Parasha Bechala’h 5767 - Début : 17 h 31 - Fin : 18 h 38

Chabbath 3 février 2007 — 15 Chevath 5767
publié le mardi 30 janvier 2007
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Lecture de la Torah : EXODE XIII, 17 -XVII, fin : Passage de la mer Rouge et cantique : la manne ; Amalek. Haphtara : JUGES IV, 4 - V, fin ; Sephardim, chapitre V seulement : DEBORA et BARAK : cantique de Debora.

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Commentaires sur la Torah :

Dans la paracha VAET’HANANE (Deutéronome III, 23 à VII, 11) sont indiqués les fondements de notre foi religieuse. Nous y trouvons la défense suivante : « Ne tentez point l’Eternel, votre D.ieu, comme vous l’avez fait à MASSA » (Deutéronome VI, 16). Il y a là une référence à l’épisode que nous lisons dans EXODE XVII, 1 à 7. En effet, à peine sortis d’EGYPTE, ayant vécu le miracle de la traversée de la Mer Rouge que nous célébrons quotidiennement par la lecture du Cantique de MOÏSE, les Hébreux, ne trouvant pas d’eau, se rebellent contre D.ieu. Sur ordre de D.ieu, MOÏSE prenant son bâton, frappe un rocher d’où jaillit destinée à apaiser la soif de tout le peuple. En s’opposant à D.ieu, le peuple avait donc gravement péché.

Pour quelle raison, lorsque MOÏSE récapitule tout ce qui s’est passé entre le moment où les Hébreux sont sortis d’Egypte jusqu’à leur entrée en Terre de Canaan, s’est-il contenté de leur rappeler ce qui s’était passé à MASSA lorsqu’ils demandèrent de l’eau ? Etait-ce la seule fois où ils se conduisaient mal envers D.ieu ? Le texte biblique rapporte les paroles de MOÏSE se plaignant de son peuple s’entend dire de la part de D.ieu : « tous ces hommes qui ont vu ma gloire et mes prodiges, en Egypte et dans le désert, et qui m’ont tenté dix fois déjà, et n’ont pas obéi à ma voix » (Nombres XIV, 22).

En fait, nous savons qu’ISRAËL n’a pas cessé de geindre, de se plaindre, de manifester de l’ingratitude envers D.ieu malgré les bienfaits dont il avait été comblé. Aussi, comment comprendre que MOÏSE utilise l’expression « mettre D.ieu à l’épreuve » ? Le texte biblique confirme d’ailleurs cette terminologie. Bien qu’ils n’aient pas directement mentionné le nom divin dans leurs plaintes et récriminations, la Torah vient témoigner que MOÏSE a surpris leur intention profonde telle que nous l’indique ce passage de notre paracha : « On appela ce lieu MASSA (tentation) et MERIBA (querelle), à cause de la querelle des enfants d’Israêl, et parce qu’ils avaient tenté l’Eternel en disant : « est-ce que l’Eternel est avec nous ou non ? » (Exode XVII, 7)

A ce propos, ABRAVANEL fait remarquer : « s’ils n’avaient pas d’eau à boire ils auraient dû pleurer. Vers qui devaient-ils se tourner ? n’est-ce pas vers MOÏSE, leur guide pour qu’il réalise en leur faveur un prodige. Alors, pour quelle raison appelle-t-on ce qui s’est passé « une épreuve » ? Il s’agissait pourtant d’une question et d’une sollicitation légitime - et non point de mettre D.ieu à l’épreuve. »

Deux Maîtres de la mishna (TANNAÏM) expliquent le secret de leurs paroles. Sur les termes « à cause de la querelle .... Et parce qu’ils avaient tenté D.ieu », nous avons en effet deux opinions dans la MEKHILTA - chapitre 17 § 7. Rabbi JOSUE dit : « Les enfants d’Israël s’étaient dit : « si D.ieu est le Maître de toutes les œuvres comme il est notre Maître, nous le servirons. Sinon, nous ne le servirons point ». Rabbi ELIEZER dit : « Ils (les enfants d’Israël) s’étaient dit : « S’Il (D.ieu) subvient à nos besoins, nous le servirons, et sinon, nous ne le servirons point ». Pour cette raison, il est dit : « à cause de la querelle.... Et parce qu’ils ont tenté D.ieu, en disant : « Est-ce que D.ieu est avec nous ou non ? » (Exode XVII, 7)

