« La mort la plus humaine... »

BILLET DU 31 DECEMBRE 2006
publié le samedi 30 décembre 2006
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Bonjour,

C’est fait, Saddam Hussein n’est plus, il a été mis à mort, en application de la sentence de la justice irakienne. Il a été pendu hier au petit matin. On nous rapporte que l’homme était calme, qu’il n’a pas tremblé devant ses bourreaux et, qu’un Coran dans la main, il a récité une dernière fois la profession de foi musulmane avant de mourir instantanément, la nuque brisée, dans un silence, sans mauvais jeu de mots...de mort.

Comme vous, je l’imagine, j’ai visionné ces images du condamné à mort dont on prépare la nuque autour de laquelle un cordage coulissant est placé. Effet pervers de ces images, c’est peut-être la seule fois que j’ai vu en Saddam Hussein un homme. Seul face à la mort il sait que son image dans quelques instants ne lui appartiendra plus et qu’il sera exhibé devant les caméras et les objectifs du monde entier. Nul ne peut se réjouir d’une telle fin. Même le fait que Saddam fut l’un des trois dictateurs génocidaires au même titre qu’Hitler et Staline réduit la peine capitale à une sanction qui ne réparé rien. L’aurait-on tué plusieurs fois qu’il n’aurait toujours pas payé pour les millions de vies retirées du fait de sa politique barbare.

En tant que juifs nous devons récuser l’usage de la peine capitale comme châtiment. Bien que la Bible justifie la peine de mort pour de multiples motifs et de multiples façons, celle-ci n’a été que rarement exécutée. Et depuis 2000 ans jamais un homme n’a été mis à mort par la décision d’une loi juive si ce n’est en 1962 Adolf Eichmann considérant que la seule sanction contre le génocide était la mise à mort, donnant au Tribunal de l’époque la même légitimité que jadis le Sanhedrin. Aucune autorité rabbinique n’accepte aujourd’hui la peine de mort, non pas à cause de sa nature « inhumaine », mais parce qu’aucun tribunal n’est jugé compétent et légitime pour faire appliquer une loi divine. Et lorsque la peine capitale était en mesure d’être appliquée, le Talmud mettait en garde contre le danger d’une vengeance sommaire et le non-respect de la dignité humaine en stipulant : « Choisis pour lui la mort la plus humaine possible » ! On peut s’interroger longuement sur ce que signifie une « mort humaine » lorsqu’elle est exécutée par la main d’un autre homme. L’injection létale est t-elle préférable à la pendaison, la décapitation à la chaise électrique ? Non aucune peine de mort n’est « humaine », elle ne fait que légitimer les plus vils instincts de l’homme, à commencer par ceux qui valent au condamné à mort d’être exécuté. Quel bénéfice un homme trouvera t-il de voir le bourreau de sa mère torturée sous ses yeux et morte après une longue agonie, assassiné en une fraction de seconde. Aura-t-on réparé quoique ce soit ? Aura-t-on rendu une justice juste et équitable ? Saddam Hussein devait être jugé, c’était là la véritable victoire du peuple irakien, sa mise à mort n’est qu’un épilogue aussi inutile que finalement injuste. Quelle est la prochaine étape ? Piétiner sa tombe ? Détruire sa stèle ? La place de Saddam était en prison jusqu’à la fin de ses jours. De là il aurait, peut-être, vu l’Irak se reconstruire sur des bases démocratiques et aurait compris que la justice des hommes est garante de la dignité de tous les hommes, même la sienne !

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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