Les libanais, seuls à pouvoir empecher que leur pays ne devienne un nouvel Irak

publié le samedi 24 février 2007
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La coalition libanaise au pouvoir accuse la Syrie de vouloir transformer le Liban en un second Irak. Elle exige de la communauté internationale qu’elle prenne des sanctions contre Damas. C’est en quelque sorte le remake d’un scénario vieux de deux ans, mais l’on ignore toujours qui l’a concocté.

Pour l’instant, rien ne prouve que les attentats commis au Liban à la veille du deuxième anniversaire de l’assassinat de l’ancien Premier ministre, Rafic Hariri, sont d’origine syrienne. Tout comme il n’y a toujours pas de preuves que la Syrie est l’organisatrice de l’assassinat de Hariri, comme le prétend pourtant la coalition au pouvoir au Liban. Rappelons également qu’il y a deux ans, les Libanais, indignés par la mort de Hariri, avaient réussi à obtenir le retrait des troupes syriennes du territoire libanais. Maintenant ce sont des sanctions contre Damas qui sont réclamées.

Cependant, en deux ans la situation a évolué au Liban. L’assassinat de Hariri et le départ des Syriens n’ont pas uni les Libanais. Au contraire, la société s’est scindée. Et chaque nouvel attentat accentue les contradictions et le déferlement des accusations réciproques. Les divergences politiques ont fini par paralyser l’activité du gouvernement libanais. Quant au dernier attentat, il a empêché la reprise des négociations sur un compromis entre l’opposition et la majorité au pouvoir, qui aurait dû avoir lieu sous l’égide de la Ligue arabe.

Il est peu probable que les nouvelles accusations lancées par la coalition au pouvoir contre la Syrie puissent contribuer à la recherche d’un compromis. Il ne faut pas oublier que Damas est un participant invisible à tous les pourparlers interlibanais. Et puis les événements de ces dernières années ont bien montré qu’il s’agissait de l’avenir tant du Liban que de la Syrie.

Les différends politiques interlibanais ne seront pas levés tant que des relations normales n’auront pas été établies entre Damas et Washington. Rappelons que si la Syrie et l’Iran soutiennent l’opposition libanaise, les Etats-Unis et la France, eux, appuient le gouvernement. Ce n’est pas un hasard si les griefs formulés à l’égard de la Syrie rappellent beaucoup la rhétorique américaine.

Cette situation, ainsi que la structure (confessionnelle et ethnique) en mosaïque du Liban incitent naturellement à établir une analogie avec ce qui se passe en Irak. Qui plus est, les Libanais, qui sont déjà passés par quinze années de guerre civile, vivent constamment dans la hantise d’en voir commencer une autre. Aussi la responsabilité de la communauté internationale et des Libanais eux-mêmes est-elle de tout faire pour empêcher une effusion de sang.

Nous voudrions ici nous arrêter sur deux aspects.

Tout d’abord, la déclaration du Vatican à propos des conséquences des derniers attentats au Liban. Le secrétaire d’Etat du Vatican, le cardinal Tarcisio Bertone, a déclaré que les explosions dans des cars non loin de Beyrouth revêtaient un caractère antichrétien. Cette affirmation ne repose sur rien d’autre que le fait que l’attentat a été perpétré dans un quartier habité traditionnellement par des Libanais chrétiens. Il est possible que les explosions aient eu pour objectif d’exacerber les différends interconfessionnels au Liban, en particulier de provoquer une brouille entre les leaders de l’opposition, elle-même composée du mouvement chiite Hezbollah et du Courant patriotique libre chrétien du général Michel Aoun. Mais il serait dangereux, en tout état de cause, de privilégier la thèse du dessous confessionnel des attentats. Il suffit de regarder les conséquences que cela a eu en Irak. Des différends politiques, cela peut toujours se surmonter, même si c’est parfois difficile. Il est en revanche infiniment plus difficile d’arrêter des conflits interreligieux.

Les Libanais eux-mêmes s’emploient à exclure l’aspect religieux du champ conflictuel. Ce n’est pas un hasard si, après ces explosions dans des cars, les chefs des communautés religieuses du Liban se sont rencontrés en signe de protestation contre la terreur. Le grand mufti de la République libanaise, cheik Mohamed Rachid Kabbani, a noté que "ce nouvel acte abject ayant causé la mort de civils est dirigé non pas contre les chrétiens, mais contre le Liban tout entier, contre la paix civile et l’unité nationale".

Aussi les forces extérieures ne doivent-elles pas exacerber la situation avec des remarques émotionnelles et briser la concorde fragile au sein de la communauté libanaise. Voilà pour un premier aspect des choses. Passons au second.

Indépendamment des déclarations des dirigeants occidentaux ou orientaux, bien que les forces extérieures exercent un impact notable sur les événements au Liban, personne, pas même Damas, Washington ou tout autre capitale, ne pourra plonger ce pays dans une guerre civile si les Libanais ne le veulent pas. Il ne faut surtout pas imputer aux autres la responsabilité de tous les problèmes, même si il y a ici une part de vérité. C’est en cela que réside une des tragédies de l’Irak d’aujourd’hui, et les Libanais ne doivent pas s’engager dans cette voie. Ceux qui sont derrière les attentats au Liban prendront conscience de la vanité de leurs actions s’ils voient qu’ils ne sont pas en mesure d’ébranler l’unité des Libanais, qu’ils ne peuvent pas les manipuler.

Cependant, pour le moment c’est le contraire qui se produit. Les organisateurs des attentats au Liban orchestrent savamment les événements qui se déroulent dans ce pays et dans la région. Mais qui les dirige ? Et est-il seul ? Nul ne le sait.



Marianna Belenkaïa
Observatrice politique de l’agence RIA Novosti




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