A l’heure des inscriptions scolaires

Lire les pages d’histoire de l’école juive

publié le lundi 12 mars 2007
Partagez cet article :



Raconter l’école juive en France, c’est ouvrir les pages de l’histoire de la communauté depuis le 18ième siècle. C’est évoquer les chapitres, immigration, guerre, déportation, mais aussi intégration et re-création. Un récit mouvementé, mais plein d’espoirs.

publicité

« Ecrire l’histoire des écoles juives en France, ce serait écrire l’histoire d’une lente décadence » Ainsi s’exprimait le Grand Rabbin Liber, directeur de l’école rabbinique de France, dans un article publié dans l’Univers Israélite (Journal des principes conservateurs du Judaïsme) daté du 7 juin 1935. Pourtant, dans cet article, le Grand Rabbin annonçait l’ouverture de la première école secondaire juive de France : le Collège Maïmonide. Il poursuivait : « En Alsace, quelques écoles primaires israélites subsistent à peine. A Paris, il n’en restera bientôt qu’une ». Effectivement, à cette époque, l’avenir de l’école juive paraissait bien sombre, comparé aux années antérieures. Dès la fin du 18ième siècle, les Juifs de France, tout juste promus citoyens, avaient hâte de participer à la culture générale. Tout au long du 19ième siècle, ils ont alors créé de petites écoles communales israélites aux moyens souvent réduits. En 1833, on recensait une cinquantaine d’écoles juives dans les trois départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle. On y enseignait, à côté du savoir juif, les matières générales (1). A Paris, dans les années 1860 -70, on retrouve ce type d’écoles communales rue des Hospitalières St Gervais, rue des Tournelles, place des Vosges. Ces écoles accueillaient des enfants de famille d’indigents venus d’Alsace Lorraine. Elles permettaient que les enfants ne colportent pas (du moins pendant le temps scolaire). L’Alliance Israélite Universelle, fondée en 1860, ouvre l’Ecole Normale Israélite Universelle (ENIO) (qui deviendra beaucoup plus tard l’Etablissement Georges Leven). L’objectif est de faire des Juifs, des citoyens modernes et éclairés. Cette volonté d’assurer la promotion sociale habite également le consistoire. A la fin du 19ième siècle, il existaient 3 écoles consistoriales à Paris. La première, l’école Gustave de Rothschild (ou l’école Fleur du nom de son directeur) fut fondée en 1866. Elle était située rue Claude Bernard dans le 5ème arrondissement. Elle ferma pour des raisons financières en 1939. Le collège Maïmonide ouvrit ses portes à la même adresse en 1935. Après la guerre, en 1948, ce fut au tour du Collège Yabvé de s’installer dans les mêmes lieux. La seconde, l’école Schneider, créée en 1867 se trouvait avenue de Ségur (15ème) Un peu plus tard, elle prit le nom du Grand Rabbin de France Zadoc-Kahn, en sa mémoire. Elle ferma en 1935. A noter qu’aujourd’hui ce sont les Eclaireurs Israélites qui occupent ces locaux. La troisième était l’école Halphen (1882) qui deviendra, en 1901, l’école Lucien de Hirsch lorsqu’elle déménagea avenue Secrétan.

Grâce à ces écoles, nombreux sont les enfants de petits commerçants d’origine alsacienne et lorraine qui ont pu bénéficier d’un véritable enseignement. Après 1881, ce furent les persécutions et les pogroms en Russie qui poussèrent de nombreuses familles à s’installer en France. Ces familles étaient très pauvres, ne parlaient pas un mot de français. Sans relâche, le Consistoire, présidé par Gustave de Rothschild, déployait des efforts considérables pour financer ces écoles. « On reconnaîtrait bien vite que nos écoles sont non seulement utiles, mais encore nécessaires, qu’elles ont pour but de faciliter l’assimilation de tous ces éléments hétérogènes apportés par l’immigration, de procurer à tous ces enfants qui, comme étrangers, qui échappent à l’obligation de l’enseignement primaire, les moyens de s’instruire... et qu’ils ne deviennent pas une honte et une charge pour la Communauté » déclarait le président du Comité des Ecoles du Consistoire dans l’Univers Israélite daté du 15.11.1901. En 1905 la loi sur la séparation entre l’Eglise et l’Etat va se traduire par un changement de statuts des écoles. Elles deviennent alors des associations (selon la loi 1901) Ce que l’on peut dire de l’école juive du début du 20ième siècle, c’est qu’elle recherchait avant tout, d’intégrer tous ces enfants venant de Roumanie, de Turquie, de Russie, de Pologne, d’Allemagne et qui ,au fil du temps, arrivaient de plus en plus nombreux. L’école était un lieu qui offrait sécurité, et bonheur, et où les enfants étaient fiers de leur nouveau pays, la France. En 1921 se créait la première école de l’ORT à Paris, afin de favoriser la professionnalisation des jeunes. Une Yeshiva fut également fondée à Aix-lesBains en 1927.

