Parasha Vaye’hi 5767

Chabbath 6 janvier 2007 - 16 Teveth 5767 - Début : 16 h 50 - Fin : 18 h 00
publié le mercredi 3 janvier 2007
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Lecture de la Torah : GENESE XLVII, 28 - fin du livre : La mort de JACOB et celle de JOSEPH. Haphtara : I ROIS II, 1 - 12 : Mort de DAVID.

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Commentaires sur la Torah :

L’histoire de JOSEPH a commencé à nous être relatée au début de la paracha VAYECHEV. Cette semaine nous terminons le premier livre de la Torah, celui de BERECHITH par la lecture de VAYE’HI. Avec ce texte se terminera donc l’histoire des douze fils du patriarche JACOB. A partir de là, nous entrerons dans l’histoire du peuple d’ISRAËL. Parmi les fils de ce dernier des patriarches, deux figures émergeront particulièrement, celle de JUDAH et celle de JOSEPH. Tous deux se sont affrontés avant la grande réconciliation, comme nous l’avions vu la semaine dernière.

Il semble que désormais règne un esprit de pardon et d’amour entre les frères. En se faisant reconnaître à ses frères stupéfaits de le retrouver, JOSEPH n’a aucune parole de haine envers eux. Tout ce qu’il a souffert à cause d’eux semble totalement effacé et oublié. Il ne se soucie que de leur bien-être au moment où tous vont quitter le pays de CANAAN pour s’installer durant quelques années en EGYPTE, en raison de la famine qui régnait alors dans cette région.

Mais à la mort du père, les frères craignent des représailles de la part de JOSEPH. C’était mal le connaître. Voici donc ce que nous en rapporte le texte biblique : « Or, les frères de JOSEPH considérant que leur père était mort, se dirent : « Si JOSEPH nous prenait en haine ! s’il allait nous rendre tout le mal que nous lui avons fait souffrir ! » Ils mandèrent à JOSEPH ce qui suit : « Ton père a commandé avant sa mort, en ces termes : « Parlez ainsi à JOSEPH : Oh ! pardonne de grâce, l’offense de tes frères et leur faute, et le mal qu’ils t’ont fait ! » Maintenant donc, pardonne leur tort aux serviteurs du D.ieu de ton père ! » JOSEPH pleura lorsqu’on lui parla ainsi » (Genèse L, 15 - 17)

Ce genre de testament paraît étrange. Au début de notre paracha, JACOB avait surtout recommandé à son fils JOSEPH, sachant qu’il aurait le pouvoir d’exécuter ses dernières volontés, de ne pas l’inhumer en terre d’Egypte pour que ne lui soit pas rendu un culte post-mortem dans cette impure qu’était ce pays Il tenait à ce qu’on le ramène vers la terre de CANAAN pour y dormir de son dernier sommeil. JOSEPH n’avait donc reçu aucune instruction paternelle particulière concernant ses frères. Comment expliquer alors ses pleurs ? L’explication nous en est fournie par le commentaire du CHADAL - le Rav SCHMOUEL DAVID LUZZATO (né à TRIESTE en 1800 - d.c.d. en 1865 à PADOUE. Il nous dit ceci : « JOSEPH pleura : Il comprit que ses frères lui avaient adressé le pseudo- message paternel et non le père lui-même. Si celui-ci avait eu l’intention de lui adresser un tel message, il l’aurait fait directement, de son vivant. Aussi, JOSEPH, comprenant la détresse de ses frères craignant pour leur vie, s’en est-il affligé.

De plus, on peut se demander si en réalité, jusqu’à son dernier jour, JACOB connaissait le mal que les frères avaient causé à JOSEPH ? Nous ne trouvons aucune allusion à cet égard dans la Torah. JOSEPH n’avait rien révélé à son père. Et dans l’hypothèse où JACOB aurait su quelque chose, il n’aurait pas manqué de rappeler l’injustice commise envers JOSEPH, son fils bien-aimé, lorsqu’il réunit ses fils à son lit de mort pour leur exprimer ses dernières volontés. Il n’a pourtant pas craint d’adresser des reproches à ses fils RUBEN, SIMEON et LEVI pour les actes graves qu’ils avaient commis un jour. L’auteur de la PSIKTA RABBATI est convaincu que JOSEPH n’a rien révélé à son père de ce qui s’était passé de longues années auparavant. Aussi, cet auteur s’étonne-t-il de ce que nous rapporte le début de notre paracha où il est écrit : «  On dit à JOSEPH : « ton père est malade » (Genèse XLVIII, 1) : JOSEPH, de crainte que son père ne lui pose des questions sur ce qui s’était passé durant sa longue captivité et son absence de la maison familiale, s’arrangeait toujours pour ne jamais se retrouver seul à seul avec son père. Pour cette raison, il ne rendait pas souvent visite à son père jusqu’au jour où on lui fit savoir que ce dernier était souffrant. »

