Parasha Michpatim 5767

Chabbath 17 février 2007 - 29 Chevat 5767 - Début : 17 h 54 - Fin : 19 h 00
publié le mercredi 14 février 2007
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CHEKALIM — Bénédiction du mois - Veille de Roch ‘Hodesh Lectures de la Torah : EXODE XXI, 1 - XXIV, fin : Lois civiles et pénales, religieuses et morales ; l’alliance. Deuxième rouleau : EXODE XXX, 11 - 16 : Le demi-sicle. Haphtarah : II Rois XII, 1 - 17 ; Sephardim , dès XI, 17 : Réparation du Temple sous JOAS.

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Commentaires sur la Torah :

Nous avons relu la semaine dernière, le texte des Dix Commandements en leur ajoutant notre commentaire hebdomadaire. Ce texte fondamental de notre tradition religieuse représente la quintessence de l’ensemble des lois et des règles auxquelles nous sommes tenus de donner un sens concret par l’application d’autres lois, elles aussi formulées par la Torah. C’est le cas entre autres des cinquante-trois commandements dont vingt-quatre positifs et vingt-neuf interdits que contient la paracha de cette semaine. Ils n’ont pas tous une connotation strictement rituelle, puisqu’un certain nombre d’entre eux déterminent nos relations avec nos semblables, à travers des règles sociales, morales appartenant aux 613 mitzwoth de la Torah.

Nous allons donc nous arrêter sur la notion de GUEMILOUTH ‘HASSADIM que nous inspire notre lecture hebdomadaire et que l’on traduit souvent à tort par le terme d’action sociale, terme actuellement assez souvent utilisé et recouvrant partiellement la notion de charité. Ainsi, cette mitzwa de GUEMILOUTH ‘HASSADIM comporte notamment le précepte consistant à prêter de l’argent à une personne en difficulté. Il s’agit d’un commandement dit positif que notre paracha indique sous une forme facultative en disant : « Si (IM) tu prêtes de l’argent à quelqu’un de mon peuple, au pauvre qui est avec toi, ne sois point à son égard comme un créancier ; n’exigez point de lui des intérêts » (Exode XXII, 24). Toutefois, la MEKHILTA (midrash hala’hique sur CHEMOTH) nous indique au nom de Rabbi YISCHMAËL, que partout dans la Torah où un commandement débute par ce terme « Si - IM », il est facultatif, à l’exception de celui indiqué ci-dessus, relatif au prêt d’argent, et deux autres commandements également.

Dans son Code de Lois, MAIMONIDE dans les Lois relatives aux prêts et aux emprunts, (chapitre 1er), détermine l’obligation de prêter de l’argent à quiconque en a besoin à partir de ce verset de Chemoth. L’auteur du SEFER HA’HINOUKH, en analysant cette mitzwa considère qu’il est plus important de donner la TSEDAKA (charité), faire un don, plutôt que de prêter de l’argent. Selon cet auteur, l’obligation d’accomplir un tel commandement provenait de la volonté de D.ieu d’enseigner à Ses créatures la notion d’amour et de miséricorde dont elles recevront ensuite la rétribution, mais l’essentiel tenant au fait que chacun de nous est un messager de D.ieu pour que nous en tirions des mérites.

A l’opposé de la MEKHILTA déjà citée, ABRAVANEL estime que ce verset nous disant : « Si tu prêtes de l’argent..... » constitue un commandement facultatif et non obligatoire. Selon cet auteur, la véritable obligation qui nous incombe consiste à donner, de manière désintéressée, sans attendre de contre-partie. Il s’était déjà exprimé dans son commentaire de la fin de la paracha YITHRO en s’opposant à Rabbi YICHMAËL pour dire que nous étions là en présence de commandements facultatifs. Toutefois, dit-il, s’agissant d’un indigent refusant la charité - TSEDAKA - dans un tel cas, il convient de lui proposer un prêt, pour ménager sa susceptibilité.