L’école dans la tourmante

Le collège Maïmonide, inauguré en 1935, jouera un rôle de pionnier dans ce que sera l’école juive d’après la guerre. Il s’inspirait du projet éducatif défini par le Rabbin philosophe allemand du 19ème siècle Chimchon Raphaël Hirsch (1808-1888) : « Talmud Tora im Déreh Eretz », en d’autres mots, allier l’étude de la Tora avec les études des sciences des nations. Cette formation unissant l’enseignement juif et l’enseignement général devait préparer les élèves à une activité professionnelle. Lorsque le Grand rabbin Liber prononça le discours d’ouverture du Collège au nom du grand médecin de Cordoue, il n’était pas optimiste sur l’évolution de la communauté juive française. Pourtant il était loin de s’imaginer ce qui allait se passer quelques années plus tard. En 1939, la guerre éclata. Le Consistoire procéda à l’évacuation des enfants de ses écoles en Normandie. Commenca alors un long périple pour ces enfants dont le monde allait basculer pendant plusieurs années d’horreur. Assez surprenant, l’école Lucien de Hirsch resta ouverte : elle accueillit ainsi en 1942 des enfants de l’UGIF (Union Générale Israélite de France). En juillet 1944, les nazis y firent éruption emmenant tous les enfants ainsi que leurs professeurs. Ils seront tous déportés.

Après la guerre, la communauté juive doit se reconstruire. L’école juive devra accueillir dans un premier temps les rescapés.

Deux nouvelles écoles se créent en 1948 : L’école Yabné à Paris et l’Ecole Aquiba à Strasbourg. En 1949, Lucien de Hirsch et Maïmonide rouvrent leurs portes sous la houlette de Théo Dreyfus, et de Bernard et Marianne Picard. Par ailleurs, l’ORT met en place très vite de nouvelles structures. L’objectif premier : reconstruire et donner un métier aux rescapés. Dès la fin des années 50, et tout au long des années 60 commence le dur exode des juifs des communautés d’Afrique du Nord. Cette arrivée massive des Juifs d’Afrique du Nord va opérer une mutation dans la communauté. Attachées aux traditions, les familles veulent inscrire leurs enfants dans l’enseignement juif. Aussi, faut-il envisager d’urgence l’ouverture de nouvelles écoles. On assiste alors à un bond énorme du nombre des écoles juives : en 20 ans, elles passèrent de quelques unes à plus d’une cinquantaine ! C’est dans les années 80 que la croissance est la plus forte, sous l’impulsion du Fonds social juif unifié qui crée un Fonds d’investissements pour l’éducation (FIPE). Parmi toutes ces écoles, on distingue une grande diversité des structures et des projets pédagogiques où il existe plusieurs réseaux ou mouvance. La grande majorité des écoles juives sont sous contrat d’association avec l’Etats selon les principes définis par la loi Debré de 1959 . Ce contrat implique le respect intégral des programmes et des horaires déterminés par le Ministère de l’Education nationale. En contrepartie de ces engagements, le contrat donne droit à une prise en charge par l’État du salaire des enseignants d’enseignement général, et à une participation forfaitaire pour le fonctionnement administratif de la structure pédagogique. Avec la loi de Chevènement de 1985, l’ouverture de nouvelles classes dans le privé est dépendante de l’ouverture de nouvelles classes dans le public. Ce qui limite évidemment le développement des écoles sous contrat. Aussi pour organiser au mieux les crédits, le Fonds social crée en 1990 la Commission de Concertation des Ecoles Juives. Le département enseignement du FSJU négocie chaque année la mise sous contrat de nouvelles classes au nom de la Commission. En 2006, sur un peu plus de 30.000 élèves scolarisés dans des écoles juives, 21 000 sont dans des classes sous contrat.

Le succès de l’école juive

Comment expliquer cette formidable évolution de l’école juive ? Certes, elle témoigne de la demande toujours croissante des parents qui placent le besoin d’une éducation juive comme prioritaire. La recherche pour la qualité de l’enseignement a en outre joué un rôle essentiel dans son développement. Des personnalités tels André Neher ou Léon Ashkénazi, ont marqué indiscutablement les réflexions sur la pédagogie. Mais, il y surtout l’action du Fonds Social Juif Unifié créé en 1950. Sous l’impulsion de Prosper Elkouby, différentes structures sont créées pour organiser et financer les écoles : Fonds d’investissements pour l’éducation avec l’Agence juive (1976), Centre juif d’études pédagogiques pour préparer les enseignants (1980) et Institut de formation pédagogique (IFP) . Ces structures deviendront en 1993, l’Institut André Neher (récemment renommé Institut André et Rina Neher) dont la mission est de former les professeurs des écoles, d’offrir des formations continues, des formations pour les directeurs et conseillers pédagogiques. Elle permet par ailleurs aux enseignants de matières juives la validation d’un diplôme : le CAPEJ (certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement juif). Aujourd’hui, malheureusement, un autre paramètre fait le succès de l’école juive. Il est lié au malaise de la communauté face à l’accroissement de l’antisémitisme. Pour éviter à leurs enfants brimades, insultes, quand ce n’est pas violence, nombreux sont les parents qui viennent frapper aux portes de l’enseignement juif. C’est ainsi qu’à l’heure actuelle, certains établissements affichent complet, avec des listes d’attente de plus en plus longues. Chaque année, en cette période où s’ouvrent les inscriptions dans les écoles, commence un long parcours de combattant pour les parents. Faudrait-il dès lors envisager la création de nouveaux établissements pour faire face à cette demande croissante ? Certes, un nouveau défi est lancé à l’école juive. Gageons qu’elle le relève. L’histoire de l’école juive n’est-elle pas, en effet, qu’un long défi perpétuel ?





(1) Site Histoire du Judaïsme alsacien. Histoire des écoles juives d’Alsace et de Lorraine vers 1833 . Dossier réalisé par Paul lévy, professeur au Lycée Kléber de Strasbourg.


blog comments powered by Disqus



Articles incontournables