En conséquence, nous ne pouvons que nous référer à nos maîtres. Selon eux, JACOB n’a donné aucune instruction particulière à JOSEPH relative à ses frères. Que nous disent-ils ? RACHI par exemple : « Les frères ont transformé la vérité pour préserver la paix entre les frères. JACOB n’avait nul soupçon que JOSEPH leur ait gardé rancune. » Sur les termes : « Alors ils (les frères de JOSEPH) lui (à JACOB) répétèrent toutes les paroles que JOSEPH leur avait adressées.... » (Genèse XLV, 27), NACHMANIDE de son côté apporte le commentaire suivant : « Il me semble selon l’explication littérale, que durant toute sa vie, on ne raconta pas à JACOB que les frères de JOSEPH l’avaient vendu. Lui, pensait que son fils s’était égaré dans les champs et que ceux qui l’avaient trouvé l’avaient sans doute vendu aux Egyptiens, car les frères ne voulaient pas dire qu’ils avaient commis une faute. Ils craignaient en effet pour leur existence au cas ayant appris la vérité, JACOB en colère, les aurait maudits. Tandis que JOSEPH, en lui faisant savoir ce qui lui était arrivé d’heureux (sa nomination comme vice-roi d’Egypte), ne voulait rein lui raconter de ce qui s’était réellement passé. C’est pourquoi il est dit : « Ils mandèrent à JOSEPH ce qui suit : « Ton père a commandé avant sa mort en ces termes :......... « Oh ! pardonne, de grâce, l’offense de tes frères.... » (Genèse L, 16 - 17. Si JACOB avait eu connaissance de ce qui s’était produit, les frères auraient été obligés d’implorer leur père au moment de sa disparition pour qu’il demande à JOSEPH de pardonner à ses frères, et ce dernier n’aurait pas pu refuser de le faire, de sorte que ceux-ci ne se seraient plus crus en danger. Ils n’auraient donc pas eu besoin d’user d’un stratagème.

Toutefois, ces deux exégètes ne se posent pas les question suivantes : « A-t-on le droit d’agir comme l’ont fait les frères de JOSEPH, alors qu’ils avaient déjà reconnu leur faute envers lui ? Pouvaient-ils encore douter de l’attitude de JOSEPH à leur égard ? N’auraient-ils pas été tenus d’accepter n’importe quel châtiment plutôt que d’en arriver à mentir ? Ne s’agit là d’une question morale ou immorale dans ce genre de fiction ? » D’autre part, l’on sait combien il est important de pratiquer la vérité et de s’éloigner de toute forme de mensonge. Cela a fait l’objet de nombreux commentaires de la part de nos Sages et de nos exégètes se fondant surtout sur ce précepte de la Torah : « Eloigne-toi de la parole mensongère » (Exode XXIII, 7).

Ainsi, Rabbi SHIMONE fils de GAMLIEL nous enseigne : « Grande est la Paix, car même les tribus ont dit des choses inventées pour que règne la Paix entre tous les frères. D’où savons-nous cela ? Il est écrit : « Ils mandèrent à JOSEPH ce qui suit : « ton père a commandé avant sa mort ». Or rien de tel n’apparaît dans les textes. » (Berechith Rabbah, chapitre 100 § 9)

Le Talmud dans YEVAMOTH 45 b, laisse entendre qu’une telle attitude serait permise. Il nous enseigne au nom de Rabbi ILAA, parlant au nom de Rabbi ELAZAR fils de SHIMONE : « On a le droit de modifier les propos quand il s’agit de favoriser la paix en se référant aux paroles des frères de JOSEPH. Rabbi NATHAN enseigne : Pareille attitude constitue même un précepte religieux ainsi qu’il est dit : « SAMUEL (le prophète) dit : « comment irais-je ? Si SAÜL l’apprend, il me fera mourir. » Le Seigneur répondit : « Emmène avec toi une génisse, et tu lui diras que tu es venu sacrifier à l’Eternel » (I Samuel XVI, 2) Sur ce passage biblique, RACHI commente en disant : « C’est D.ieu qui a donné l’ordre de travestir la vérité ».

