Le "Quartette" a besoin de l’aide des pays arabes

publié le mardi 27 février 2007
Partagez cet article :



La rencontre, qui vient d’avoir lieu à Berlin, des membres du "Quartette" proche-oriental, composé pour la circonstance de hauts représentants de la Russie, des Etats-Unis, de l’Union européenne et de l’ONU, avait été qualifiée à l’avance par les experts de non prometteuse et d’inutile. Pourtant, des déclarations intéressantes ont été faites lors de la conférence de presse qui l’a suivie.

publicité

L’information la plus importante, c’est que désormais des pays arabes seront associés officiellement aux travaux du "Quartette".

L’hôte de la rencontre, le chef de la diplomatie allemande, Frank-Walter Steinmeier, a déclaré que la situation avait évolué et que "nous trouvons des partenaires pour le règlement au Proche-Orient également dans le monde arabe". Il a annoncé que la prochaine réunion du "Quartette" se tiendrait dans une capitale arabe. Où, concrètement, et quand, on l’ignore pour l’instant. Bien qu’il existe, de toute évidence, trois possibilités - l’Arabie saoudite, l’Egypte et la Jordanie. Quant à la date définitive de cette nouvelle rencontre à un niveau élevé du "Quartette" (le ministère russe des Affaires étrangères évoquait le 26 février la possibilité d’une rencontre vers la fin mars - NdlR) , sa fixation définitive n’aura de sens qu’une fois qu’un gouvernement palestinien d’unité nationale aura commencé à travailler. Il serait vain d’attendre de quelconques changements de la situation d’ici là.

Tout ce qui vient d’être dit est lié pour beaucoup, sans aucun doute, au succès des négociations qui ont eu lieu au début février à la Mecque où, grâce à la médiation de l’Arabie saoudite, les Palestiniens sont parvenus à un accord pour créer un gouvernement d’unité nationale.

Il convient de considérer également comme un résultat important de cette réunion du "Quartette" la déclaration du chef de la diplomatie russe, Serguéï Lavrov. Ce dernier a annoncé que dès le 13 mars est prévue une rencontre d’experts du "Quartette" chargée d’élaborer les moyens de transformer en mécanisme permanent l’actuel mécanisme provisoire d’aide aux Palestiniens. Il est à noter que la date limite pour la formation du Cabinet des ministres est le 22 mars. Une simple comparaison des deux dates permet de se convaincre que les propos de Lavrov, selon lesquels le "Quartette" n’a décrété aucun boycott du gouvernement palestinien, ne relevaient pas de la simple rhétorique diplomatique. Le "Quartette" ne demeurera pas les bras croisés en attendant les premières initiatives du nouveau gouvernement : il entend dès à présent faciliter la vie des Palestiniens. C’est là, notamment, un signe de confiance vis-à-vis des accords de La Mecque.

Toutefois, il y a un "mais". La question du boycott a surgi chez les journalistes après que la Secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice, n’ait cessé de répéter durant toute la conférence de presse : "Il n’y a encore aucun gouvernement d’unité nationale que nous pourrions soutenir au moment présent". Et la déclaration du "Quartette" ne dit rien, directement, de la levée du blocus financier de la Palestine introduit après la victoire du Hamas lors des élections législatives, en janvier 2006.

Il convient de rappeler ici la différence de fond qui existe entre la position américaine et celle qu’occupent la Russie, l’UE et l’ONU. Les Etats-Unis sont bien conscients que le nouveau gouvernement sera nécessairement dirigé par un représentant du Hamas, et que toute une série de postes ministériels seront également occupés par des membres de ce mouvement. Mais Washington s’obstine à demander que le Hamas reconnaisse officiellement Israël et renonce aux méthodes violentes de lutte. Les autres membres du "Quartette" estiment que les islamistes ont déjà fait un pas en direction de la communauté internationale en promettant à La Mecque de "respecter" les engagements de l’Organisation de libération de la Palestine et les décisions des sommets de la Ligue arabe.

Tout en étant conscientes que le fait de "respecter" des engagements ne signifie pas pour autant s’engager à respecter strictement des accords, la Russie, l’UE et l’ONU estiment toutefois utile de faire un pas en direction des Palestiniens. "Il est indispensable d’encourager l’avancée du nouveau gouvernement palestinien dans la direction de l’adoption des critères du "Quartette"", a ainsi déclaré Lavrov. Si la communauté internationale se contente de continuer, comme auparavant, de mener des discussions avec le seul chef de l’OLP, Mahmoud Abbas, en ignorant le gouvernement, la situation demeurera dans une impasse.

Abbas lui-même, au demeurant, est disposé aujourd’hui à coopérer avec les islamistes. Après les accords qu’il a conclus avec le Hamas à La Mecque, il s’est privé lui-même de la possibilité de reculer. Et en politicien expérimenté et pragmatique, il est conscient que si les Etats-Unis et Israël continuent à ne vouloir traiter qu’avec lui et à ignorer le gouvernement, ils ne feront que saper définitivement son autorité.

Pour Abbas, l’idéal serait aujourd’hui que la solution du problème palestinien soit abordée par des pays arabes, et en premier lieu l’Arabie saoudite, la Jordanie et l’Egypte. Ces pays se prononcent, d’une part, pour un assouplissement des positions du Hamas et, de l’autre, pour que la communauté internationale soutienne le gouvernement palestinien d’unité nationale, à la fois financièrement et politiquement.

Il est à noter que ces trois pays sont de très proches alliés des Etats-Unis au sein du monde arabe. Et il n’est pas fortuit que lors de sa visite au Proche-Orient, Condoleezza Rice ait rencontré à Aman les représentants des services de sécurité et de renseignement de ces pays, précisément. Il semble bien que Washington, qui a épuisé ses ressources diplomatiques concernant les Palestiniens, n’ait plus d’autre choix que de s’appuyer sur l’expérience de médiation de ses alliés régionaux, à défaut de pouvoir s’accorder ouvertement avec ses partenaires du "Quartette". Le problème est tout simplement que les positions des Arabes, en l’occurrence, correspondent concrètement en totalité avec celles que soutiennent la Russie, l’UE et l’ONU. Moscou estime depuis longtemps, on le sait, qu’il serait bon d’associer aux travaux du "Quartette" des pays arabes. C’est ce qui se produit actuellement.

La question se pose donc : les alliés arabes des Etats-Unis et les autres membres du "Quartette" pourront-ils aider Washington à changer de tactique vis-à-vis des Palestiniens, sans perdre la face ? Washington l’acceptera-t-il ?

Au final, ce serait dans l’intérêt même des Américains, et pas seulement afin de conserver leur statut de principal médiateur du règlement arabo-israélien. L’essentiel, pour les Etats-Unis, est d’éviter, si possible, le renforcement des processus de radicalisation du Proche-Orient.

Et ce serait également dans l’intérêt des pays arabes précédemment évoqués, et de



Marianna Belenkaïa
Observatrice politique de l’agence RIA Novosti




blog comments powered by Disqus



Articles incontournables