Parasha Téroumah 5767

Chabbath 24 février 2007 - 6 Adar 5767 - Début : 18 h 05 — Fin : 19 h 10
publié le jeudi 22 février 2007
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Lecture de la Torah : EXODE XXV, 1 - XXVII, 19 : Préceptes sur la construction du Tabernacle. Haphtarah : I Rois V, 26 - VI, 13 : Le Temple de SALOMON.

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Commentaires sur la Torah :

A partir de ce chabbat, et jusqu’à la fin des lectures hebdomadaires tirées du second livre de la Torah, CHEMOTH, nous allons lire les passages traitant de la construction du Tabernacle et de la confection des objets qu’il devait contenir. Nous mentionnerons ainsi la fabrication sous les ordres de MOÏSE, de tous les objets sacrés contenus dans ce Tabernacle et devant permettre d’assurer le culte divin dans ce lieu destiné à l’ensemble du peuple d’Israël pour s’y retrouver avec D.ieu, tout comme nous le faisons de nos jours, quand nous nous rendons dans une synagogue ou dans tout autre lieu de prières ou d’études.

Le meuble essentiel se trouvant dans le Tabernacle était incontestablement l’ARCHE SAINTE - le ARONE HAKODESH, de nos jours représentée par l’Arche, où se trouvent enfermés les rouleaux de la Torah. Ainsi, à propos de ce ARON HAKODESH, dans le Midrash de CHEMOTH RABBAH, chapitre 34, paragraphe 1, nos Maîtres nous rappellent le verset par lequel D.ieu ordonne à ISRAËL, par l’intermédiaire de MOÏSE, de construire un sanctuaire, en disant : « Ils fabriqueront une arche de bois de CHITTIM » (Exode XXV, 10). Disons en passant, que pour tous les autres meubles, telle que la Table ou l’Autel, le texte dit à chaque fois « tu feras », comme si cela ne concernait que MOÏSE, alors que pour l’Arche (contenant les Tables de la Loi), le texte dit clairement : « ils feront », pour bien indiquer que la Torah nous concerne tous, sans distinction. Nous y avons chacun notre part. Selon les Maîtres intervenant dans ce Midrash se rapportant à l’Arche, celle-ci est mentionnée immédiatement après que l’ordre fût donné à MOÏSE d’édifier un Tabernacle. Car, disent-ils, de même que la Torah a précédé l’ordre de la Création, de la même manière la construction de l’Arche a précédé la mise en place de tous les autres objets installés dans le Tabernacle. Poursuivant leur raisonnement, ils font remarquer que la lumière fut créée avant toute autre élément de la Création, tout comme la Torah, appelée elle-aussi lumière a eu sa place prioritaire par rapport à tout ce que comportait le Tabernacle.

Pour montrer l’importance qu’il convient d’accorder à l’Arche, nous rappellerons ici que sa mention comporte plus de versets bibliques, treize pour être précis, que pour la description de chacun des autres éléments du Tabernacles. En rappelant ce que nous venir de dire plus haut, NACHMANIDE lui aussi rappelle que pour chaque détail relatif à l’Arche, la Torah s’est adressée individuellement à chacun d’entre nous, alors que pour les autres objets, l’ordre était donné à MOÏSE à la deuxième personne du singulier. L’auteur du OHR HA’HAYIM nous enseigne également que chacun est concerné par la Torah. Elle n’est pas réservée à une catégorie d’individus. Mais en disant : « ils feront - VEASSOU », il s’agit d’un engagement collectif pour la Torah servie par nous tous. Nul, fût-il même MOÏSE, ne saurait prétendre l’incarner tout seul. Elle est le partage de toute la Communauté, elle concerne les hommes, les femmes, les parents, les enfants, les villageois ou les citadins, ceux qui travaillent la terre ou les commerçants, chacun selon ses capacités. Par contre, IBN EZRA ne voit dans le pluriel utilisé pour la confection de l’Arche qu’un rapprochement linguistique avec la même expression utilisée pour la construction du TABERNACLE ainsi qu’il est écrit : « Et ils me construiront un sanctuaire, pour que je réside au milieu d’eux » (Exode XXV, 8).