Cet exemple donné par les rabbins est malgré tout surprenant. Que s’est-il donc passé lorsque D.ieu refusant que SAÜL continue de régner, le prophète SAMUEL fut chargé d’aller oindre un nouveau roi ? Voici le texte qui traite de la question : « Le Seigneur dit à SAMUEL : « Jusqu’à quand t’affligeras-tu au sujet de SAÜL, alors que je l’ai jugé indigne de régner sur ISRAËL ? Remplis ton cornet d’huile et va, envoyé par moi, chez JESSE le Bethléémite, car c’est un de ses fils que je me suis choisi pour roi. » « Et comment irais-je ? dit SAMUEL. Si SAÜL l’apprend, il me fera mourir. » Le Seigneur répondit : « Emmène avec toi une génisse, et tu lui diras que tu es venu sacrifier à l’Eternel. » (I Samuel XVI, 1 - 2). On peut dire dans ce cas qu’il s’agit bien d’un stratagème suggéré au prophète.

Dans le cas présent, il ne s’agit plus comme dans notre paracha du cas des enfants de JACOB effrayés des conséquences de leurs actes, mais de la suggestion de D.ieu destinée à éviter à SAMUEL une mise à mort que lui aurait sans doute infligé SAÜL. Considérant le conseil donné par D.ieu à SAMUEL d’adopter une attitude hypocrite pour se soustraire d’un danger mortel, tous les commentateurs n’ont pas manqué d’exprimer leur étonnement. Voici comment ABRAVANEL formule sa question : « Comment SAMUEL pouvait-il avoir peur et en faire part à D.ieu ? Il aurait normalement dû avoir confiance dans la miséricorde infinie de D.ieu envers ses créatures. Nous voyons bien que MOÏSE n’a pas craint de se rendre chez le Pharaon au risque d’être mis à mort. D.ieu aurait donc dû faire des remontrances à SAMUEL et lui dire comme il le fit plus tard en s’adressant à JEREMIE : « Ne les crains point car je serai avec toi pour te protéger » (Jérémie I, 8). Or D.ieu conseilla à SAMUEL d’employer la ruse envers SAÜL. Montrer à ce dernier que le prophète allait pratiquer un sacrifice à D.ieu paraît insuffisant.

Nous ne occuperons pas ici de la crainte de SAMUEL d’avoir à se rendre auprès du Roi SAÜL, mais de la ruse qui lui a été conseillée par D.ieu lui-même. En fait, quoique l’on puisse penser, il ne s’agit nullement ici de travestir la vérité. RADAK tente d’expliciter la pensée divine en voulant démontrer par son commentaire sur I Samuel XVI, 1-2, que D.ieu voulait au contraire que les choses soient claires, que nulle ambiguïté ne puisse subsister aux yeux de SAÜL lorsqu’il constaterait que le prophète en venant sacrifier à l’Eternel, venait en réalité oindre DAVID en qualité de nouveau roi en Israël. Sur ce thème d’un mensonge qui en réalité n’en serait pas un, RADAK nous dit ceci : « D.ieu lui dit (à Samuel) : « Je t’ai dit d’agir secrètement et toi tu crains d’affronter la colère de Saül ? A présent, je t’ordonne d’y aller au vu et au su de tous. Prends une génisse pour la sacrifier le jour où tu le (DAVID) oindras en tant que roi. Nous verrons alors qui voudras te tuer. C’est également dans ce sens que le Midrash nous rapporte les propos que D.ieu adressa à MOÏSE (Exode XVII, 5) lorsque ce dernier craignit une révolte du peuple à la suite d’un manque d’eau. D.ieu dit alors à MOÏSE : « Avance-toi à la tête du peuple ».

Considérant ce que D.ieu avait dit à SAMUEL, des exégètes tels qu’ABRAVANEL et bien d’autres se sont trompés quant aux intentions divines. Ils pensaient qu’il s’agissait d’un stratagème alors qu’en vérité D.ieu disait à son prophète d’agir en toute transparence et non point par tromperie. Il est intéressant de noter à cet égard ce que nous indique le célèbre BA’HYA ibn PAKOUDA, l’auteur de l’Introduction aux Devoirs des Cœurs « HOVOTH HALEVAVOTH ». Il dit notamment au Portique de la Confiance - chapitre 4 : « Le prophète SAMUEL, marquant sa réticence pour se rendre chez le Roi SAÜL pour lui indiquer qu’il ne bénéficiait plus de la confiance de D.ieu, ne manquait pas de confiance en D.ieu. On ne pouvait lui faire ce genre de reproche. Agissant comme il l’avait fait, on peut dire de ce prophète, que conformément à la Loi Juive, il devait prendre toutes ses précautions et non courir inutilement un quelconque danger. Avant d’espérer un miracle, il faut toujours tenter de mettre toutes les chances de son côté.

