Parasha Tetsaveh 5767

Chabbath 3 mars 2007 - 13 Adar 5767 - Début : 18 h 16 - Fin : 19 h 21
publié le vendredi 2 mars 2007
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ZAKHOR Le soir et le lendemain matin : Fête de POURIM Lecture du rouleau d’ESTHER Lectures de la Torah : 1er rouleau : EXODE XXVII, 20 - XXX, 10 : Vêtements et devoirs des prêtres. 2ème rouleau : Deutéronome XXV, 17 - 19 : Se souvenir d’AMALEK. Haphtara : I Samuel XV, 2 - 34 ; Sephradim, dès XV, 1 : SAÜL contre les Amalécites.

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Commentaires sur la Torah :

Nous avions vu dans la paracha de la semaine dernière, la description relative à la construction du Tabernacle et de tous les objets qui devaient en faire partie, notamment l’Arche sainte, la table où devaient se trouver les pains de proposition, le chandelier devant servir à l’allumage bi-quotidien des lumières et l’autel sur lequel devaient offerts les divers sacrifices dont nous aurons l’occasion de reparler ultérieurement.

Mais avant même que s’achève la description détaillée du sanctuaire, notre section va nous entretenir d’emblée d’une des particularités du service du Tabernacle. Nous savons bien que des lumières devaient constamment y brûler. Mais nous sommes malgré tout surpris de constater une sorte de coupure dans le texte nous indiquant tout ce qui concernait le Tabernacle ave l’ordre donné à MOÏSE de prévoir l’allumage du chandelier alors que le service sacré était encore loin d’être mis en marche. En effet, voici ce que nous lisons au début de notre paracha : « Pour toi, tu ordonneras aux enfants d’Israël de t’apporter pour le chandelier de l’huile d’olives concassées, afin d’entretenir les lampes continuellement. C’est dans la Tente d’assignation - OHEL MOËD, en dehors du voile qui abrite le Statut, qu’Aaron et ses fils les disposeront, pour brûler du soir jusqu’au matin en présence du Seigneur. C’est une loi perpétuelle pour leurs descendants, et que devront observer les enfants d’Israël. (Exode XXVII, 20 - 21).

La question qui se pose ici et que soulève d’ailleurs ABRAVANEL est de savoir pour quelle raison cette prescription concernant l’allumage des lumières du chandelier, au moment de l’édification du Tabernacle, a-t-elle été formulée au milieu d’un ensemble de prescriptions concernant cette construction et son ensemble ? Nous savons bien que la prêtrise n’avait pas encore été confirmée à Aaron et à ses fils. Dans ces conditions, pour quelle raison fallait-il édicter des règles relatives à la manière d’allumer les lumières ?

Il semble évident que celui qui considère l’allumage des lumières comme une simple question technique susceptible d’éclairer le tabernacle, ne peut sûrement pas trouver d’explication plausible pour l’indication de ce commandement à cet endroit précis de la Torah. En effet, jusqu’à présent il n’a pas été question des travaux futurs devant être effectués dans le tabernacle. Nous savons bien que les détails du service ne seront donnés que dans le Lévitique. On peut d’autant plus s’étonner des détails relatifs à l’allumage du Chandelier fournis ici par la Torah, alors que celle-ci ne donne aucune indications quant au nettoyage ou à l’aération du Tabernacle, ce qui semblerait pourtant normal pour un tel lieu devant accueillir tellement de fidèles et de visiteurs.

Aussi, pour nous nous en tenir à cette question du Chandelier, on peut noter que les commentateurs se sot efforcés de résoudre la difficulté en voulant donner à cette opération un caractère honorifique, en considérant qu’il s’agissait là d’une fonction importante et d’un simple détail de service. S’agissant de la lumière, nous savons qu’elle se trouve à l’origine de la Création « que la lumière soit ». C’est vers elle que tout être aspire alors que l’obscurité est généralement synonyme de mort et de néant. Ces thèmes reviennent souvent dans la Bible. Il s’agit là d’un symbole favori. La Torah est comparée à la lumière, comme il est écrit : « car le Précepte est une lampe et la Loi une lumière » (Proverbes VI, 23). L’on considère qu’Israël deviendra un jour la lumière des nations selon la parole du prophète ISAÏE (LX, 3) disant : « les peuples marcheront à ta lumière ». Il est également dit de D.ieu qu’Il est source de lumière, selon le Psalmiste disant : « car auprès de Toi est la source de vie, par Ta lumière nous voyons la lumière » (Psaumes XXXVI, 10).

