Il ne faut pas laisser la Syrie à l’écart de la solution des problèmes au Proche-Orient

publié le mercredi 27 décembre 2006
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Le Département d’Etat américain déclare encore une fois que la Syrie est largement isolée sur le plan international du fait de ses liens avec l’Iran et de son soutien au terrorisme. Mais la visite à Moscou du président syrien, Bachar el-Assad, est la preuve du contraire.

"La Syrie a toujours joué et continuera de jouer un rôle important dans la région" (au Proche-Orient), a déclaré le président Poutine en ouvrant, au Kremlin, les négociations avec son homologue syrien.

Cette visite de Bachar el-Assad en Russie a eu lieu alors que le Liban et les territoires palestiniens sont confrontés à des crises politiques internes, alors aussi que les Etats-Unis cherchent à corriger leur politique en Irak et dans l’ensemble du Proche et Moyen-Orient. Ce sont ces données qui ont constitué le thème majeur des pourparlers entre les présidents Poutine et Assad. Quant au développement de la coopération bilatérale, il a été abordé mais a plutôt fait figure de toile de fond pour l’aspect régional.

Le président Poutine a souligné au début des entretiens qu’il avait pu, avant cette rencontre avec le président syrien, procéder à un échange de vues sur la situation régionale avec le Premier ministre israélien, le chef du gouvernement libanais, divers dirigeants des pays de la région et d’autres Etats.

Nul n’ignore que les Etats-Unis, la France et Israël accusent la Syrie de s’ingérer dans la situation au Liban et dans les territoires palestiniens, d’empêcher pour une bonne part que s’instaure la sécurité en soutenant des mouvements extrémistes comme le Hezbollah et le Hamas. Et l’on s’attendait à ce que la Russie puisse d’une manière ou d’une autre agir sur la position des Syriens.

Moscou a bien entendu donné son avis sur les événements qui se déroulent dans cette région mais, a indiqué le président Assad, il ne le qualifierait ni de recommandations, ni de conseils. C’est-à-dire qu’il s’est agi non pas d’une pression directe mais de la recherche de solutions convenant à toutes les parties. Aux dires du président Assad, ses entretiens au Kremlin ont porté sur le mécanisme qui permettrait de stabiliser la situation au Proche-Orient. Le président syrien n’a pas donné de détails concrets mais tout ce qu’il a déclaré, et à la veille de sa visite à Moscou et alors qu’il se trouvait déjà la capitale russe, se résume à ceci : au Proche-Orient, on ne peut ignorer l’opinion des diverses forces régionales lors du règlement des conflits. Cela répond pleinement à la vision russe de la situation au Proche-Orient.

Lors de la conférence de presse qui a suivi les entretiens avec le président Poutine, Bachar el-Assad à souligné que Moscou et Damas avaient des vues semblables sur la solution du problème palestinien. C’est-à-dire qu’il faut d’abord parvenir à l’unité chez les Palestiniens, avant de négocier une paix entre eux et Israël. Cela a indéniablement sonné comme un reproche des Syriens à l’encontre des hommes politiques israéliens et américains qui tentent d’isoler le Hamas et de dialoguer uniquement avec Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne.

Il en va de même de la situation au Liban et en Irak. Aux dires du président Assad, la Syrie soutient tout ce qui, au Liban, est le fruit d’un consensus ainsi que les efforts visant à la concorde nationale en Irak.

Les entretiens de Moscou ont porté sur le problème palestinien, le Liban et l’Irak. Mais la question concernant la déclaration de Bachar el-Assad comme quoi il serait prêt à mener des pourparlers de paix avec Israël, déclaration qui a fait couler beaucoup d’encre dans les médias ces derniers temps, n’a pratiquement pas été posée. Selon le président syrien, ce n’est rien d’autre que la répétition de la position constante de Damas, défendue depuis 1974. Mais il a souligné que les conditions réelles de négociations avec Israël n’étaient actuellement pas réunies. C’est aussi ce qu’affirme la partie israélienne. D’ailleurs, comme certaines sources l’ont confié à RIA Novosti, les Israéliens mettent eux aussi l’accent sur la question palestinienne, la situation au Liban suscite aussi leur inquiétude alors que les négociations de paix avec la Syrie sont le dernier point à l’ordre du jour. Le seul point qui les préoccupe concernant la Syrie, c’est le rôle qu’elle joue dans le règlement au Liban et en Palestine.

D’ailleurs, même les Israéliens comprennent qu’on ne peut contraindre la Syrie à changer de position sur une question ou une autre, on ne peut que chercher à la convaincre. Et ils reconnaissent la nécessité de dialoguer avec Damas sur tous les problèmes régionaux graves, si ce n’est pour eux-mêmes, tout au moins pour les autres pays, la Russie en premier lieu.

Que ce soit en Europe ou aux Etats-Unis, on entend de plus en plus souvent parler de l’importance du dialogue avec les Syriens. Et, bien qu’on ne comprenne toujours pas si le président Bush y est ou non prêt, les sénateurs américains tentent par tous les moyens d’intensifier le dialogue avec la Syrie et mènent des pourparlers avec Bachar el-Assad. C’est quelque chose que l’on ne peut guère assimiler à un isolement.

La position de Damas peut ne pas plaire et susciter l’irritation, mais Bachar el-Assad a tout à fait raison de dire que les tentatives d’isoler internationalement la Syrie bloquent la solution des problèmes du Proche-Orient. C’est ce qu’a toujours dit Moscou, et les autres commencent maintenant à suivre peu à peu son exemple.



Marianna Belenkaïa
Observatrice politique de l’agence RIA Novosti




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