« Une pierre dans le jardin d’Eden de l’Abbé... »

BILLET DU 28 JANVIER 2007
publié le dimanche 28 janvier 2007
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Bonjour,

La France a donc rendu un hommage national à l’abbé Pierre décédé à l’âge de 94 ans lundi dernier. Il est incontestable qu’Henri Grouès de son vrai nom fut un grand homme et que sa popularité dans le cœur des français était méritée. Il a voué sa vie à la cause des plus démunis avec une abnégation totale. Ancien résistant il fut également député. Son appel lors de l’hiver 54 reste dans les consciences et dans l’histoire de la France : « Mes amis, au secours... Une femme vient de mourir gelée cette nuit à 3 heures, sur le trottoir du boulevard de Sébastopol, serrant sur elle le papier par lequel, avant-hier, on l’avait expulsée... ». Ce cri est d’une terrible actualité et l’abbé Pierre a su, à travers les compagnons d’Emmaüs faire que des milliers d’hommes et de femmes sur plusieurs générations puissent relayer cet appel. Il avait réussi, lui l’homme d’église, à fédérer autour de lui des hommes croyants de toutes religions comme des agnostiques ou des laïques qui voyaient en lui la tendre figure d’un père, devenue avec l’âge celle d’un grand-père.

Et pourtant l’abbé Pierre n’hésita pas dans des confessions écrites à dire qu’il n’avait pas toujours était chaste, ce qui le rendit certainement plus humain et attendrissant. Il prit position, contre Rome, pour l’usage du préservatif constatant le fléau que représente la propagation du SIDA. Il resta moderne et jeune d’esprit tout au long de sa vie.

Reste cette pierre dans le jardin d’Eden de l’Abbé dans lequel on imagine qu’il se trouve à présent. Cette empoisonnante « affaire Garaudy » il y a 10 ans lorsque l’abbé jugea bon de soutenir son ami traduit en justice pour négationnisme après avoir publié son livre « les mythes fondateurs de la politique israélienne ». Ce soutien est à mettre au passif de l’homme. Il s’en est excusé, dont acte ! Il a rappelé qu’en août 1942 il aida des juifs à passer la frontière vers la Suisse. Et puis seul devant sa conscience n’a-t-il pas dit : « C’est tellement complexe un homme et, jusqu’au dernier instant, tellement inachevé » ?

Je pensais, à la lecture de la Parashah Bo, ce Shabbath, à une certaine analogie, toutes proportions gardées, entre Moïse et l’abbé Pierre. Moïse devait accomplir son destin singulier en se dressant seul devant l’homme le plus puissant de l’époque, le Pharaon. L’abbé Pierre a passé sa vie à interpeller les plus grands. Il avait cette phrase que l’on pourrait aujourd’hui répéter à l’envie : « Les hommes politiques ne connaissent la misère que par les statistiques. On ne pleure pas devant les chiffres ». Il fut un homme de terrain vivant dans la simplicité et se servant de ses deniers pour aider les plus démunis. Les politiques le courtisaient sachant qu’il valait mieux être dans son camp. On a peine à imaginer qui, aujourd’hui, se dressera comme il le fit en son temps pour interpeller les consciences avec tant de force. C’est là le destin des grands hommes que de survivre au-delà de leur mort.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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