La discussion entre ces deux Maîtres est évidente. Selon le premier, le peuple veut assister à des miracles se produisant aussi bien dans les cieux que sur terre, par une modification de l’œuvre de la Création, la transformation d’un rocher en source d’eau, de sorte qu’ils accepteront le joug divin. Le second est d’avis que les Hébreux veulent expérimenter les relations de D.ieu à leur égard, Sa bonté et Ses bienfaits. Ils veulent que cela leur convienne pour s’engager ensuite à Le servir. Le dénominateur commun à ces deux avis c’est que les enfants d’Israël subordonnent leur soumission à D.ieu sous condition. Ils sont disposés à Le servir, si D.ieu de son côté exécute la condition qu’ils Lui ont fixée.

Sur le concept de l’épreuve (NISSAYONE) imposée à D.ieu, NACHMANIDE exprime des arguments très forts en rapport avec le passage de Deutéronome VI, 16 disant : « Ne tentez point l’Eternel ». Voici donc son commentaire : L’explication « à propos des mots « comme vous l’avez fait à MASSA » (Deutéronome VI, 16) «  signifie que l’on ne doit pas dire « est-ce que l’Eternel est avec nous ou non », « pour « qu’Il soit amené à réaliser des miracles en notre faveur, ou que nous « réussissions si « nous lui sommes fidèles « car alors nous mangions du pain à « satiété, nous vivions « heureux et ne connaissions pas les revers (Jérémie XLVI, « 17).

« Dans cette hypothèse nous pouvons être fidèles à la Torah. Car, « l’intention de ces gens était la «  suivante : s’ils se rendent compte que D.ieu leur « fournit de l’eau par un miracle « qu’Il réalisera, ils le suivront dans le désert, et si « tel n’est pas le cas, ils refuseront. « Cela leur fut imputé comme une grande faute, « car après que D.ieu ait confirmé « par des signes et des prodiges, que MOÏSE était « le prophète de D.ieu et que la « parole de D.ieu s’exprimant par sa bouche était « authentique, il ne convenait pas que « quoique que ce soit constitue une mise à « l’épreuve. Quiconque agirait ainsi, ce n’est pas le prophète qu’il met à l’épreuve, « mais c’est directement D.ieu qu’il met en cause, pour savoir si D.ieu a du « pouvoir. « Aussi, est-il interdit aux générations de mettre la Torah et les prophètes à « l’épreuve. On ne doit pas servir D.ieu en étant sujet au doute ou en exigeant des « miracles ou en provoquant des tentations. D.ieu ne désire pas réaliser des miracles « pour n’importe qui et à n’importe quel moment. On ne doit pas Le servir en vue « d’une récompense, car même si l’on doit endurer des souffrances et subir des « malheurs en Lui étant fidèle, on doit tout accepter en considérant qu’il s’agit d’un « acte de justice sincère, et ne pas se dire comme le font les impies de notre peuple : « quel profit avons-nous à observer son culte et à cheminer tristement dans la « crainte de l’Eternel-Cebaot ? Et à présent, nous estimons heureux les impies : « vraiment ils sont solidement établis, ceux qui font le mal.... » (MALACHIE III, 14 - 15)

Ainsi, NACHMANIDE est d’avis que quiconque subordonne sa foi en son Créateur à des conditions par intérêt personnel est considéré comme « mettant D.ieu à l’épreuve ». Il s’agit là de la faute la plus grave qu’aient commises les Hébreux à MASSA. Ils ont d’ailleurs agi de la sorte à dix reprises, mais nulle part ailleurs que dans notre paracha il s’agissait d’un marchandage ayant pour but de savoir « est-ce que D.ieu est avec nous ou non ? » Selon un commentateur moderne, BENNO JACOB, leurs récriminations, telle que la révolte de KORAH, ne remettaient pas D.ieu en cause. Or, la question soulevée dans notre paracha, de savoir si D.ieu était avec son peuple ou non, visait en fait à nier tout ce que D.ieu avait fait auparavant en sa faveur, alors que les dix plaies qui s’étaient abattues en Egypte et dont les Hébreux avaient été les témoins sans les subir, avaient le but suivant : « afin que tu saches que je suis l’Eternel qui règne sur terre » ((Exode VIII, 18).

