Quoi de neuf dans la strategie de George Bush ?

publié le vendredi 12 janvier 2007
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Le président George Bush a fini par présenter sa nouvelle stratégie en Irak, dans laquelle on peut voir aussi l’annonce partielle d’une nouvelle stratégie américaine dans l’ensemble du Proche-Orient. Mais son discours n’a rien révélé de fondamentalement nouveau, concernant l’Irak tout au moins. Seule la tactique change, la stratégie demeure.

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On peut acquiescer totalement à deux points du discours : premièrement, il n’y a pas de formule magique de règlement en Irak et, deuxièmement, le retrait immédiat des troupes américaines ne ferait qu’aggraver la situation, conduirait à renforcer les positions des forces extrémistes dans tout le Grand Proche-Orient.

Tout le reste du discours de George Bush soulève des questions. Les changements tactiques concernent essentiellement l’envoi de renforts à Bagdad. L’efficacité d’une telle mesure ne fait pas l’unanimité parmi les experts militaires, d’autant que toutes les mesures similaires prises précédemment n’ont pas conduit à une amélioration fondamentale de la sécurité en Irak. Mais le président Bush explique que si, auparavant, les troupes américaines et irakiennes quittaient un lieu tout de suite après l’avoir nettoyé des terroristes, permettant ainsi le retour des combattants, les forces de sécurité resteront maintenant sur place. C’est pour assurer le contrôle intégral de Bagdad qu’il faut accroître la présence militaire américaine.

Quel seront prix et l’efficacité d’un tel contrôle ? C’est une grande question. En outre si, auparavant, les troupes américaines et irakiennes essayaient de ne pas intervenir dans des zones où se déroulaient des affrontements intercommunautaires, elles auront maintenant le feu vert du gouvernement irakien. D’un côté, la décision est juste. S’interposer entre les belligérants fait partie des obligations normales des forces de sécurité. Mais, de l’autre, cela signifie que les Etats-Unis s’impliquent dans la guerre civile en Irak, ce qu’ils essayaient d’éviter auparavant. C’est aussi la crainte exprimée par les sénateurs démocrates. En outre, la neutralité des Irakiens eux-mêmes servant sous l’uniforme de l’armée ou de la police laisse dubitative la population irakienne. Et quand ils sont accompagnés des Américains... Cela ne conduira-t-il pas à davantage de confrontation entre les communautés de l’Irak ?

Mais George Bush prend la précaution de se mettre à couvert. Même si la nouvelle stratégie fonctionne comme prévu, dit-il, les actes de violence se poursuivront et il faut donc s’attendre à de nouvelles victimes, tant irakiennes qu’américaines : il n’y a pas de formule magique. C’est vrai, c’est indiscutable.

Par contre, quand le président américain affirme que l’insuffisance de la présence militaire et les limites imposées à leur action dans certains quartiers de Bagdad constituent la principale cause de l’impossibilité, jusqu’à présent, de ramener l’ordre dans la république irakienne, c’est plus discutable. Ne s’agit-il vraiment que de cela ? Le fait que George Bush passe sous silence les erreurs politiques et économiques, que l’administration américaine a commises en Irak et qui ont largement contribué au chaos régnant à Bagdad, suscite des craintes. Car tout le reste relève des conséquences et non des causes.

Rendons au président américain ce qui lui est dû : il aborde dans son discours, non seulement le changement de tactique militaire en Irak, mais aussi l’accroissement de l’aide économique aux Irakiens, les mesures concrètes de vérification de l’emploi des fonds. Le Département d’Etat nommera un coordinateur spécial. Encore qu’une autre question se pose : ce s’agit-il pas de légaliser sans le dire le contrôle des Etats-Unis sur l’économie irakienne ? Mais cela non plus n’a rien d’inattendu ni de nouveau.

Le seul élément nouveau c’est, peut-être, que George Bush a fixé au mois de novembre 2007 la date à laquelle les Irakiens seront, suppose-t-il, en mesure de prendre en charge la sécurité dans le pays. Cela ne signifie pas que les Etats-Unis pourront estimer alors avoir gagné en Irak. On pourra parler de victoire en Irak uniquement lorsque la démocratie aura gagné l’ensemble du monde arabe, a déclaré le président américain.

C’est d’ailleurs la première fois, sans doute, que le président Bush donne une définition claire de la démocratie dans cette région. "L’Irak démocratique ne sera pas parfait. Mais ce sera un pays qui combattra les terroristes au lieu de les protéger, qui contribuera à l’établissement d’un avenir de paix et de sécurité pour nos enfants et petits-enfants." Ces phrases devraient concerner tous les pays du Grand Proche-Orient. C’est bien ici, et non dans l’augmentation des effectifs en Irak, qu’il convient de rechercher le message essentiel du discours de George Bush.

Il consiste à dire que les Etats-Unis maintiennent leur stratégie au Proche-Orient. Ils ne trahissent pas leurs vieux alliés - la Turquie, la Jordanie, l’Egypte et les monarchies du golfe Persique - et ne changent rien à leurs relations avec la Syrie et l’Iran.

En dépit des recommandations du Groupe d’études sur l’Irak (coprésidé par l’ancien secrétaire d’Etat James Baker et l’ancien sénateur Lee Hamilton) qui insistait, entre autres, sur la nécessité d’intégrer Damas et Téhéran au dialogue sur la situation en Irak, George Bush a une nouvelle fois accusé les Syriens et les Iraniens de soutenir les terroristes. Selon lui, il faut commencer par résoudre le problème de l’Iran et de la Syrie si l’on veut pouvoir défendre l’intégrité territoriale de l’Irak et stabiliser la situation régionale face au défi extrémiste. Autrement dit, George Bush exclut, en fait, la possibilité de dialoguer avec ces pays et ses propos s’apparenteraient presque à une déclaration de guerre.

Cela ne signifie pas des frappes directes contre ces pays. Mais il est clair que les Etats-Unis se préparent à l’éventualité d’une guerre et sont prêts à défendre leurs intérêts dans la région, à parler le langage de la force et non celui des compromis. Dans le cadre des mesures destinées à renforcer la sécurité de l’Irak et à protéger les intérêts américains au Proche-Orient, George Bush prévoit de déployer un porte-avion supplémentaire dans le golfe Persique ainsi que des missiles Patriot. Cela devrait rassurer "nos amis et alliés", dit-il.

Qui sont ces alliés ? Les pays arabes du golfe Persique et Israël, cela ne fait aucun doute pour personne. Nul n’ignore, de même, que c’est l’Iran qui sera visé par les Patriot.

Une question demeure toutefois : ces propositions tranquilliseront-elles vraiment les alliés des Américains ? Les pays arabes, l’Arabie saoudite surtout, vont être contents de voir que les Etats-Unis ne retirent pas leurs troupes. Ils seront soulagés de voir que Washington ne mise pas sur Téhéran pour le règlement en Irak. Mais l’accentuation des tensions dans l’ensemble de la région ainsi que le nouvel appel de George Bush à contribuer davantage au règlement intra-irakien ne les raviront sans doute pas. Ils n’ont pas besoin des discours du président américain pour comprendre qu’une défaite de Washington en Irak serait catastrophique pour la région. Mais ils ne sont pas prêts à assumer des problèmes dont les Etats-Unis sont à l’origine. Ce qu’ils considèrent possible de faire, ils le feront. Mais sans doute pas plus. Toutefois, les pays arabes pourront sans doute offrir quelque aide à Bush, mais à certaines conditions. Les enchères ne font que commencer.



Marianna Belenkaïa
Observatrice politique de l’agence RIA Novosti




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