D’autre part, dit-il, si un riche refuse de donner la charité, ce qui arrive malheureusement, il doit au-moins consentir un prêt, revêtant une forme de don. En effet, celui-ci doit alors être soumis à des conditions particulières. Il est en effet interdit au créancier d’exercer des pressions sur son débiteur pour le remboursement de la somme prêtée. Il lui est interdit de le faire convoquer devant un Tribunal Rabbinique, d’exiger des intérêts. Ainsi, concernant l’indigent en difficulté, de nombreux interdits sont mis en place pour lui éviter toutes sortes d’humiliations et de souffrances morales. En dernier ressort, le créancier exigeant au-moins un gage, se voit opposer l’obligation suivante : « Si tu saisis, comme gage le manteau de ton prochain, au soleil couchant tu devrais le lui rendre » (Exode XXII, 25). Ce style de commandement semble être commun à toutes les sociétés. Aussi, la Torah vient-elle nous alerter sur le cas de ce genre de personnes en nous disant : « Or, s’il se plaint à moi, je l’écouterai, car je suis compatissant » (Exode XXII, 26).

Les recommandations faites à un créancier ayant prêté de l’argent, vont jusqu’à lui enjoindre d’éviter de passer devant le domicile de son débiteur, ce qui pourrait apparaître comme une forme de pression. Parlant de ce genre de situation, le Rabbin Samson Raphaël HIRSCH tient à souligner que le comportement d’un juif qui se veut fidèle à la Torah consiste à être miséricordieux et juste. Généralement, dit-il, c’est le débiteur qui cherche à fuir le regard et les sollicitations du créancier alors que selon la Torah c’est plutôt le créancier auquel il est interdit de se présenter chez son débiteur, ce que nous apprenons d’un passage du Talmud Baba Metsia 75 b.

De ce qui précède, nous pouvons comprendre que la Torah veut surtout nous enseigner que nul ne saurait prétendre être l’unique propriétaire de ses biens, de sa fortune notamment. C’est ce que vient en particulier souligner Samson Raphaël HIRSCH en nous disant : « N’oublie jamais qu’il n’y a rien, dépendant de ta force et de ton pouvoir, en ta possession qui n’appartienne qu’à toi seul. Chacun qui te sollicite y a sa part et tu as le devoir de lui venir en aide. Ne reste pas indifférent à toute demande d’aide qui pourrait t’être adressée. Souviens-toi de ton Créateur, dont dépend tout ce que tu possèdes. »

Cette idée fondamentale, nous la retrouvons indiquée dans la Torah. Le verset cité plus haut disant : « Si tu prêtes de l’argent », est selon le OHR HA’HAYIM, d’une très grande importance au plan social. On peut se demander pour quelle raison les uns possèdent davantage que d’autres. Mais cela dépend de la volonté de D.ieu qui a décidé que certains possèderont plus que d’autres pour leur accorder le mérite d’en faire bénéficier de plus défavorisés qu’eux-mêmes. Il faut donc savoir en effet, que la part de l’indigent est entre nos mains. Ce que nous avons en surplus de nos propres besoins, doit lui être donné ou faire l’objet d’un prêt, appliquant ainsi le verset disant : « au pauvre qui est avec toi » (Exode XXII, 24). Même en lui accordant un prêt à défaut d’un don, c’est sa part sur nos biens, et nous ne pouvons agir avec dureté envers lui. Sur le verset que nous commentons, il est intéressant de mentionner ce qu’en dit RACHI : « Considère-toi comme si tu étais le pauvre », c’est-à-dire qu’il faut se mettre à sa place comme si l’on éprouvait ses difficultés dans l’existence, pour donner tout son sens au texte d’Exode XXII, 24 cité plus haut.

L’on rapporte qu’un jour, le ‘HATAM SOFER (19) s) s’était rendu chez un homme connu pour son avarice, afin d’obtenir un don de sa part en faveur d’un pauvre. Cela se passait un jour de KIPPOUR. Le Rabbin pensait que ce jour-là, sa démarche serait mieux prise en considération. L’homme reçut ce rabbin dans l’entrée de sa maison. Il était sorti de sa chambre sans prendre sa veste. Le rabbin prolongea intentionnellement son discours, jusqu’à ce que son interlocuteur finisse par trembler de froid. Il demanda au rabbin de pouvoir regagner l’intérieur de sa maison. Le ‘HATAM SOFER lui dit : « C’est en toute conscience que j’ai tenu à m’adresser à vous à l’extérieur non chauffé, pour que vous puissiez comprendre ce que ressentent les pauvres qui ont froid et ne peuvent se chauffer ».