Agissant comme ils l’ont fait, les Hébreux annulaient tout le bénéfice de la sortie d’Egypte, de la marche miraculeuse et prodigieuse au sujet de laquelle MOÏSE sera amené à dire : « ils (les habitants du pays de Canaan) ont appris , Seigneur, que tu es au milieu de ce peuple, que celui qu’ils ont vu face à face, c’est toi-même, Seigneur ; » (Nombres XIV, 14). Sa présence au milieu du peuple n’est-ce pas la plus grande faveur qu’il puisse lui témoigner, et la nier, c’est la plus grande punition : « non, je ne monterai point au milieu de toi » (Exode XXIII, 3). Rappelons ici que cette menace fut lancée après la faute du veau d’or. En réponse à cette menace proférée par D.ieu à l’encontre du peuple rebelle, MOÏSE adresse la supplication suivante : « Seigneur, daigne marcher encore au milieu de nous » (Exode XXXIV, 9)

Toujours selon BENNO JACOB que nous citions plus haut, après la question posée par les Hébreux de savoir si D.ieu était avec son peuple ou non, on peut se demander pour quelle raison, lorsque leur fut accordée de l’eau à boire, furent-ils contraints de marcher loin, hors du campement, pour trouver un rocher à HOREB d’où coulerait cette eau tant attendue ? Sa réponse est la suivante : « Cela est dû au fait qu’ayant osé demander si D.ieu était avec eux ou non, ils ne méritaient que se produise un miracle en leur faveur, ce genre de miracles qui ont pourtant eu lieu dans les autres conflits qu’ils avaient eu avec leurs dirigeants, mais dans lesquels ils n’avaient jamais remis la présence divine en cause.

Hélas, tout le monde s’accorde à dire, qu’ayant osé douter de la présence divine alors qu’ils étaient assoiffés, le châtiment n’a pas manqué d’intervenir sous la forme d’AMALEK, dont il est précisément question à la fin de notre paracha. En effet, faisant suite à cet épisode, la Torah nous dit : « AMALEK survint et attaqua ISRAËL à Refidim » (Exode XVII, 8).

C’est RACHI qui, s’inspirant du Midrash, fait le rapprochement en disant : « On a placé ce passage immédiatement à la suite du verset précédent, pour dire : Toujours Je suis au milieu de vous, prêt à pourvoir à tous vos besoins, et vous dites : L’ETERNEL est-il au milieu de nous ou non ? Par vos vies (je le jure) ! Le chien viendra et vous mordra. Vous crierez alors vers Moi et vous saurez où Je suis. On peut comparer cela à l’histoire d’un homme qui prend son fils sur son épaule et se met ainsi en route. Le fils voit un objet et dit : Père, prends cet objet et donne-le moi. Et son père le lui donne. Et ainsi une seconde fois, et ainsi une troisième. Ils rencontrent alors un autre homme et ce fils lui dit : Aurais-tu vu mon père ? Son père lui dit : Ne sais-tu pas où je suis ? Il l’a fait alors tomber de son épaule, et le chien est venu et l’a mordu. »

Ces paroles du Midrash sont révélatrices quant à l’ingratitude dont nous faisons souvent preuve envers la Providence divine, à l’image des Hébreux. Ils ont pourtant été témoins de nombreux miracles mais ils ont rapidement oublié que c’était à D.ieu, et à Lui seul, qu’ils en étaient redevables. En aucun cas, ils n’auraient dû demander si D.ieu était au milieu d’eux ou non, même quand ils furent soumis à une épreuve liée à leur manque de foi, laquelle leur valut d’avoir à affronter Amalec pour se rendre enfin compte qu’ils en avaient été sauvés grâce à l’intervention miraculeuse, une fois de plus, de la Providence divine.

