Définition encyclopédique de la Torah

publié le jeudi 7 août 2003
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La version des Septante (IIIe siècle av. J.-C.) a traduit la Torah (de l’hébreu yaroh, « guider », « enseigner ») par le terme grec « Loi ». La Torah est aussi nommée Pentateuque, parce qu’elle réunit cinq livres : la Genèse, l’Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome.

Les 613 commandements La Torah véhicule deux notions inséparables : celle de révélation et celle de tradition. Bien plus, elle ne fonde pas une dogmatique mais une éthique. La révélation n’est pas la manifestation de connaissances cachées mais celle d’un commandement divin : elle s’annonce sous la forme de prescriptions qui inaugurent un projet moral sur l’homme.

À cette révélation répond l’écoute plus ou moins fidèle du peuple. La tradition, composée de lois, implique une pédagogie qui vise à leur assimilation. Enfin, la Torah est toujours située dans l’histoire. C’est pourquoi, pour être comprise, elle réclame une interprétation sans cesse active.

En son sens premier, la Torah désigne le Pentateuque, dont la tradition juive attribue la rédaction à Moïse inspiré par Dieu. Le Talmud l’appellera plus tard Torah chébiketav, la « Torah-qui-est-par-écrit ». Elle comprend des commandements (la tradition en compte 613) et de multiples récits. Mais elle forme un tout qui est la Parole divine. La Torah est proposée aux fidèles comme la seule source d’inspiration et ils doivent s’y référer continuellement : « Le livre de cette Torah ne quittera pas ta bouche, et tu la méditeras jour et nuit, afin d’observer tout ce qui est inscrit ; alors, tu réussiras dans tes entreprises, et tu feras preuve d’intelligence » (Josué, I, 8).

La Torah écrite constituait la charte politique, sociale et religieuse de l’ancien Israël. C’était la Loi qu’invoquent sans cesse les prophètes. Elle remplissait de multiples fonctions. Elle servait de constitution à Israël ; les rois devaient en avoir un exemplaire par-devers eux et le consulter pour en observer les préceptes. Elle était également code pénal et code civil ; une part importante des 613 commandements de la Loi écrite concerne la législation criminelle et les rapports sociaux. Enfin, sur le plan proprement religieux, elle était la charte de l’Alliance et mentionnait les obligations du fidèle dans sa vie morale comme dans le culte.

Parallèlement à la Loi écrite, de nombreuses traditions circulaient dans l’ancien Israël. Elles concernaient l’histoire des Hébreux mais aussi l’interprétation du texte révélé. Cette interprétation était considérée comme d’inspiration divine. Ainsi apparut la notion de Loi orale, la Torah chébealpé, la « Loi-qui-est-dans-la-bouche ».

Après la destruction du premier Temple de Jérusalem (587 av. J.-C.), le judaïsme subit diverses mutations dues à la situation nouvelle, l’Exil. L’une d’entre elles concernait la Torah, qui devenait le seul patrimoine des juifs dispersés, et qui allait prendre une place centrale dans la religion juive, au point de se substituer au Temple. Dans cette perspective, la Loi orale ne cessa de se développer. Ainsi, lorsque la littérature hébraïque parle de la Torah, elle entend aussi bien le texte biblique proprement dit (le Pentateuque, principalement) que la tradition orale, qui allait bientôt, pour l’essentiel, être consignée dans le Talmud. En effet, la Torah écrite était comme le corpus de la Loi, et la Torah orale son commentaire.

La mystique de la Torah Expression de la révélation mais aussi de la sagesse, la Torah était fréquemment exaltée dans la littérature biblique, en particulier dans les livres sapientiaux. Les Psaumes et les Proverbes mettent l’accent sur sa valeur, sur la sagesse qu’elle donne aux hommes, et font de la fidélité à la Torah la vertu religieuse par excellence en même temps que la clé du bonheur. Avec l’importance croissante de la Torah dans la vie religieuse des juifs apparut une véritable mystique qui en faisait bien plus qu’une règle de conduite pour les hommes. À la Torah écrite et à la Torah orale vint se superposer une Torah non écrite, loi cosmique originelle de l’humanité, dont la Torah révélée n’est que la matérialisation. Comme expression de la volonté de Dieu, la Torah était en Dieu dès avant la création du monde. Cette dimension cosmique confère à la Torah une portée universelle.

En recevant la Loi, Israël se trouve investi d’une mission particulièrement exigeante ; en même temps, cette Loi, et elle seule, justifie son existence et le préserve. C’est ce que le Talmud exprime en un apologue célèbre : « La Torah est appelée lumière de l’homme, l’âme est appelée lumière de Dieu. Gardez ma lumière, dit le Seigneur, et moi, je garderai votre lumière. »

Cette conception de la Torah devait recevoir de très vastes développements dans la littérature mystique du Moyen Âge, particulièrement dans la Kabbale, dont elle est le fondement essentiel : la Kabbale prétend pénétrer dans les arcanes de la Torah céleste en méditant le texte de la Torah révélée. Elle imprima une direction originale à la religiosité juive en faisant non seulement de l’observance de la Torah mais de son étude un devoir essentiel du fidèle. Aucune « œuvre » n’égale en importance l’étude de la Torah ; le maître est plus que le père ; on n’interrompt pas son étude, même pour reconstruire le Temple de Jérusalem.

La Torah dans la liturgie Si l’étude de la Torah constitue l’exercice spirituel le plus important de la religion juive, sa récitation et sa lecture jouent un grand rôle dans le culte. La Torah écrite est déposée dans chaque synagogue sous forme de rouleau. Le texte sacré doit, en effet, être obligatoirement écrit sur un parchemin et être manuscrit si l’on veut qu’il serve à la lecture liturgique.

La Torah est divisée en péricopes ; il y en a autant qu’il y a de semaines dans l’année juive. Chaque sabbat, on récite publiquement une péricope, de sorte que la Torah est entièrement lue à la synagogue en une année. Chaque péricope est divisée en sept passages ; pour chacun d’eux, un fidèle est invité à monter à la tribune et c’est à son intention que l’officiant lit le texte sacré. En s’approchant de la Torah, le fidèle récite une bénédiction dans laquelle il loue Dieu de « nous avoir choisis parmi les peuples et de nous avoir donné sa Torah ». La Torah est revêtue de divers parements qui sont offerts en ex-voto par les fidèles. Elle est promenée, avant et après la lecture, parmi les fidèles de la synagogue et proposée à leur dévotion.

La place accordée par le judaïsme à l’étude de la Torah est un des traits les plus caractéristiques de cette religion ; elle explique que les juifs aient été appelés « le peuple du Livre ». La croyance en l’authenticité de la Torah figure, de ce fait, parmi les articles fondamentaux de la foi du judaïsme. Le grand théologien Maimonide (1135-1204), qui tenta de résumer la foi juive en treize dogmes, en consacra deux à la Torah : la Torah entière est celle qui a été donnée à Moïse ; la Torah ne sera pas modifiée et le Créateur n’en donnera jamais d’autre.


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David Levy
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