En conséquence il n’est pas étonnant que le Midrash et les commentateurs traditionnels aient vu dans ce commandement indiqué au début de notre paracha - celui consistant à allumer une lumière perpétuelle - le symbole de l’étude de la Torah, de l’accomplissement des préceptes et du service divin en général.

Nous avons ainsi un premier Midrash, celui de Chemoth Rabba, chapitre XXXVI, paragraphe 3, développant l’image d’un piéton tenant une lampe à la main. Voici ce qu’il dit : « Vois, comme les paroles de la Torah éclairent ceux qui les étudient, tandis que ceux qui les négligent et les ignorent, trébuchent et tombent. Ces derniers se trouvant dans l’obscurité, sans aucune lumière, trébuchent en heurtant une pierre, ou en tombant dans un trou. Ils risquent de se blesser. De même l’ignorant qui n’a point étudié la Torah risque de succomber à la première tentation, comme l’écrit le texte : « il mourra faute d’instruction » (Proverbes V, 23). Ce que confirme un autre passage : « la voie des méchants est comme les ténèbres, ils n’aperçoivent pas ce qui les fera tomber » (Proverbes IV, 19). Mais ceux qui étudient la Torah, rayonnent partout. On peut les comparer à ceux qui, se trouvant dans l’obscurité en tenant une lampe à la main, voient une pierre et ne trébuchent pas. S’ils aperçoivent un trou ils n’y tombent pas, selon ce texte du Psalmiste : « Ta parole est une lampe qui éclaire mes ^pas » (Psaumes CXIX, 105) et « si tu cours, tu ne trébucheras pas (Proverbes IV, 12).

Dans ce passage du Midrash nous voyons que la lampe est ici symbole de la connaissance de la Torah qui dirige les pas de l’homme. Mais dans un autre passage du Midrash, nous voyons que la lampe et la lumière sont dissociés. Nous lisons en effet ceci : « L’âme de l’homme est une lampe divine » (Proverbes XX, 17). Le Saint béni soit-Il dit : « que Ma lampe soit dans ta main, et ta lampe dans la Mienne ». En quoi consiste la lampe de D.ieu ? C’est la Torah, comme il est dit : « Car le Précepte (la mitzwa) est une lampe et la Loi (Torah) une lumière » (Proverbes VI, 23). Que signifie « car le Précepte est une lampe » ? Celui qui accomplit la Loi, allume une lampe devant D.ieu et Lui procure de la joie, comme il est dit : « L’âme de l’homme est une lumière divine » (Prov. XX, 27). Et que signifie « et la Loi une lumière » ? Souvent lorsque l’homme veut accomplir un mitzwa, le mauvais penchant « YETSER HARA » lui suggère : pourquoi faire cela et diminuer tes biens ? Donne plutôt aux tiens qu’à d’autres ; le bon penchant lui réplique : donne suivant ce que t’ordonne la mitzwa ; considère ce qui est écrit : « car le Précepte est une lampe ». De même qu’une bougie allumée peut, sans rien perdre de son éclat, donner du feu à des milliers d’autres bougies, de même celui qui donne pour accomplir une mitzwa, est assuré de ne rien perdre de sa fortune. C’est pourquoi il est dit : « car le Précepte est une lampe et la Loi une lumière » (Proverbes VI, 23).