Revenons à présent à l’ARCHE SAINTE. Elle comporte des indications ayant valeur d’enseignement pour les générations futures. En effet, il est écrit : « Tu feras des barres de bois de chittim que tu recouvriras d’or. Tu passeras ces barres dans les anneaux, le long des côtés de l’arche, pour qu’elles servent à la porter. Les barres engagées dans les anneaux de l’arche, ne doivent plus la quitter. » (Exode XXV, 13 - 15)

Ces versets sont à l’origine de la Halakha (règle religieuse) relative au transport de l’Arche durant toutes les étapes dans le désert et ensuite durant les premières années de l’installation des Hébreux en Terre Sainte, ainsi que l’interdiction d’enlever les barres servant au transport de cette Arche. Pour comprendre cette interdiction d’enlever les barres qui devaient toujours restées fixées dans les anneaux prévus à cet effet, MAÏMONIDE, dans son Code de Lois, Objets du Temple, chapitre 2, halakha 12 et 13 nous enseigne : « Quand on transportait l’Arche d’un endroit à un autre, ce n’était pas pour la placer sur une estrade « BIMA », ni sur des chariots. La Mitzwa exigeait qu’elle soit transportée sur les épaules des prêtres affectés à ce service. DAVID a oublié ce précepte important ce causa la mort de OUZA qui avait craint que l’Arche ne tombe du chariot sur lequel elle avait été posée (II Samuel VI, 6). Or, le Roi DAVID aurait dû se souvenir de l’interdit formel disant : « Quant aux enfants de KEHATH, il ne leur en donna point (de voitures), : chargés du services objets sacrés, ils devaient les porter sur l’épaule. (Nombres VII, 9). Par le transport sur les épaules des prêtres, ceux-ci devaient être attentifs à ce que les barres ne sortent pas des anneaux, ce qui constituerait un interdit dont la transgression vaudrait au coupable des flagellations.

Cette interdiction s’applique uniquement au transport de l’Arche mais non à celui de la Table (sur laquelle étaient disposés les pains de proposition) ni à celui des Autels utilisés pour le service sacré. Quelle est donc la raison de cette interdiction ? Il nous suffit de savoir que c’est un ordre de la Torah auquel nous devons obéir. Selon sa méthode, MAÏMONIDE tout rabbin qu’il fût, n’en était pas moins adepte du rationalisme emprunté aux philosophes grecs tels que PLATON ou ARISTOTE. Sur notre question comme sur bien d’autres du même genre, il s’oppose vigoureusement à ceux qui tenteraient à tout prix de trouver des raisons pour justifier telle ou telle mitzwa. Certains dit-il, voudraient qu’il y ait nécessairement opposition entre les lois divines et celles forgées par l’homme, en considérant à tort d’ailleurs, que les secondes sont supérieures aux premières.

Voici donc ce qu’il dit dans son Guide des Egarés, Livre troisième, chapitre 31 : « A D.ieu ne plaise de commettre pareille erreur ! Bien au contraire, en nous donnant Ses commandements (mitzwoth), Ses décrets (‘Houkim) et Ses lois (Michaptim), D.ieu qu’ils nous soient utiles, confirmant ainsi ce que nous dit la Torah : « pour que nous fussions heureux à jamais, pour qu’il conservât nos jours comme Il l’a fait jusqu’ici » (Deutéronome VI, 24). Tous les commandements divins faisant partie des 613 commandements de la Torah consistent à nous fournir la pensée exacte des choses, à nous écarter de celles qui sont mauvaises, à établir un ordre juste, à éliminer toute iniquité, à nous enseigner les bonnes vertus ou à nous écarter des choses vicieuses et viciées. »

Malgré cette mise en garde, il y a des commentateurs considérant que cet interdit relatif aux barres servant à transporter l’Arche et ne devant jamais être déplacées, ne relevait pas d’une simple question technique. L’auteur du SEFER HA’HINOUKH, à propos du Commandement 96 nous dit ceci : « Selon les sources concernant cette mitzwa, il convient de savoir que l’Arche recèle la Torah. Elle est ce qu’il y a d’essentiel pour nous et notre gloire. Nous sommes tenus de nous conduire avec respect envers elle, par tous nos moyens dont nous pouvons disposer. C’est la raison pour laquelle nous avons reçu l’ordre de ne pas ôter les barres servant à transporter l’Arche, au cas où nous serions obligés de nous déplacer précipitamment. Car nous risquerions de ne pas être assez attentifs à veiller au maintien de ces barres à leur place, de sorte que l’Arche risquerait alors de tomber à terre, ce qui serait d’une extrême gravité »

