Parasha Bo 5767

Chabbath 27 janvier 2007 - 8 Chevath 5767 - Début : 17 h 19 - Fin : 18 h 28
publié le mercredi 24 janvier 2007
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Lecture de la Torah : EXODE X, 1 - XIII, 16 : Sortie d’Egypte. Haphtarah : JEREMIE XLVI, 13 - 28 : Ruine de l’Egypte. Retour d’Israël de l’exil. Tunisois : ISAÏE XIX, 1 - 25 : Ruine de l’Egypte ; sa conversion et celle de l’Assyrie.

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Commentaires sur la Torah :

L’ordre d’enseigner la Torah aux enfants et de les guider dans cette voie est indiqué à quatre reprise dans la Torah. Chacun des textes concernant cette question est en relation directe ou proche avec la fête de PESSA’H. C’est dans notre paracha que nous trouvons trois de ces textes tandis que le quatrième sera indiqué dans la section VAET’HANAN du Livre de DEVARIM (Deutéronome).

« Alors, quand vos enfants vous demanderont : « Que signifie pour vous ce rite ? vous répondrez : « C’est le sacrifice de la pâque en l’honneur de l’Eternel, qui épargna les demeures des Israélites en Egypte, alors qu’il frappa les Egyptiens et voulut préserver vos familles. » (Exode XII, 26 - 27) « Tu donneras alors cette explication à ton fils : « c’est dans cette vue que l’Eternel a agi en ma faveur, quand je sortis de l’Egypte. » (Exode XII, 8) « Et lorsque ton fils, un jour, te questionnera en disant : « Qu’est-ce que cela ? » tu lui répondras : « D’une main toute-puissante, l’Eternel nous a fait sortir d’Egypte, d’une maison d’esclavage. » (Exode XIII, 14) « Quand ton fils t’interrogera un jour, disant : « Qu’est-ce que ces statuts, ces lois, ces règlements, que l’Eternel, notre D.ieu, vous a imposés ? Tu répondras à ton fils : « « Nous étions asservis à Pharaon, en Egypte, et l’Eternel nous en fit sortir d’une main puissante. » (Deutéronome VI, 20 - 21)

Nos Sages ont examiné cette quadruple répétition. Chaque enseignement et chaque récit n’étaient pas formulés de manière impersonnelle. Ils s’adressaient à quelqu’un de précis, à qui pouvait entendre. On peut ainsi comprendre la manière d’enseigner utilisée par D.ieu lorsqu’il vint donner la Torah. En effet, dans le Midrash TAN’HOUMA sur CHEMOTH, chapitre XXV, à propos du texte : « MOÏSE parlait et la voix divine lui répondait » (Exode XIX, 19), nous lisons ceci : « Viens, regarde de quelle manière la voix était perçue par chaque Hébreu ; chacun selon ses capacités de comprendre. Les vieillards selon leur perception, les jeunes, les enfants , les nourrissons et ceux tétaient le lait de leur mère, chacun entendait un son différent, de même que les femmes ou encore MOÏSE lui-même. Le voix divine était perçue par chacun selon ses capacités de réception et d’écoute, ainsi qu’il est dit : « La voix de l’Eternel (éclate) avec force » (Psaumes XXIX, 4) . On peut faire remarquer que parlant d’un membre d’un être humain, la tête, le pied, le bras, on a l’habitude de dire : « sa tête, son pied, son bras ». Par contre, dans le texte parlant de la voix divine, on ne dit pas « sa voix » mais on dit la voix, ce qui explique le sens que veut donner ce Midrash à cette phrase biblique relative à la promulgation des Dix commandements. Chacun devait donc percevoir cette voix selon sa capacité de réception intellectuelle.

C’est de la même manière que la Michna sur PESSA’HIM, chapitre X, michna 4, nous donne le commentaire suivant : « Le père enseigne à son fils ce que celui-ci est en mesure de comprendre, à savoir : la signification de l’agneau pascal, du pain azyme, des herbes amères et le récit de l’histoire de la sortie d’Egypte ».

