Parasha Vaera 5767

Chabbath 20 janvier 2007 - 1er Chevat 5767 - Début : 17 h 08 - Fin : 18 h 17
publié le mardi 16 janvier 2007
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Lectures de la Torah : 1er Rouleau : Exode VI, 2 - IX, fin : Les premières des dix plaies. 2ème rouleau : Nombres XXVIII, 9 - 15 : La Néoménie. Haphtara : ISAÏE LXVI : Chabbat et Roch ‘Hodech.

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Commentaires sur la Torah :

Notre paracha commence par nous rappeler que MOÏSE, après avoir tenté une première fois de plaider en faveur de ses frères soumis à un dur esclavage en Egypte, et malheureux de voir le sort qu’ils subissaient en Egypte, s’était plaint auprès de D.ieu en disant : « Pourquoi as-tu rendu ce peuple misérable ? Dans quel but m’avais-tu envoyé ? » (Exode V, 22) La réponse à cette grave mise en cause de D.ieu par MOÏSE lui-même, alors que celui-ci venait tout juste de commencer la mission dont il avait été investi, nous est fournie par le début de notre paracha où nous lisons ceci : « J’ai apparu à ABRAHAM, ISAAC, à JACOB, comme Divinité souveraine (KEL CHADDAÏ) ; ce n’est pas en ma qualité d’Etre immuable (HACHEM) que je me suis manifesté à eux. » (Exode VI, 3). Ce texte, constituant la réponse divine, est selon RACHI une sorte d’admonestation. A l’appui de cette affirmation, il cite le Midrash de cette semaine rapportant lui-même une phrase du Talmud SANHEDRIN 111 a, où il est dit : « Dommage pour ceux qui nous ont quitté et qui ne sont pas oubliés ». Ce texte du Midrash poursuit en rappelant qu’aucun des trois patriarches cités n’ont jamais mis en cause D.ieu pour la manière dont il dirige l’univers. Ils ont fait confiance à la parole et aux promesses qui leur ont été adressées.

Aussi, peut-on s’étonner que MOÏSE ait apparemment émis des doutes. Il s’agissait pourtant, comme nous l’avions déjà vu la semaine de celui des plus grands prophètes de tous les temps choisi par D.ieu en raison de ses qualités humaines, et avant tout de son extrême humilité et modestie. Qu’est-ce qui pouvait donc motiver l’interrogation accusatrice lancée par MOÏSE ? En citant les Patriarches, D.ieu voulait démontrer à MOÏSE qu’eux avaient cru en ses promesses alors que lui avait osé émettre des doutes. Malgré cela, D.ieu le rassure en précisant :« J’ai entendu les gémissements des enfants d’ISRAËL, asservis par les EGYPTIENS, et je me suis souvenu de mon alliance. » (Exode VI, 5). ait, l’irritation de D.ieu contre son prophète était motivée par le fait que celui-ci avait dit : « bien loin que tu aies sauvé ton peuple » (Exode V, 23).

MOÏSE a utilisé les terme « sauver - HATSEL ». Selon nos Sages, il ne s’agit pas d’une « délivrance totale - GUEOULAH », mais simplement la demande d’une annulation de décret. On prête alors à D.ieu le dialogue suivant qu’Il aurait pu engager avec MOÏSE : « Admettons, que l’on revienne sur l’obligation pour les Hébreux de ramasser chaque jour la quantité nécessaire pour fabriquer les briques nécessaires aux travaux forcés qui leur étaient imposés (Exode V, 11), est-ce que pour autant, ils pourraient se satisfaire d’une telle mesure et poursuivre leur séjour d’esclavage en exil ? C’est pour s’opposer à une telle éventualité que D.ieu parla durement à MOÏSE. En effet, il est interdit à un responsable communautaire de se satisfaire d’un sauvetage partiel. C’était là entre autres, la leçon que D.ieu voulait transmettre à MOÏSE.

Poursuivant cette réflexion, pour expliquer le langage de sévérité employé par D.ieu envers son envoyé, un des maîtres du Hassidisme, Rabbi MEIR de PZSEMICHEL transforme cette idée de manière favorable à l’égard de MOÏSE. En effet, celui-ci, mû par un tel amour pour son peuple, ne pouvait supporter les dures conditions qui lui étaient imposées. Ce faisant, notre texte biblique vient davantage souligner les qualités humaines de ce grand guide du peuple juif qu’était MOÏSE. D.ieu semble plutôt lui reconnaître de grandes qualités de défenseur de ses frères. C’est donc par la peine qu’il éprouve pour leur sort injuste et difficile, que selon le NOAM ELIMELEKH, MOÏSE ose braver D.ieu pour lui demander des comptes. Certes, cela peut paraître outrecuidant de sa part, mais le sort du peuple juif est en jeu. En conséquence, la mesure de rigueur dont fait l’objet le peuple d’ISRAËL sera ensuite transformée en mesure de faveur aboutissant à sa libération. Toujours dans la même ligne de pensée, le ‘HATAM SOFER (18° s.), considère que MOÏSE savait parfaitement qu’il était interdit de parler sévèrement à D.ieu, mais il a mis avec abnégation toute son existence au service du peuple, avec l’unique objet de le sauver. Devant pareille attitude, D.ieu ne pouvait alors manquer d’exercer sa miséricorde.