De ces deux textes du Midrash nous pouvons comprendre que l’allumage des lampes symbolise l’élévation de l’âme vers la lumière divine, par l’accomplissement des préceptes de la Torah. Dans son ouvrage « BE’HINOTH OLAM » Rabbi Yedaya Hapenini de Beziers décrit de façon merveilleuse le lien unissant la flamme représentée par l’homme, à la lumière divine qu’est la Torah. Il dit ceci : « La Torah et l’homme : leur union forme la lumière divine sur terre ; la Tora est la flamme qui se répand de l’étincelle de Celui qui réside dans les cieux. Et l’homme par ses deux éléments (son corps et son âme) est une torche qui absorbe sa lumière : son corps, une mèche tordue, et son âme, de l’huile d’olive pure. » En s’unissant et en s’enflammant(la torche et la flamme) ils produisent une lumière qui remplit la maison toute entière »

S’inspirant de ce texte, MALBIM l’utilise dans on introduction au commentaire de notre paracha pour nous dire combien ce commandement concernant le rôle des prêtres dans le Tabernacle et plus tard dans le Temple, incombe également à chacun d’entre nous dans la mesure où par l’étude de la Torah, nous éclairons notre âme pour un jour pouvoir éclairer l’humanité par la lumière de la Torah, dont nous sommes les garants, de sorte nous puissions « remplir toute la maison (l’Univers), de la lumière qui puisse le sortir de l’obscurité des fausses et mauvaises pensées.

C’est donc dans ce sens que nous devons comprendre le commandement indiqué à Aaron et à ses descendants, d’avoir à allumer le Chandelier pour que sa lumière brûle de génération en génération. Perpétuer cette lumière, à l’image du NER TAMID qui brille dans chaque maison de prières, est la mission que le peuple d’Israël, lui-même considéré comme la lumière des nations, ne doit cesser de tenir allumée, comme nous le faisons depuis des millénaires et jusqu’à la fin des temps, quand triomphera enfin la Vérité du D.ieu d’Israël.

HAPHTARA :

En ce chabbat précédant la fête de POURIM appelé CHABBAT ZAKHOR, le chabbat du souvenir, nous rappelons le miracle du sauvetage des juifs de Perse voués à l’extermination par la volonté de HAMAN, dont la tradition dit qu’il descendait d’AMALEK, l’ennemi héréditaire du peuple, lâchement attaqué dès sa sortie de l’esclavage d’Egypte. Dans le second rouleau de la Torah que nous sortons spécialement ce chabbat, nous relirons l’ordre donné par D.ieu de nous souvenir de ce triste épisode de notre Histoire, de ne jamais l’oublier. (Deutéronome XXV, 17 - 19).

Or, le roi SAÜL dont nous parle notre Haphtara n’a pas cru utile de se souvenir de cette prescription de la Torah. S’étant attaqué aux Amalécites qu’il devait totalement anéantir, il a préféré épargner la vie du Roi AGGAG, des femmes, des enfants et des troupeaux de ce peuple. Le prophète SAMUEL lui en fera d’amers reproches lui indiquant que pour prix de sa désobéissance, il n’était plus digne d’être le Roi d’Israël et qu’il allait perdre son trône. Il n’aurait pas dû oublier le mal causé par AMALEK tout au long de l’Histoire. Il va sans dire qu’à notre époque encore, nous avons connu le Mal absolu que pouvaient nous causer ceux qui en étaient les descendants charnels ou spirituels. Son mauvais esprit existe encore. Il n’est que de voir combien grande est encore de nos jours la haine prônée à travers de multiples exemples d’antisémitisme et de racisme.

L’esprit de haine d’AMALEK doit être, selon la Torah, totalement éradiqué. C’est notre combat premier et permanent, en utilisant pour cela les lois, les écrits et les discours partout où nous sentons le danger que fait planer sur l’humanité toute entière le terrorisme qui menace la démocratie en général, le peuple juif en premier lieu. Relire notre Haphtara c’est donc nous rappeler que nous sommes toujours menacés dans notre existence, et qu’à travers nous, c’est à D.ieu Lui-même que l’on veut s’en prendre.

Pour notre époque encore, la relecture de ces passages bibliques relatifs à AMALEK constitue un devoir permanent destiné à nous rappeler combien il importe de défendre les valeurs de la Torah et celles prônées par les prophètes d’Israël. Rappelons sans cesse, la parole du dramaturge juif allemand Berthold BRECHT, parlant de l’antisémitisme et du nazisme dont il eut personnellement à souffrir, que « la bête immonde est toujours là ». La bataille pour l’anéantir est encore loin d’être gagnée, hélas.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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