« Papon face à la justice divine... »

BILLET DU 18 FEVRIER 2007
publié le samedi 17 février 2007
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Bonjour,

C’est aujourd’hui le Rosh Hodesh, le nouveau mois, d’Adar. Le Talmud nous enseigne que lorsque ce mois paraît, la joie augmente. On aurait vite fait le parallèle entre cette néoménie et l’annonce de la mort de Maurice Papon. Pourtant la morale juive nous apprend à ne pas nous réjouir de la mort d’un homme, fût-il notre ennemi. Nous nous interrogeons plutôt sur l’extrême longévité de cet homme qui, à 96 ans, aura survécu non seulement à ses victimes mais à de nombreux de leurs enfants. Tout cela paraît si injuste. Les Psaumes bibliques s’interrogent sur le bien-être des méchants et la souffrance des justes sans bien entendu y apporter la moindre réponse si ce n’est dans le fait de poser cette question. Ce n’est pas normal et cela ne s’inscrit donc pas dans le dessein divin tout comme la mort de 6 millions de nos frères et sœurs. Oui il y a des êtres infâmes qui vivent longtemps et dans le confort alors que des hommes justes sont frappés par la pauvreté et la souffrance.

Maurice Papon aura envoyé, en toute connaissance de cause, 1690 juifs, hommes, femmes, vieillards et enfants, ils étaient 250, vers Drancy et donc vers la mort. Il aurait pu, dans une certaine logique de l’horreur, assumer ses actes face aux évidences que son procès avait mises au grand jour. Au contraire sa lâcheté sera restée intacte jusqu’au bout. Fuyant la France vers la Suisse en espérant échapper à la justice d’un pays dont il se prétendait être un fidele serviteur. Avançant son état de santé pour ne pas purger une peine de prison, au demeurant clémente, infligée par la justice française, c’est à dire au nom du peuple souverain. Se targuant du titre de « résistant » lui qui avait collaboré au régime de Vichy. Crachant sur les tombes inexistantes de ses victimes en niant ses responsabilités. Portant sa Légion d’Honneur alors que celle-ci lui fut retirée. L’homme était détestable et répugnant. On le disait hautin et suffisant.

C’est ainsi qu’il doit se présenter devant la justice divine, une justice à laquelle il ne pourra se soustraire. C’est là peut-être la véritable satisfaction de savoir qu’enfin il doit faire face à cette échéance. Il rejoint Paul Touvier et René Bousquet. La France, a priori, n’héberge plus sur son sol des criminels contre l’humanité en vie. La France surtout les aura jugé ! A ceux qui pensent que la repentance de la France fut tardive, on se souvient du discours mémorable de Jacques Chirac, il nous faut leur répondre qu’au moins elle a eu lieu. La France a reconnu sa responsabilité dans la déportation des juifs sous le régime de Vichy et a jugé ses protagonistes.

Dans deux semaines nous célébrerons la fête de Pourim. Papon ne fera que grossir la liste des descendants d’Aman dont la vie est condamnée à être recouverte par le son des crécelles de nos enfants. Exterminés dans le silence des nations ils revivent aujourd’hui dans le tumulte de la vie.

Hodesh tov et Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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