Parasha Vayigash 5767

Chabbath 30 décembre 2006 - 9 Teveth 5767 Début : 16 h 43 - Fin : 17 h 53
publié le mercredi 27 décembre 2006
Partagez cet article :



Lecture de la Tora : GENESE XLIV, 18 - XLVII, 27 : JOSEPH et sa famille. Haphtara : EZECHIEL : XXXVII, 15 - 28 : La réunion des deux royaumes frères.

publicité

Commentaires sur la Torah :

Après diverses péripéties au cours desquelles les frères de JOSEPH, accusés par celui d’espionnage ont clairement manifesté leur sincérité et leur repentir, et alors qu’ils étaient disposés à sacrifier leur liberté pour sauver le plus jeune d’entre eux, BENJAMIN que JOSEPH voulait retenir pour voir jusqu’à quel point ils avaient réellement changé, le dénouement a lieu. JOSEPH finit par se faire reconnaître comment étant leur frère. Pour cela, selon nos commentaires, il leur montre qu’il est circoncis comme l’étaient seulement les descendants d’ABRAHAM. En effet, cette pratique rituelle n’était encore pas très répandue à l’époque.

Ainsi, au moment de se faire reconnaître, voici ses premières paroles : « Je suis votre frère que vous avez vendu pour l’Egypte. Et maintenant, ne vous affligez point et ne vous irritez pas contre vous-mêmes de m’avoir vendu pour ce pays ; car c’est pour le salut que le Seigneur m’y a envoyé avant vous......Le Seigneur m’a envoyé avant vous pour vous préparer une ressource dans ce pays, et pour vous sauver la vie par une conservation merveilleuse. Non, ce n’est pas vous qui m’avez fait venir ici, c’est D.ieu.... » (Genèse XLV, 4-5 ; 7-8).

Nous pouvons remarquer ici le passage de l’emploi du verbe « vendre - ma’har » à celui du verbe « envoyer - chala’h ». En se faisant reconnaître, JOSEPH tient d’abord à préciser son identité : certes, c’est bien lui que ses frères ont vendu en Egypte. C’est là un fait indiscutable. Même en suivant l’explication de RACHI selon laquelle ce sont les frères de JOSEPH qui l’auraient sorti du puits pour le vendre à une caravane d’Ismaélites, ou que nous adoptions la position de RACHBAM (petit-fils de RACHI) selon lequel ce seraient des Madianites, ayant entendu ses cris qui l’auraient hissé du puits et l’auraient revendu aux Ismaélites, alors que ses frères assis au loin attendaient la venue d’une caravane de marchands, malgré toutes les hypothèses possibles, ce sont bien les frères qui sont à l’origine de la vente de JOSEPH et de tous ses déboires. En se faisant reconnaître à eux, il est toutefois obligé de leur rappeler leur faute. Mais sans tarder, suivent des paroles d’apaisement : « Ne vous irritez pas contre vous-mêmes, de m’avoir vendu » (v. 5).

En leur rappelant que c’est bien qui l’avaient vendu, JOSEPH semble déceler chez eux des remords. Pour les rassurer, il finit par leur dire : « c’est pour le salut que le Seigneur m’a envoyé en Egypte » (v. 5) JOSEPH, voulant les rassurer leur dit clairement qu’il a été envoyé en « mission, pour vous maintenir en vie par un sauvetage extraordinaire » (v. 7). Non seulement il les a sauvés de la famine, mais grâce à la vente qu’il fallait bien leur rappeler, c’est D.ieu qui est le véritable auteur de cette vente et non pas eux. Il faut savoir interpréter les événements et les juger à leur valeur. Aussi, à partir du verset que nous venons de citer, il nous semble intéressant de citer un important passage de MAIMONIDE tiré de son Guide des Egarés - II° partie - chapitre 48. Voici donc son appréciation : « Il est très évident que toute chose nouvelle a nécessairement une cause prochaine qui l’a fait naître : cette cause à son tour a une cause, jusqu’à ce qu’on arrive à la cause première de toute chose, c’est-à-dire à la libre volonté de D.ieu. C’est pourquoi on omet quelquefois, dans les discours des prophètes, ces causes intermédiaires, et on attribue directement à D.ieu tel acte individuel qui se produit en disant que c’est le Très-Haut qui l’a fait. Tout cela est connu ; nous en avons déjà parlé nous-mêmes ainsi que d’autres d’entre les vrais philosophes, et c’est l’opinion de tous nos théologiens. Après cette observation préliminaire, écoute ce que je vais exposer dans ce chapitre et portes-y une attention toute particulière. La chose que je veux t’exposer, la voici : Sache que toutes les choses prochaines desquelles naît ce qui naît, peu importe que ces causes soient essentielles et naturelles ou dues au libre-arbitre de l’homme ou bien encore au hasard.... Sont dans les livres des prophètes, attribués à D.ieu... où il est dit simplement, de tel fait, que D.ieu « l’a fait », « l’a ordonné », « l’a dit ».

