« Les mots pour le dire... »

BILLET DU 7 JANVIER 2007
publié le dimanche 7 janvier 2007
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Bonjour,

La campagne électorale en vue des prochaines élections présidentielles commence à s’animer. Quels en sont les signes ? Les fameuses « petites phrases », ces mots qui résonnent comme des slogans préparés par les conseillers en communication des candidats. On parle ici de « rupture », là « d’ordre juste ». L’exercice est subtil car il consiste en un ou deux mots à résumer le programme politique et idéologique d’un candidat. Il faut donc que la formule soit percutante s’appuyant sur les mêmes leviers que ceux des publicitaires. On se souvient encore du mot de Giscard face à Mitterrand lui envoyant cette formule : « Vous n’avez pas le monopole du cœur ». Chaque campagne à ses formules, pour Chirac c’était la « fracture sociale », pour Mitterrand, « la force tranquille », pour Le Pen la formule est indémodable : « la France aux français ».

Pourtant, aussi habile soit la formule, elle n’installe pas obligatoirement son auteur à l’Elysée, il en faut plus. Mais force est de constater que la différence se joue sur les plateaux de télé et aujourd’hui sur la visibilité sur internet. L’image avant tout qui pousse un Bayrou à sortir de ses gonds lorsqu’il considère que le temps de parole n’est pas égal entre chacun et que les amitiés entre journalistes et politiques sont de nature à fausser la donne. Triste réalité que celle qui consiste à observer que le vainqueur sera celui ou celle qui crèvera l’écran et qui prononcera la petite phrase qui terrassera son adversaire et marquera les esprits. Pour cela tous les coups ou presque sont permis. Il faut cependant avec calme et un certain tact décrocher cette phrase. On a pu mesurer lors des primaires, à gauche comme à droite, le poids des mots et la force de l’image. Chacun sait que tout cela ira crescendo et que le duel final entre les deux tours sera l’événement médiatique de l’année 2007. Qu’on le veuille ou non, chacun attendra le dérapage, le mot de trop.

L’usage que nous faisons de la parole détermine notre nature.

Le judaïsme a toujours été conscient de la valeur de la parole en allant jusqu’à affirmer dans les Proverbes que « la vie et la mort sont au pouvoir de la langue ». Le « lashon hara », la médisance est une notion qui englobe à la fois le mensonge, la calomnie ou la flatterie. L’usage que nous faisons de la parole détermine notre nature. Au fond ce n’est pas tant sur les mots qu’il nous faudra apprécier les candidats mais plutôt sur la façon de les prononcer. Affirmer ses idées ne signifie pas humilier ou dénigrer son adversaire. Si une cause est juste et bonne, les mots pour l’exprimer n’ont pas besoin de petites phrases assassines. Lorsque l’on demande quotidiennement dans la prière à Dieu de préserver notre langue de la médisance, c’est que nous savons combien la médisance est l’expression de notre fragilité et de notre impuissance. Au fond le meilleur candidat sera celui ou celle qui fera de la parole un outil pour exprimer sa pensée et pour convaincre.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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