Tallinn remet en cause le verdict du tribunal de Nuremberg

publié le vendredi 19 janvier 2007
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Igor Maximytchev, de l’Institut de l’Europe de l’Académie des sciences russe

(Agence RIA Novosti)


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Le sens profond de la loi sur "la protection des sépultures militaires" adoptée récemment par le Parlement estonien se ramène à ceci : Tallin remet en cause le verdict du Tribunal de Nuremberg. La condamnation du Tribunal des peuples, proclamée à Nuremberg il y a 60 ans, contenait non seulement la condamnation des chefs du nazisme et du Reich nazi, mais aussi du national-socialisme en tant que tel, avec ses théories, ses écrits, ses symboles, ses organisations, ses formations militaires et paramilitaires. Mais le Parlement de Tallin a pris une décision qui met sur le même plan les criminels nazis et les héros qui ont donné leur vie pour la libération du monde de la peste brune. Aujourd’hui, les monuments aux morts élevés aux soldats de l’Armée Rouge et les tombes dans lesquelles reposent leurs sépultures peuvent être "légalement" démolis, déplacés, transportés, regroupés, détruits, à la convenance du plus petit des fonctionnaires, alors que les mémoriaux et les monuments aux soldats de la Waffen SS reçoivent désormais le même statut que les tombes des vainqueurs.

Parmi les 280 000 hommes qui ont donné leur vie dans cette bataille, figurent également des soldats du Corps estonien de l’Armée Rouge : eux aussi sont oubliés et condamnés par les actuels dirigeants du pays en tant qu’occupants. Tallin voit dans les SS des alliés véritables dans la guerre contre "l’ennemi principal" - la Russie (l’URSS). En Estonie, on loue désormais non pas la coalition anti-hitlérienne, mais ses ennemis mortels, qui ont déclenché la Seconde Guerre mondiale et inondé de sang l’Europe. Des processus analogues se déroulent en Lettonie.

La thèse sur la prétendue "occupation’" de la part de l’URSS sert de fondement "théorique" à la politique inamicale de la Lettonie et de l’Estonie concernant la Russie et les Russes.

Après l’attaque lancée par Hitler contre la Pologne, la perspective d’une adhésion de la Lettonie et de l’Estonie au bloc fasciste était devenue une perspective réelle. L’introduction des troupes soviétiques avait pour objectif d’empêcher leur occupation par les Allemands, qui préparaient depuis longtemps la germanisation de la population de l’Estonie et de la Lettonie. Selon des ébauches de plans, dès la deuxième ou troisième génération, les Estoniens et les Lettons résidant dans l’"Ostland" (nom donné aux pays Baltes après leur occupation par les Allemands), devaient devenir de véritables Allemands. Ils auraient alors pu être inclus directement au sein du Reich. En votant, en 1940, lors des élections générales, les citoyens de la Lettonie et de l’Estonie ont résolu la question de l’existence de leur nation : ils ont préféré entrer dans l’URSS parce que, si la différence entre leur dictature et la dictature soviétique était peu importante, au sein de l’Union Soviétique, ils conservaient leur langue et leur culture, autrement dit ce que les nazis s’apprêtaient à éliminer en premier après avoir conquis les pays Baltes.

L’occupation nazie des pays Baltes et son cortège d’horreurs - camps de concentration, fusillades de masse, épuration ethnique, travail d’esclave - a été oubliée. Notons que les Ukrainiens et les Russes, que les Allemands envoyaient aux travaux forcés dans le Reich, étaient pour une part dirigés vers les pays Baltes, pour travailler pour des patrons qui soutenaient l’Allemagne, la Wehrmacht et les SS. La complaisance vis-à-vis des soutiens des SS en Estonie et en Lettonie a déjà conduit à ce qu’un groupe de partis d’extrême droite voie le jour au Parlement européen.

L’opinion publique russe est contrainte de réagir. Cela peut se faire sous la forme du refus d’avoir des contacts avec ceux qui font renaître le nazisme, de la réduction des échanges commerciaux, d’une pression sur les autorités officielles russes afin d’obtenir le boycott politique des gouvernements qui montrent en permanence qu’ils refusent de se conduire comme il se doit dans une société normale. Il est impossible de regarder tranquillement les autorités baltes bafouer les victimes du nazisme et louer les criminels de guerre nazis, qui ont sur la conscience quelque 30 millions de vies pour la seule Union Soviétique.







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