Ce même auteur nous explique ensuite dans son commentaire sur la Torah « TORATH MOCHE », la raison pour laquelle D.ieu fut contraint d’accomplir de plus grands miracles qu’à l’époque des Patriarches. En effet, à l’époque de MOÏSE, les Hébreux, ses contemporains, étaient enfoncés dans les quarante-neuf degrés d’impureté dominant alors la société égyptienne. Pour les en sortir et les amener vers les quarante-neuf degrés de pureté régnant au Mont Sinaï, des miracles ordinaires n’auraient pas suffi comme au temps des Patriarches. Il en fallait de plus grands, sortant de l’ordre naturel. C’est ce que vient souligner le verset biblique : « et vous reconnaîtrez que moi, l’Eternel, je suis votre D.ieu, moi qui vous aurai soustraits aux tribulations de l’Egypte. » (Exode VI, 7). En donnant ici une explication, D.ieu fait comprendre que son changement d’attitude à l’égard d’ISRAËL est dû au fait que les conditions physiques et morales subies en terre d’Egypte étaient si draconiennes, qu’il fallait nécessairement des manifestations supra-naturelles de la présence divine pour amener les Egyptiens à relâcher leurs esclaves.

Nous en revenons à présent à la question de savoir si MOÏSE avait en D.ieu une foi moins grande que celle qu’éprouvaient de leur temps, les trois Patriarches. Par ailleurs, ceux-ci étaient-ils moins grands que MOÏSE lorsque D.ieu se révéla à lui avec le Tétragramme (HACHEM) et non sous le terme de KEL CHADDAÏ, représentant la Divinité souveraine ? Selon JUDAH HALEVY, l’auteur du KOUZARI, les Hébreux étaient trop nombreux. Leur incrédulité était trop forte. C’est la raison pour laquelle D.ieu devait se manifester au travers de multiples miracles et prodiges. MOÏSE mû par des sentiments compassionnels envers les souffrances de ses frères, ne pouvait donc faire autrement que d’interroger D.ieu dans les termes que nous connaissons. Ils prouvent combien un dirigeant spirituel ou laïque, comprenant la haute portée de leur mission au service des autres, doivent s’investir totalement, comme le fit MOÏSE. C’est là une grande leçon que nos Maîtres ont tenu à nous donner, et qui vaut encore de nos jours, dans bien des domaines. Ce grand prophète s’inscrivait bien dans la ligne des Patriarches. Il n’en avait que plus de mérite à faire partager sa Foi en D.ieu alors que pour les Patriarches cela ne posait aucune difficulté particulière. Il devait convaincre ses frères. Il est parfois plus difficile de s’adresser aux siens qu’aux étrangers, voire à des païens, comme ce fut le cas à l’époque des patriarches et qu’ABRAHAM eut le mérite de rapprocher de l’idée du monothéisme.

HAPHTARA :

Ce chabbat est spécial. En effet, la lecture de la Haphtara concerne le chabbat coïncidant avec la néoménie, ROCH HODECH, ce qui se produit généralement deux fois par an. Dans ce cas, le texte que nous lirons cette semaine n’est pas en rapport avec le contenu de la paracha. C’est donc par allusion à ces deux circonstances religieuses indiquées dans le texte du prophète ISAÏE au chapitre 33 de son livre que nous lions cette Haphtara.

Certes, à travers les passages de la Torah relatifs aux dix plaies nous savions déjà combien était présente et agissante la Providence divine en faveur des Hébreux. De même, notre Haphtara vient-elle nous rappeler que D.ieu est toujours et partout présent dans l’Univers. Il en est le Créateur ainsi que l’exprime le prophète ISAÏE au verset 1 du chapitre LXVI de son livre. Il nous dit ceci : « Le ciel est mon trône et la terre mon marchepied. » Nous sommes ainsi invités à reconnaître la Toute-Puissance divine dans l’histoire des hommes. Ceci, le Pharaon et bien d’autres après lui l’avaient refusé. En reconnaissant D.ieu comme l’Etre suprême, nous admettons du même coup son influence sur le cours de l’Histoire, bien que nous n’en n’ayons pas toujours une perception directe et intelligible.

A partir de ce principe, chacun est libre de reconnaître ou non cette Toute-Puissance divine à laquelle le prophète veut nous rendre attentifs. Il nous faut alors être convaincus qu’en acceptant de nous soumettre à la parole divine, nous pouvons surmonter et vaincre bien des difficultés. Car, nous sommes les associés de D.ieu dans la bonne marche du monde. C’est donc contre les turpitudes des hommes que s’élève ISAÏE, précisant qu’elles contribuent à leur perte.

Rappelons enfin qu’à chaque début de mois religieux, et plus particulièrement deux fois par an quand nous relisons ce texte d’ISAÏE, nous sommes invités à dresser le bilan du mois écoulé, de sorte que le mois nouveau que nous entamons ce chabbat soit pour nous l’occasion de réparer et d’améliorer ce qui peut contribuer à favoriser notre condition humaine et le bonheur de l’humanité.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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