(NOTE : A titre de parabole, le célèbre BAAL CHEM TOVn dans un commentaire, compare ceci à l’ordre donné par un roi de lever des impôts sur une ville. L’arrivée du collecteur entraîne des incidents, des troubles, des transactions. C’est pourtant au roi que tout ceci est rapporté, car il en est la cause véritable). Pour toutes ces choses, on emploie les verbes « dire », « parler », « ordonner », « appeler », « envoyer », et c’est là le sujet sur lequel j’ai voulu attirer l’attention dans ce chapitre... Je vais te citer de tout cela des exemples auxquels tu pourras comparer tout ce que je n’aurai pas mentionné expressément. En parlant des choses naturelles et qui suivent toujours leur cours comme de la neige qui fond quand l’air est chaud et de l’eau de la mer qui est agitée quand le vent souffle, on s’exprime ainsi : « Il envoie sa parole et les fait fondre » (Psaumes CXLVII, 18 » ; « il parle et fait lever un vent de tempête qui élève les vagues » (Psaumes CVII, 25) ; de la pluie qui tombe, il est dit : « et j’ordonnerai aux nuages de ne pas faire tomber de pluie » (Isaïe V, 6).

En parlant de ce qui a pour cause le libre-arbitre de l’homme comme, par exemple, de la guerre qu’un peuple puissant fait à un autre ou d’un homme qui tente de nuire à un autre, on s’exprime ainsi : « Moi j’ai commandé à ceux qui me sont consacrés, et j’ai appelé mes héros pour (répandre) ma colère » (Isaïe XIII, 3) - à propos de la tyrannie de l’impie NABUCHODONOSOR et de ses armées ; dans l’épisode de SIMEI, fils de GUERA, on dit : « Car l’Eternel lui a dit : Maudis DAVID » (II Samuel XVI, 10). Au sujet de JOSEPH, le Juste, délivré de la prison, il est dit : « Il envoya un roi qui le fit relâcher » (Psaumes CV, 20) ... Dans l’histoire d’ELIE, lorsque D.ieu veilla à sa subsistance, Il lui dit : « J’ai commandé là à une femme de te nourrir » (I Rois XCII, 9). Enfin JOSEPH, le Juste, dit : « Ce n’est pas vous qui m’avez envoyé ici, c’est D.ieu » (Genèse XLV, 8).

On peut considérer, à en juger par les apparences, que d’excellentes personnes agissent conformément à un dessein, un projet, à une volonté qui leur est propre. Ce sont eux qui agissent, eux qui vont vers un but, eux qui conduisent dans telle direction. Mais en fait, ils ne savent pas qu’ils sont tout simplement conduits par CELUI qui dirige, conduit chaque homme vers l’accomplissement de son destin. L’histoire de JOSEPH, objet de notre étude a commencé par les mots suivants : « Il l’envoya de la vallée de HEBRON » (Genèse XXXVII, 14).

En chargeant son fils JOSEPH d’aller s’enquérir du bien-être de ses frères se trouvant loin pour faire paître leurs troupeaux, JACOB pensait alors qu’il n’envoyait son fils préféré que pour quelques jours de HEBRON à SICHEM. Mais en réalité, il ne savait pas que c’était la Providence qui, lui inspirant cette idée, préparait ainsi la descente des fils d’Israël en Egypte, pour réaliser ainsi l’annonce faite à ABRAHAM : « Ta postérité sera étrangère dans un pays qui ne lui appartiendra pas ; on l’asservira et on l’opprimera pendant quatre cents ans. Mais la nation qu’ils serviront, je la jugera également. » (Genèse XV, 13).

Or, sur le verset de Genèse XXXVII, 14 précédemment cité, RACHI nous donne le commentaire suivant : « c’était pour accomplir le dessein profond - AMOUK, rapproché de EMEK - vallée, annoncé à ce juste (ABRAHAM) qui est enterré à HEBRON, ainsi qu’il lui avait été dit : « Ta postérité sera étrangère .... ».