Ce principe didactique de la Michna est à l’origine d’une BARAÏTA (texte non inclus dans ceux de la Michna) que nous trouvons dans l’élaboration des textes bien connus que nous lisons dans la HAGADA lors de la veillée pascale du SEDER. Selon le texte : « Quand ton fils t’interrogera » (Exode XIII, 14), on peut admettre qu’il existe quatre types de fils : l’un est sage, l’autre est méchant, le troisième est simple et le quatrième ne sait pas poser de questions. Mais avec ces indications, nous trouvons un ordre des versets différent de celui que nous avons lu plus haut. Que dit le Sage ? « Qu’est-ce que ces statuts, ces lois, ces règlements, que l’Eternel , notre D.ieu, vous a imposés ? (Deutéronome VI, 20). Et toi, à ton tour, dis-lui, selon les prescriptions relatives à la Pâque : « on ne termine pas la cérémonie de l’agneau pascal par un aphikômâne. Le père indique ainsi à son fils que cette soirée ne doit pas se terminer en beuverie. La Torah nous impose sobriété, simplicité, dignité même dans un repas de fête. Que dit le méchant ? « Que signifie pour vous ce rite ? — « Pour vous » et non pour lui ; et puisqu’il s’est exclu lui-même de la communauté, il a nié le principe même (KOFER BAÏKAR) de la Pâque.(Exode XII, 26), et toi aussi, agace-lui les dents (donne-lui une réponse agaçante) et dis-lui : « c’est pour cela que l’Eternel a agi en ma faveur, quand je sortis de l’Egypte. » (Exode XIII, 8). S’il avait été là, il n’aurait pas été délivré. Que dit le Simple (naïf) ? « Qu’est-ce que cela ? » Tu lui répondras : « D’une main toute-puissante l’Eternel nous a fait sortir de l’Egypte, de la maison d’esclavage. » (Exode XIII, 14) Que dit celui qui ne sait pas questionner ? — Prends toi-même l’initiative, comme il est dit : « Tu raconteras alors à ton fils : C’est dans cette vue que l’Eternel a agi, en ma faveur, quand je sortis de l’Egypte. » ((Exode XIII, 14)

Nous voyons ainsi que le texte de la BARAÏTA n’est pas identique à celui de l’ordre des versets selon la Torah. On s’intéresse davantage aux qualités intellectuelles des quatre fils. Selon le Rav Isaac Eliahou LANDAU de VILNA (1844), l’auteur du texte que nous lisons dans la Hagada veut nous montrer que l’intention de la Torah vise le peuple dans son ensemble comprenant ces quatre types de personnes. Le méchant et le simple constituent deux extrêmes opposés. Le SIMPLE — TAM est malgré tout capable de faire une analyse intelligente. Ce terme de SIMPLE - TAM en hébreu, est inspiré par le texte de JOB II, 9 disant : « Persévère-tu encore dans ta piété - BETOUMATE’HA ?, car selon la femme de JOB interrogeant son mari, pourquoi celui-ci, avec tous les malheurs qu’il subit, ne soulève-t-il aucune objection que la simple raison aurait pu soulever ?

A l’opposé, le MECHANT - RACHA, qui rejette tout, même ce qui appartient à l’intellect, ce qui correspond à ce que dit le texte suivant : « Quant au méchant, D.ieu lui dit : « Qu’as tu à proclamer mes statuts et à porter mon alliance sur tes lèvres ? Tu détestes pourtant la loi morale, et rejette avec dédain mes paroles. Vois-tu un voleur ? Tu fais cause commune avec lui. » (Psaumes L, 16 - 18). Les deux personnage dont nous venons de parler, le SIMPLE et le MECHANT semblent donc se distinguer dans la pratique des actes religieux, l’un ne sachant pas comment les réaliser, le second les rejetant catégoriquement. Pour ce qui est de la réflexion, de l’interrogation spéculative, nous trouvons également deux personnages opposés dans leur manière d’être : le SAGE - HAKHAM et le SOTCHEENO YODEA LICHEOL, qui ne sait pas demander. Le premier est curieux de tout, interroge, scrute avec son intelligence, le second ne recherche rien.

Toutefois, il faut bien le souligner, la plupart des commentaires s’accordent à dire que le TAM, le SIMPLE tout en n’ayant pas une intelligence développée, peut atteindre un degré de croyance et de foi très élevé.