D’autres auteurs, tentant d’expliquer la symbolique propre à chaque objet placé dans le Tabernacle, tels que GERSONIDE, ABRAVANEL, MALBIM ou Samson Raphaël HIRSCH, ont trouvé d’autres significations à cet interdit. Le KLI YAKAR voit dans cette réunion étroite entre l’Arche et les barres le symbole de l’attachement très fort du peuple d’ISRAËL pour la Torah à tout jamais, en se fondant sur le verset suivant : « Mon inspiration qui repose sur toi et les paroles que j’ai mises en ta bouche, elles ne doivent point s’écarter de ta bouche, ni de la bouche de tes enfants, ni de celle des enfants de tes enfants, soit à présent, soit dans les temps futurs. » (ISAÏE LIX, 21). C’est la même idée qu’avait déjà exprimée JOSUE en disant (chapitre I, verset 8) : « Que ce rouleau de la Torah ne quitte pas ta bouche ».

Il est assez curieux de noter que d’autres auteurs, en particulier Samson Raphaël HIRSCH, sont d’avis que la proximité de l’Arche avec ses barres permet à celle-ci d’être déplacée d’un lieu à un autre, tout comme la Torah n’est pas circonscrite à un moment de l’Histoire ou à un territoire particulier. Elle est Universelle. Quoique l’on puisse penser des raisons que l’on ait pu trouver ou élaborer pour justifier telle ou telle mitzwa, et celle du respect envers l’Arche en est un exemple, comme nous venons de le démontrer, on ne peut rien affirmer de manière péremptoire et définitive. Tout est lié à nos convictions religieuses, à notre manière de les traduire en actes pour affirmer notre attachement indéfectible à la Torah et à tout ce qu’elle représente. En définitive, inspirons-nous plutôt de cette vision qu’a eue le prophète ISAÏE pour la fin des temps, lorsqu’il déclara : « car c’est de SION que sort la doctrine et de JERUSALEM la parole du Seigneur ». (Isaïe II,3).

C’est donc de cette manière que nous relirons les textes de la paracha de ces prochaines semaines. Si elles nous parlent du Tabernacle érigé dans le désert, elles nous rappellent également que c’est en nous-mêmes, dans nos communautés et synagogues, dans nos foyers, que se trouvent aujourd’hui réalisées les prescriptions ayant pour but de nous rapprocher du sacré. Dans le monde où nous évoluons, de plus en plus gagné par le manque de respect pour les valeurs spirituelles qui nous sont si précieuses, nous avons besoin de retrouver ce caractère permanent de la sacralisation du temps et de l’espace. D’autre part, tenant compte de l’argumentation de Samson Raphaël HIRSCH, selon laquelle la Torah est Universelle, qu’elle peut et doit être étudiée et pratiquée en tous lieux et en tous temps, nous pouvons affirmer qu’il avait grandement raison. Suivant en cela la position naguère adoptée par Rabbi YO’HANAN ben ZACCAÏ, demandant l’autorisation d’établir son Académie (YECHIVA) à YABNE, au moment du siège de JERUSALEM par les ROMAINS, peu avant la destruction du second Temple en 70 ap. J.C., les Rabbins, au cours de l’Histoire, ont partout établi des lieux d’études et de prières. Ce sont eux qui ont réellement maintenu vivante la Torah autrefois contenue dans l’Arche, à l’intérieur du Tabernacle. Nous avons le privilège de voir se maintenir toutes ces institutions religieuses et spirituelles, dans le monde entier, ISRAËL se plaçant aujourd’hui en tête de toutes celles qui furent créées depuis des décennies. Telle est donc la manière selon laquelle nous pouvons considérer que le Tabernacle de MOÏSE et le Temple de JERUSALEM n’ont pas totalement disparus. Des siècles après, il nous appartient d’en apporter quotidiennement la preuve.

