« 2 millions de héros ordinaires... »

BILLET DU 14 JANVIER 2007
publié le dimanche 14 janvier 2007
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Bonjour,

« Nous sommes deux millions de héros ordinaires ». C’est ainsi que nous avons découvert par voie d’affiches publicitaires ce slogan sans d’autre mention qu’un personnage qui pourrait être n’importe lequel d’entre nous. Du 2 au 7 janvier, une phrase dite de « teasing », c’est-à-dire qui doit éveiller la curiosité et l’interrogation a rempli 30 000 affiches dans la France entière à l’appui de 40 portraits. On s’est tous demandés s’il s’agissait d’une campagne pour mettre en valeur le potentiel des chômeurs en France ou, en pleine campagne électorale, un message adressé par l’une des formations politiques.

Et puis est venu le moment, à partir du 8 janvier, où ce slogan a été accompagné de cette révélation : Deux millions de français vivent ou ont vécu avec un cancer. Le mot est lâché, celui de cancer qui évoque la maladie dans ce qu’elle a de plus inéluctable avec son lot de souffrances qui conduisent à la mort. Et pourtant, si l’Institut National du Cancer communique à présent c’est pour dire que cette maladie que pudiquement l’on appelle une « longue maladie » n’est pas à ce point inéluctable. Il existe en matière de cancer plusieurs actions qui vont de la prévention, l’on pense au cancer du poumon ou à celui du sein, en passant par le dépistage, puis la prise en charge et, dans de nombreux cas, un traitement curatif. Car pour un français sur trois « le cancer, moins on en entend parler, mieux on se porte ». Cette théorie de l’évitement n’est pas bonne. La politique de l’autruche, en la matière, peut s’avérer mortelle. Plus la maladie est dépistée tôt, plus elle a de chances d’être soignée en évitant les traitements invasifs les plus lourds telle la chimiothérapie.

Oui les deux millions de français qui luttent contre cette maladie sont des héros ordinaires. Les américains préfèrent parler de « survivors », des survivants qui, s’ils n’arrivent à vaincre la maladie, parviennent à vivre tout simplement avec elle. Pour le judaïsme, la maladie est toujours injuste, elle n’est jamais la sanction d’une faute quelconque. La souffrance elle aussi est injuste et se doit d’être combattue par tous les moyens qui sont offerts par la médecine. Reste la réalité de ce sentiment absurde de honte des personnes atteintes d’un cancer qui préfèrent ne pas en parler. Faut-il rappeler qu’aucun cancer n’est contagieux même s’il existe un terrain héréditaire ? Faut-il rappeler que l’une des meilleures thérapies est l’accompagnement et l’attention prodigués par les proches qui aident la personne malade à lutter ? Faut-il enfin rappeler qu’en la matière aucun cancer ne mène irrémédiablement vers la mort tant que l’on trouve l’énergie et la force de le combattre ?

Cette campagne d’information doit nous aider à réfléchir et, loin de nourrir nos angoisses, nous faire prendre conscience de la réalité : La lutte contre le cancer est l’affaire de tous.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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