Revenons en au cas du MECHANT. Nous rencontrons beaucoup d’exemples de son espèce. Sa manière d’interroger et la réponse qui lui est fournie ne peuvent que nous surprendre. La question d’abord : que signifie pour vous ce rite ? » Quel reproche peut-on formuler devant une telle question ? Dire vous, n’est apparemment pas répréhensible. Nous pouvons citer quelques exemples dans lesquels est utilisée ce terme, à savoir : « et lorsqu’un jour vos enfants demanderont : « que signifient pour vous ces pierres ? » (JOSUE IV, 6). « Ne nous révéleras-tu pas ce que tu entends par là ? » (EZECHIEL XXXVII, 18). Il semble que bien plus étonnante est la question posée par le SAGE, le ‘HAKHAM lui-même, quand il demande : « qu’est-ce que ces statuts, ces lois, ces règlements , que l’Eternel , notre D.ieu, vous a imposés ? (Deutéronome VI, 20). Sa question ne lui est pourtant pas reprochée, bien que s’adressant à la personne lui indiquant ce qui s’est passé en Egypte, il lui dit : « vous a imposés », comme si apparemment cela ne le concernait pas directement. En fait, contrairement au MECHANT qui s’exclut de lui-même du groupe, le SAGE pose sa question, sans être agressif. Il la pose de manière un peu détournée, mais surtout, et c’est là l’essentiel, il n’omet pas de mentionner le rôle de D.ieu dans la sortie et la délivrance d’Egypte, ce que ne veut pas reconnaître le MECHANT.

L’auteur du MA’HZOR VITRY (commentaire halakhique du 13° siècle) dans son commentaire sur la HAGADA de PESSA’H fournit l’explication suivante sur le cas du SAGE en disant que sa formulation s’adressait à son père qui avait directement vécu ces événements d’Egypte et qu’il était donc concerné en tout premier lieu.

En parlant des STATUTS, des LOIS et des REGLEMENTS, le SAGE reconnaît sa soumission à D.ieu par les trois moyens selon lesquels nous appliquons les préceptes de la Torah. Il y a les EDOUT - témoignages, telles que les règles permettant d’affirmer l’existence de D.ieu et Sa Providence : Exemples : le SABBAT - les TEFILINES (Phylactères), la MEZOUZA et la célébration de la fête de PESSA’H. Nous avons une seconde catégorie de préceptes appelés les MICHPATIM, les lois civiles et pénales que la raison nous commande de respecter : l’interdiction du vol ou du meurtre. Enfin, il y a toutes les autres lois de la Torah que nous réalisons par obligation religieuse : les aliments interdits, les dîmes, et bien d’autres encore. Tout cet ensemble de MITZWOTH, le MECHANT leur attribue le terme de AVODAH - travail, comme s’il s’agissait d’une charge qu’il se refuse d’assumer. Il ne voit dans ces lois qu’un aspect négatif, comme si tout cela représentait une corvée, un fardeau trop encombrant.

Il existe enfin une différence essentielle entre les deux personnages si opposés l’un à l’autre que sont le SAGE et le MECHANT. Le premier pose des questions comme le souligne le texte de Deutéronome VI, 20, tandis que le second lance des affirmations, il est sûr de sa dialectique, ce qui ressort du texte de Exode XII, 26 où il est écrit : « Lorsque vos fils vous diront ». Le SAGE ne cesse de questionner, il interroge et s’interroge. Même s’il utilisait des arguments forts, critiques, cela prouve tout de même qu’il veut avancer dans ses recherches intellectuelles pour les concrétiser par des actes. Le MECHANT reste borné, limité, il se refuse à progresser.

Cette étude nous permet de constater, à travers les rites liés à la sortie d’Egypte à travers la célébration de PESSA’H, combien le rôle du père est fondamental. Il doit susciter des questions, trouver les réponses nécessaires, stimuler toujours la recherche de ses enfants pour les guider dans la voie de la Torah comme dans les autres domaines de la vie. Là est le devoir premier et fondamental des parents que nous confirme d’ailleurs ce verset du CHEMA que nous lisons quotidiennement : .« Tu les inculqueras à tes enfants et tu t’en entretiendras, soit dans ta maison, soit en voyage, en te couchant et en te levant. » (Deutéronome VI, 7) Nous trouvons là le secret d’une bonne éducation juive et de la mystérieuse survivance du peuple juif depuis tant de millénaires.

