra où sera réalisé ce Troisième Temple, symbole de l’unité retrouvée du genre humain. C’est dans cette maison universelle que se feront entendre les prières et louanges émanant de tous ceux ayant souhaité ardemment le venue du Messie et l’avènement d’une ère de paix établie pour toujours. Notre prophète, contemporain de la destruction du premier Temple, vivant après cela dans l’exil de BABYLONE, cherchait à travers ses contemporains, à nous faire comprendre l’imminence du retour du peuple sur sa terre, en CANAAN. Ainsi que je l’ai souvent rappelé, notre génération a eu le privilège après dix-huit siècles de vicissitudes, de revenir sur la terre ancestrale et de la mettre en valeur, grâce aux techniques les plus avancées. Tout cela n’aurait pas été possible sans la présence et l’action de D.ieu. Les textes prophétiques sont des encouragements et des promesses de bonheur, pour un temps fixé par D.ieu seul pour qu’il soit mis fin à tous nos malheurs. Ce sera alors la délivrance finale dont la sortie d’Egypte commémorée par la fête de Pessa’h, n’était que le prélude.

Puissions-nous ressentir, avec celle que nous allons célébrer dans quelques jours, ce goût de la véritable liberté, si chère conquise, pour que cette fête soit pour chacun signe de joie, de bonheur et de bénédictions multiples.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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