Telle est bien la leçon que nous inspire notre paracha, précisément en ce chabbat CHIRA, où nous rappelons ce qui s’est passé autrefois lors de la sortie d’Egypte. La leçon vaut encore pour nous, alors que nous venons de célébrer le soixantième anniversaire de la fin du camp d’Auschwitz, symbole de toute la barbarie nazie qui a failli mettre fin à l’existence du peuple juif. Malgré les lourdes et irréparables pertes subies, nous ne pouvons que remercier D.ieu de nous avoir permis de survivre en tant que communauté religieuse, avec l’heureuse et miraculeuse résurrection d’un Etat d’Israël indépendant, vers lequel convergent nos regards et nos cœurs. Si nous sommes parfois tentés de demander pour quelle raison les drames subis par notre peuple ont pu se produire, sachons que ce n’est pas D.ieu qu’il faut incriminer, mais l’Homme, n’écoutant pas les plaintes de son prochain, et n’ayant pas su tirer profit des enseignements toujours valables que nous trouvons dans nos textes sacrés.

HAPHTARA :

Le texte que nous lirons cette semaine est rattaché à la période des JUGES, celle qui se situe entre la période de MOÏSE et JOSUE son successeur, et celle des prophètes. Dans notre Haphtara, qui chante le triomphe des Israélites contre les Philistins, nous lisons le magnifique Cantique de DEBORA, prophétesse, cas presque unique dans la Bible, d’une femme qui a su galvaniser le peuple pour obtenir la victoire. Elle nous a laissé un Cantique que nous lisons en même temps que celui de MOÏSE transmis par la Torah et qui sera également chanté ce chabbat.

Rappelons ici que DEBORAH est intervenue à un moment de l’Histoire du peuple juif particulièrement difficile pour son existence sur la terre d’Israël. Elle a joué un rôle éminent et efficace. Elle a pu contribuer dans une très large mesure à unifier les tribus d’Israël encore divisées et faciliter le développement de la conscience nationale. Elle aura surtout à cœur de combattre l’anarchie et l’insoumission, en exaltant le courage et le dévouement de ceux qui ont combattu à ses côtés, comme nous le rapporte notre Haphtara.

Ainsi, sera-t-elle amenée à adresser de sévères reproches aux tribus défaillantes n’ayant pas répondu à l’appel général. Dans ses propos, elle laissera percer une ironie fine et subtile pour dissimuler par ce moyens l’amertume qu’elle avait ressentie devant certaines défections alors que le danger était grand. Pour chanter la victoire durement obtenue, elle entonna donc son célèbre Cantique dans le but de chanter les louanges de D.ieu, à l’exemple de MOÏSE ayant glorifié D.ieu après le succès obtenu contre les Egyptiens, lors de la traversée de la Mer Rouge. Ce chabbat est donc marqué par la lecture des deux Cantiques, et cela justifie qu’il porte le nom particulier de Chabbat CHIRA. Notre chant à la gloire de D.ieu est d’autant plus justifié, que cette période coïncide comme nous l’avons fait remarquer plus haut, avec la libération du sinistre Camp d’Auschwitz, vidé de la plupart de ses internés, qui avaient dû faire une marche forcée à partir du 18 janvier 1945. Ceux qui furent libérés lors de l’arrivée des troupes soviétiques, n’étaient en fin de compte qu’une petite poignée d’individus, hagards, décharnés, privés de toute dignité et de toute humanité.

Malgré tout, les deuils et les drames subis et auxquels pratiquement aucune famille juive n’a échappé, bien après, nous devons rendre grâce à l’Eternel de nous avoir préservés et épargnés, pour que survive un reste du peuple juif, capable par la suite de reprendre le flambeau de la Torah. La résurrection et la renaissance miraculeuse de l’Etat d’Israël, trois ans après la fin de la seconde guerre mondiale est pour chaque juif la preuve que le berger et gardien d’Israël ne nous a pas abandonnés. Restons lui fidèle, dans le souvenir de tous nos martyrs de la foi et des vaillants défenseurs du pays d’Israël.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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