HAPHTARA :

La Haphtara de cette semaine n’échappe pas à la règle souvent rappelée selon laquelle il s’y trouve toujours une formule, une idée, en rapport avec le texte de la Paracha. Dans le cas présent, les deux textes, celui de la Torah commentée plus haut et celui-ci sont en relation avec l’Egypte.

Nous remarquerons ainsi ce que nous dit le prophète JEREMIE sur sa vision des relations politiques du royaume de JUDAH par rapport à l’Egypte et à l’Empire Perse, opposés l’un à l’autre mais d’accord sur un point, assurer leur domination sur la petite terre du royaume de JUDAH à peine plus grand que l’Etat d’Israël actuel.

Pour nous en tenir à notre texte, nous y trouvons le verset suivant : « Communication adressée par l’Eternel au prophète JEREMIE, lorsque NABUCHODONOSOR, roi de Babylone, s’avançait pour abattre le payes d’Egypte : « Annoncez-le en Egypte, publiez-le à Migdol, publie-le à Nof et à Tahpanhè, dites : Debout ! Tiens-toi prêt ! car le glaive dévore autour de toi. » (Jérémie XLVI, 13 - 14).

On peut interpréter ce passage de deux manières, à savoir : soit d’une part, NABUCHODONOSOR (roi babylonien ayant détruit le premier Temple de Jérusalem en 586 av. J.C.) n’a pas encore procédé au rassemblement de troupes destinées à s’attaquer à l’Egypte, ce qui donnerait alors un double sens prophétique à ce texte. En effet, JEREMIE annoncerait ainsi les conséquences d’une attaque mais dévoilerait en même temps le projet babylonien encore tenu secret (RADAK). Soit, d’autre part, le prophète ne vise qu’à indiquer les conséquences d’une attaque contre l’Egypte. Ce fait, comme le souligne RACHI, est d’ailleurs rapporté par le Prophète EZECHIEL au chapitre XXIX de son Livre, comme ayant effectivement eu lieu le 27ème année du règne de NABUCHODONOSOR, bien après la prophétie dévoilée par JEREMIE. La lecture de ce passage nous paraît énigmatique. Elle ne peut en fait qu’intéresser les scientifiques et les historiens. Mais nous y trouvons tout de même un enseignement de portée plus actuelle. Nous pouvons en effet en déduire que les prophètes d’autrefois avaient entre pour mission entre autres, d’exercer un rôle politique destiné généralement à bien orienter les choix du pouvoir royal. Comme le fit MOÏSE face au PHARAON bien longtemps avant, ces prophètes tels que JEREMIE face au roi de Babylone, devaient démontrer que les grands de ce monde, malgré leur confiance en leur invincibilité, peuvent connaître des succès politiques ou militaires parfois aléatoires, car en définitive nous restons convaincus que tout dépend en fait de D.ieu seul.

C’est probablement ce que veut suggérer JEREMIE par ce verset bien connu puisque nous le lisons chaque fois que nous récitons les actions de grâce, le BIRKAT HAMAZONE, en disant : « Béni soit l’homme qui se confie en l’Eternel, et dont l’Eternel est l’espoir. » (Jérémie XVII, 7). De nos jours, nous n’avons plus de prophètes susceptibles de nous éclairer. Par contre, nous avons des Sages. A travers leurs connaissances approfondies de nos textes sacrés, ils sont en mesure de nous apporter des réponses solides à nos questions ou même à lever nos doutes.

Quels que soient les problèmes existentiels ou politiques que nous rencontrons, par l’enseignement sans cesse renouvelé de nos textes, nous y trouvons réconfort et assurances. C’est notre foi inébranlable dans Celui qui nous a toujours protégés, qui nous renforce. C’est l’une des raisons pour lesquelles il est toujours utile de relire les textes que nous ont légués les prophètes d’Israël.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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