De là nous pouvons constater qu’en vérité D.ieu avait certes suggéré une attitude déguisée de la part du prophète SAMUEL lorsque ce dernier fut chargé de se rendre près du roi SAÜL dont il craignait les réactions violentes. La VERITE est relative, elle n’est pas toujours praticable quand il s’agit de préserver des intérêts supérieurs, notamment pour préserver la paix d’une famille, d’une société. Pour BA’HYA ibn PAKOUDA, se référant au cas du prophète SAMUEL, il s’agissait pour lui de préserver son existence face à la menace que constituait SAÜL. Revenant au cas des frères de JOSEPH dont nous avoins parlé au début de notre commentaire, ceux-ci craignaient la mort. Ils la considéraient comme le juste châtiment du mal et des souffrances qu’ils avaient occasionné à ce dernier.

C’est donc pour y échapper qu’ils ont cru nécessaire d’inventer des propos qu’aurait tenu le patriarche JACOB afin de les protéger d’une éventuelle vengeance de la part de JOSEPH. Tenant compte de pareille situation possible, nos Sages ont donc estimé que dans certains cas, bien limités, il était possible de modifier un discours pour préserver la Paix, au risque de le faire passer pour un pieux mensonge. Il nous paraissait donc intéressant de présenter ce commentaire, tenant ainsi compte de tous les aspects d’une situation née d’un conflit entre frères comme on en rencontre encore malheureusement de nos jours. C’est dire aussi combien un éventuel arbitrage paraît toujours difficile et aléatoire.

HAPHTARA :

Il n’est pas difficile de trouver le point commun existant entre la paracha de VAYE’HI et notre Haphtara. Dans les deux cas, il s’agit d’un père s’adressant à son fils comme ce fut le cas pour le Roi DAVID ou à ses douze fils dans le cas du patriarche JACOB sur son lit de mort. Les deux pères au moment de quitter cette terre sont préoccupés de l’avenir de leur descendance. JACOB veut avant préserver l’unité de sa famille et demande aux siens de rester avant tout unis. De son côté, DAVID, dans ses paroles d’adieu à son fils et successeur SALOMON lui recommande d’obéir fidèlement à D.ieu, d’observer Ses Lois, ses préceptes pour que réussissent toutes ses entreprises. Pour y parvenir, SALOMON est invité par son père mourant à rester constamment fidèle à D.ieu, source de toutes ses inspirations. A cet égard, citant le Talmud de Jérusalem, au traité de PEAH, chapitre I, MAIMONIDE juge nécessaire de préciser que la Législation de la Torah dont devra s’inspirer le roi comme tout autre simple fidèle ne doit pas apparaître comme une chose vaine, sans but utile, ce que l’on a tendance à croire, en raison de notre incompréhension des choses. (MAIMONIDE - Guide des Egarés,3ème partie, chapitre XXVI)

Or, dans le cas de SALOMON recevant les recommandations paternelles d’avoir à se conduire selon les lois de la Torah pour réussir dans la direction de son royaume, on peut être surpris. En effet, il était supérieurement intelligent, sage parmi les sages. Cela ne l’a pas empêché de connaître quelques défaillances dans l’observance des lois de la Torah pourtant formellement indiquées, telles que l’interdiction d’avoir trop de chevaux (pour éviter les relations à bannir avec l’Egypte de l’époque), trop de femmes (risquant de l’entraîner vers les cultes idolâtres) et d’éviter l’accumulation d’argent et d’or (susceptibles de le rendre orgueilleux de se richesses).

La lecture et la compréhension de notre Haphtara nous invite par conséquent à tout faire pour préserver l’héritage spirituel qui nous est transmis par ceux qui nous ont précédé. Leur fidélité à la Torah doit nous servir de fil conducteur dans notre existence. Elle vaut encore pour chacun d’entre nous, cette belle parole du roi SALOMON en personne nous disant : « Ecoute, mon fils, les remontrances de ton père, ne délaisse pas les instructions de ta mère. (Proverbes I, 8)

Si l’on tenait davantage compte de cette parole de sagesse, notre société ne connaîtrait pas les troubles, les violences qu’elle traverse depuis bon nombre d’années. Pour mieux guider les jeunes, souvent désorientés faute d’exemples et de repères valables, chacun parmi les adultes responsables, devrait surtout comprendre que l’éducation ne se fait pas dans la rue ni même à l’école, mais avant tout au foyer familial. C’est aussi là une leçon que nous a laissé le roi DAVID s’adressant à son fils, d’avoir à se conduire selon les exemples de nos patriarches, marchant humblement devant D.ieu.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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