La connaissance de l’Holocauste aide-t-elle à combattre la xénophobie ?

publié le dimanche 18 février 2007
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En 2005, le 27 janvier a été proclamé par l’ONU Journée internationale de commémoration en mémoire des victimes de l’Holocauste. La Russie a été l’un des pays à l’initiative de l’adoption de cette résolution. Elle a également soutenu la résolution qui condamne toute tentative de nier l’Holocauste. Mais, en Russie, les défenseurs des droits de l’homme se demandent dans quelle mesure la connaissance de l’Holocauste contribue à faire baisser la xénophobie.

Selon Alla Guerber, présidente de la Fondation Holocauste, les gens savent au moins aujourd’hui, ce qui n’était pas le cas il y a dix ans, ce qu’est l’Holocauste. "Ce thème était autrefois tabou, a-t-elle déclaré au cours d’une conférence de presse réunie dans les locaux de RIA Novosti. On commence maintenant à en parler, à tourner des fictions et des documentaires, à écrire dans les journaux. Mais, chaque fois, les défenseurs des droits de l’homme se demandent si la connaissance fait évoluer les comportements"

Malheureusement, ajoute-t-elle ; on ne peut pas dire que la conscience sociale ait notablement progressé. Pour preuves : la montée des tendances xénophobes en Russie, la lenteur dont font preuve les forces de l’ordre dès qu’il s’agit d’enquêter sur des crimes motivés par la haine ethnique ou religieuse. "Les néonazis sont présents dans de nombreux pays, note-t-elle, mais ils sont combattus par la société, être nazi est indécent. Alors qu’en Russie ils ne suscitent que de l’indifférence chez la plupart des gens." C’est un avis que partagent d’autres défenseurs des droits de l’homme.

Evgueni Prochetchkine, président du Centre antifasciste de Moscou, raconte que même les éditeurs les plus respectables, dans leur désir d’épouser la mode, de faire du tirage, publient des ouvrages dont le contenu est identique, quant au fond, au Mein Kampf de Hitler. Leurs auteurs sont loin d’être toujours des marginaux, certains ont un statut d’homme d’Etat et s’expriment dans les médias. "Le fascisme n’a pas pris sur un terrain vierge, souligne Evgueni Prochetchkine, au commencement était le verbe, la propagande".

De son côté, le directeur du Bureau moscovite des droits de l’homme, Alexandre Brod, note que le nombre des crimes racistes, xénophobes, augmente chaque année de 10 à 15 % environ en Russie. Il cite à l’appui les chiffres de l’observatoire régional : en 2006, 170 agressions ont été commises, faisant 51 morts et 310 blessés. Les statistiques du début de l’année ne sont guère réjouissantes : 2 morts et 15 personnes rouées de coups au cours des vingt-cinq premiers jours du mois de janvier. Les dépêches concernant des profanations de synagogues, de mosquées et de cimetières ne cessent de tomber.

Les défenseurs des droits de l’homme espèrent cependant que le travail d’éducation effectué en direction de la population portera ses fruits avec le temps. Certains résultats sont déjà tangibles. Cette année, la soirée de commémoration en mémoire des victimes de l’Holocauste, qui a eu lieu le 27 janvier à la Maison de la littérature, a donné lieu à une remise de prix dans le cadre du 5e concours international "L’Holocauste : mémoire et prévention", qui a lieu chaque année en milieu scolaire et estudiantin.

"Cette année, raconte Ilya Altman, historien et coprésident du centre Holocauste, nous avons reçu 700 travaux de dix pays. Les jeunes y expliquent l’importance d’étudier l’Holocauste. Ils estiment que celui qui a abordé au moins une fois ce thème ne pourra jamais justifier les skinheads et rester insensible aux manifestations d’hostilité au sein de la société".

De l’avis des défenseurs des droits de l’homme, étudier ; comparer les événements d’hier et d’aujourd’hui, se souvenir de l’histoire de l’Holocauste fait partie des méthodes efficaces de lutte contre les manifestations de la xénophobie. C’est ce qui se pratique depuis longtemps en Occident et c’est ce que tente de faire aussi la Russie.

Comme l’explique Ilya Altman, les victimes de l’Holocauste étaient jusque là commémorées à Moscou essentiellement. Mais de nombreuses régions empruntent aujourd’hui cette tradition. Cette année, la fondation Holocauste a de nouveau réuni un séminaire destiné aux enseignants, au cours duquel elle a présenté la brochure éditée par l’ONU à ce sujet. Dans certaines villes de Russie, l’administration a recommandé l’utilisation de cet ouvrage dans toutes les écoles. Les séminaires que les défenseurs russes des droits de l’homme organisent conjointement avec des experts européens sont également utiles aux fonctionnaires du ministère de l’Intérieur. L’article 282 du Code pénal de la Fédération de Russie (sur l’incitation à la haine ethnique, religieuse et raciale) doit beaucoup aux défenseurs des droits de l’homme. Même s’ils constatent avec tristesse que la police et la justice ne montrent pas encore l’énergie suffisante face à la monté des crimes xénophobes.

C’est pourquoi, disent-ils, il est important que la Russie ne se contente pas de participer à l’adoption des résolutions de l’ONU sur la mémoire de l’Holocauste, mais qu’elle fasse comprendre l’importance de ce thème à la société si cette dernière n’est pour l’instant pas capable de prendre elle-même conscience des conséquences possibles des humeurs xénophobes, même si leurs manifestations peuvent parfois paraître anodines.



Marianna Belenkaïa
Observatrice politique de l’agence RIA Novosti




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