« De l’huile dans les rouages... »

BILLET DU 25 FEVRIER 2007
publié le samedi 24 février 2007
Partagez cet article :


publicité

Bonjour,

Je suis toujours émerveillé, à la lecture hebdomadaire de la Torah, d’en voir son actualité. Le Shabbath qui vient de s’écouler nous offrait une Parashah, Terouma, au demeurant à simple portée historique puisqu’il y était question, dans ses moindres détails, de l’édification du Tabernacle. Mais voilà, Dieu assure les Enfants d’Israël, que dans leurs réalisations lorsqu’elles sont empreintes de l’esprit divin, Dieu est à leurs cotés. Et dans ce même esprit, la Parashah qui s’ouvre pour nous cette semaine, Testsavé, reprend cette idée de la Providence, de la présence divine. Il est demandé, avec toujours infiniment de minutie lorsqu’il s’agit de construire au nom de Dieu, d’élaborer « une huile pure d’olives concassées pour le luminaire, afin d’alimenter les lampes en permanence ». Cet impératif nous est rappelé chaque année à l’occasion de la fête de hanoukka. Mais cette Mitsvah se trouve aussi, et surtout aujourd’hui, devant nos yeux lorsque nous entrons dans la synagogue. Le « ner tamid », la lampe perpétuelle dans laquelle ne brule plus une huile d’olive pure concassée, cela n’aurait plus de sens depuis la destruction du Temple, mais un témoignage de cette Mitsvah, de ce précepte, à travers cette lumière, que sa source soit électrique ou naturelle.

Ainsi, de façon uniquement symbolique, nous représentons-nous la Providence par cette lumière. Nous devrions continuellement penser à ses origines : l’huile. C’est aujourd’hui un liquide, ou plutôt un condiment, très prisé des grands chefs comme des ménagères. On lui attribue de nombreux bienfaits si l’on en juge par le fameux régime crétois ! Mais les Hébreux ont été les premiers à donner ses lettres de noblesse à l’huile d’olive en lui conférant un usage rituel. Or le rituel dans le judaïsme est capital. C’est ce qui lie les générations en permettant toutes les traditions et les coutumes qui enrichissent notre religion. Ainsi le Midrash nous explique que le peuple juif est comparable à cette huile d’olive pure. Pressé, écrasé, opprimé, le peuple juif a à travers les âges toujours fourni son meilleur nectar. Non pas que l’oppression soit une nécessité mais plutôt que nos ennemis ne se réjouissent pas du sort qu’ils infligent au peuple juif.

Mais il est un symbole plus juste encore qui relève d’un constat. L’huile d’olive est le seul liquide qui, mélangé à de l’eau, remonte toujours à la surface. Nos Maîtres nous expliquent que là se trouve le destin du peuple juif en diaspora. Loin de s’assimiler, être juif s’est se distinguer d’entre les peuples. Il n’est pas question d’élitisme. Nous ne sommes pas meilleurs que les autres, mais nous savons que lorsque nous suivons les préceptes divins nous nous distinguons. Lorsque nous suivons notre vieille tradition, qui pour certains apparaitrait désuète, nous marquons une singularité qui a pour nom : fidélité.

Alors mettons de l’huile dans des rouages encrassés par nos mauvais penchants pour faire fonctionner une machine, l’homme, que Dieu a voulu semblable à Son image donc parfaite.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




blog comments powered by Disqus



Articles incontournables