Ce récit illustre bien ce que voulait dire RACHI que nous venons de citer, en demandant à chacun d’imaginer être à la place de l’indigent qui sollicite notre aide. Notre société connaît malheureusement les difficultés qu’éprouvent un grand nombre de personnes et de familles, pour se nourrir, se loger, s’habiller et se chauffer. Notre paracha vient ainsi nous éclairer sur nos devoirs envers quiconque vit dans le besoin. Au-delà de son aspect strictement religieux, la Torah est en fait un enseignement permanent de partages, de vie sociale, dans laquelle chacun doit avoir sa part, si modeste soi-elle.

HAPHTARA :

Ce chabbat marque le début des lectures spéciales de HAPHTAROTH que nous lirons durant les semaines à venir, et jusqu’à la fête de PESSA’H. Cette semaine, bien que veille de ROCH ‘HODECH où nous aurions dû lire un texte tiré du Livre des Rois, mentionnant ce genre de situation, nous lirons plutôt, pour marquer le CHABBAT CHEKALIM, le récit du roi JOAS (836 - 197 avant l’ère vulgaire), exigeant que les prêtres et les lévites se rendent chez leurs connaissances pour obtenir des dons destinés à restaurer le Temple de Jérusalem, dont l’entretien fut longtemps négligé. Déjà dans le second rouleau de la Tora lu ce même chabbat, le texte d’Exode XXX, versets 11 à 16, rappelait l’obligation imposée aux juifs d’autrefois, d’avoir à donner chacun un demi-sicle en signe de solidarité communautaire. Les sommes recueillies servaient au dénombrement mais également à payer les sacrifices bi-quotidien offerts au nom de toute la communauté.

Quelque siècles après le texte de la Torah, le roi JOAS lui-aussi, exigea de ses sujets une contribution de solidarité nationale destinée au financement des travaux de réfection du Temple. Il rencontra beaucoup de réticences et de mauvaises volontés de la part des prêtres chargés de collecter l’argent nécessaire. Il dût en conséquence user de tout son pouvoir pour obtenir le résultat souhaité. Ce qui peut nous étonner, c’est le fait que malgré la gravité de la situation et l’importance de la cause à défendre, l’entretien d’un lieu aussi prestigieux que le Temple n’ait suscité au départ, qu’un enthousiasme relatif de la part du peuple.

Pour stimuler les donateurs, le roi donna donc l’ordre suivant : « que les prêtres prennent cet argent, chacun auprès des gens de sa connaissance, et qu’ils réparent eux-mêmes les dégradations du Temple, partout où il s’en trouvera. (II Rois XII, 6). D’autres précisions sur cet appel nous sont encore fournies dans le Livre II des Chroniques, chapitre XXIV, verset 5. Nous y apprenons que le roi dut user de tous les moyens à sa disposition pour convaincre ses sujets d’avoir à exécuter ses ordres, non sans difficultés. Curieusement, on peut constater que malgré la gravité de la situation, l’enthousiasme ne fut pas à la hauteur des espérances. A la suite de cela, le roi imagina alors le principe de la mise en place d’un tronc, en l’occurrence une pièce dont la porte comportait un espace découpé à travers lequel les fidèles pouvaient glisser leur obole. Ce fut le principe des troncs placés en évidence pour y recueillir de nos jours encore, des dons en faveurs de toutes sortes d’institutions religieuses ou sociales. On vérifie ainsi le principe bien connu des « petits ruisseaux formant de grandes rivières ».

Pour conclure brièvement ces réflexions sur les difficultés que connaissent bien souvent les instances communautaires ou sociales pour conforter leur budget toujours en équilibre instable, on doit ici rappeler l’enseignement de nos Maîtres disant : « Grands sont les mérites de ceux qui savent que donner, c’est finalement recevoir en retour de la part de Celui dont nous tenons notre existence et tous nos biens ».

Ce CHABBAT CHEKALIML qui va introduire le mois de ADAR comportant la prochaine fête de POURIM nous rappelle donc que les miracles d’autrefois ayant permis à nos ancêtres d’échapper au danger menaçant leur existence physique et spirituelle, se sont poursuivis à travers les siècles. C’est donc dans nos maisons de prières et d’études que nous apprenons à vénérer D.ieu, à Lui rendre grâces pour tous les bienfaits dont il n’a cessé de nous combler.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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