HAPHTARA :

Dans la lecture de la paracha, il était question de la construction du Tabernacle, ce premier édifice religieux servant de Sanctuaire, accompagnant les Hébreux dans toutes leurs pérégrinations à travers le désert et bien après leur entrée en Terre Sainte. Il préfigurait le futur Temple construit par le Roi SALOMON. Ce sont les détails de cette dernière construction que nous rapporte notre Haphtara. Ce roi tenait tout particulièrement à ce prestigieux édifice pour rendre ainsi hommage au D.ieu d’Israël. Pour parvenir à la réalisation de son projet grandiose et majestueux, SALOMON n’hésite pas à mettre à contribution une partie de ses sujets. Alors que dans le désert, les Hébreux très enthousiastes à l’idée de construire un lieu sacré réservé au culte de l’Eternel, les contemporains de SALOMON font preuve d’un empressement moins grand pour aider le roi dans le projet magnifique qu’il avait conçu, en témoignage de fidélité à son père, le roi DAVID qui aurait tant désiré accomplir cette œuvre. Les premiers, se sentaient obligés de se faire pardonner et de réparer la faute du veau d’or, ce qui n’était plus le cas des contemporains de SALOMON.

Aussi, pour stimuler ses sujets quelque peu indolents et réticents, celui-ci fut-il obligé de rétribuer ses ouvriers. Après avoir obtenu malgré tout le concours de ceux qu’il avait employé pour réaliser l’œuvre de sa vie, il ne semble pas avoir manifesté une reconnaissance particulière à tous ceux qui y avaient contribué. On pourrait presque croire qu’il s’agissait pour lui de tirer une gloire personnelle de cette réalisation, comme les édifices construits sous les ordres des rois de France, par exemple. Il semblerait presque que pour SALOMON, en demandant à ses ouvriers d’assurer des corvées exécutées dans des conditions difficiles, le but essentiel était de laisser un nom à l’Histoire. Comme pour réfréner quelque peu ses ambitions personnelles, le texte de notre Haphtara nous rapporte la recommandation qui lui fut adressée par D.ieu en ces termes : « Cette maison que tu édifies, j’y résiderai, si tu te conformes à mes lois, si tu obéis à mes statuts, si tu as soin d’observer et de suivre tous mes commandements ; alors j’accomplirai en ta faveur la promesse que j’ai faite à DAVID, ton père » (I Rois VI, 12)

A travers cette promesse divine, SALOMON est invité à ne pas céder à l’orgueil que pourrait lui procurer la construction prestigieuse que représentait alors le Temple édifié à la gloire de l’Eternel. Nous pouvons également en tirer un leçon permanente, car chaque fois que nous participons à une œuvre communautaire, par la construction de tel ou tel édifice nécessaire au culte ou à l’éducation, nous ne devons pas céder à une quelconque tentation de voir notre nom figurer sur une plaque pour y inscrire à jamais notre contribution. Si D.ieu nous a donné les moyens d’agir dans un domaine quelconque, c’est que nous pouvions et devions le faire, par l’aide qu’Il a pu nous fournir pour parvenir au but escompté. N’oublions jamais que nous ne sommes que les intermédiaires entre D.ieu et les causes que nous appelés à défendre.

Pour en revenir à l’exemple du roi SALOMON, il faut se souvenir qu’il n’a pas su tirer profit des leçons de modestie inculquées par son père, le roi DAVID, ni des avertissements que lui adressait D.ieu par l’entremise de ses conseillers et maîtres. En définitive, le contenu de notre Haphtara est une mise en garde contre la méconnaissance du sens profond qu’il convient d’accorder à la Maison de D.ieu. Nous y sommes invités à exprimer les sentiments de notre cœur, à y trouver calme et sérénité, dans l’épreuve comme dans la joie.

Le Sanctuaire sous toutes ses formes, synagogue, oratoire occasionnel, maison d’étude occupe une place unique et irremplaçable dans notre conscience religieuse. Nous y trouvons matière à réflexions, pour puiser des leçons en vue de mieux accomplir la Torah. C’était le sens de l’injonction adressée par D.ieu au roi SALOMON pour que nous nous comportions en fidèles serviteurs de D.ieu et mériter ses bénédictions et ses récompenses.

La fréquentation des lieux de prières et donc importante. Elle nous permet aussi de renforcer nos liens avec nos autres frères. Ils nous soutiennent comme nous les soutenons pour assurer la transmission de nos valeurs éternelles. Outre le caractère rituel que comporte la Synagogue, elle joue également un rôle social et associatif dont chacun a besoin, de sorte que nous puissions ainsi mieux répondre à notre vocation d’héritiers des patriarches, tournés vers l’Unique et vers l’Autre.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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