En somme, comme nous l’avons vu, l’histoire de JOSEPH et de ses tourments commence par la simple relation d’un fait : « Il l’envoya de la vallée de Hébron ». Elle se termine par des mots nous fournissant l’explication et la clef de tout ce qui s’est passé, dont nous avons eu connaissance durant les dernières lectures de la Torah : « Ce n’est pas vous qui m’avez envoyé ici, c’est D.ieu » (Genèse XLV, 8).

L’aventure de JOSEPH se termine heureusement bien. Elle nous montre à l’évidence qu’il a bien compris que son destin avait été dirigé par la Providence, pour amener le patriarche JACOB et sa famille à descendre en EGYPTE, qui devint ensuite la terre d’esclavage de leur descendance avant la sortie miraculeuse et le départ de toute l’histoire du peuple juif telle que nous la connaissons. JOSEPH a donc connu des situations difficiles suivies de succès, et il a eu la possibilité de se rendre compte que c’est à D.ieu seul qu’il devait tout cela, comme il finira par en convaincre ses frères au moment de la réconciliation générale. La conclusion qui découle de tout cela est ce verset que nous lisons chaque matin dans notre prière quotidienne et disant : « Nombreuses sont les conceptions dans le cœur de l’homme ; mais c’est le dessein de l’Eternel qui l’emporte » (Proverbes XIX, 21). Ce texte peut utilement nous inspirer dans tout ce que nous entreprenons avec l’espoir de réussir grâce à l’aide du Ciel.

HAPHTARA :

Le prophète EZECHIEL dont est tiré le texte de notre Haphtara a connu la destruction du premier Temple de JERUSALEM. Assez curieusement, ce dimanche qui suit notre chabbat, le 10 Teveth est un jour de jeûne destiné à rappeler que c’est à cette date du calendrier hébraïque, dix-huit mois avant la destruction du Temple, qu’a débuté le siège de JERUSALEM avec toutes les catastrophes qui en ont résulté pour l’histoire du peuple juif. Nous savons qu’en ISRAËL même, cette date a été retenue par le Grand-Rabbinat, depuis de nombreuses années, comme étant dénommée YOM HA-KADDISH pour tous ceux qui ne connaîtraient pas la date exacte du décès de membres de leur famille disparus durant la seconde guerre mondiale. Il nous semblait important de le rappeler ici.

Revenons à présent au texte inspiré du prophète EZECHIEL. Il annonce la réunion des royaumes de JUDA et d’ISRAËL comme perspective de la fin des temps quand interviendra la période messianique, source de toutes nos espérances. Ces deux royaumes sont issus du schisme intervenu lors de la disparition du roi SALOMON. Dans la vie de Galouth - dispersion où il se trouve, ce prophète a la vision d’un peuple, le nôtre, disséminé parmi les nations, sans cesse victime de divisions en son sein même. De nos jours, faut-il le souligner, un peu partout dans le monde et même en ISRAËL, on déplore encore les clivages entre religieux ou non-religieux, sans parler de ceux qui entretiennent stupidement les différences culturelles ayant longtemps séparé le monde séfarade du monde achkenaze. Or, toutes ces divisions n’ont pas lieu d’être. Elles nous affaiblissent au lieu de nous enrichir. La Haphtara de cette semaine devrait nous le rappeler avec force.

Les contrastes entre deux les deux royaumes ennemis que furent ceux de JUDA et d’ISRAËL ont été fortement soulignés par OSEE (I, 6 - 7). EPHRAÏM, la tribu chef de file du royaume sécessionniste d’ISRAËL, a cru conquérir la grandeur politique en abolissant plus ou moins les lois divines. On tente de substituer à la protection divine d’inutiles alliances avec les peuples, surtout avec ceux qui allaient finalement le faire disparaître. (OSEE VII, 8 - 9).

L’autre royaume, celui de JUDA, bien que reconnaissant D.ieu et voulant Lui rester fidèle en pratiquant plus sérieusement Sa Loi, manque en fait de confiance en D.ieu. De plus, les lois de la Justice ne sont pas observées, pas plus que celles de l’amour du prochain, car on ne tient surtout pas compte de la valeur de la vie, de l’honneur d’autrui. Ce sont là les faits caractéristiques de ces deux royaumes longtemps antagonistes et dont nous parle EZECHIEL. Celui-ci s’élève notamment contre le choix arbitraire dans l’accomplissement des mitzwoth procédant d’un certain automatisme, d’une sorte de routine, autant de reproches semblant par delà ses contemporains, s’adresser au judaïsme post-exilique.

En annonçant pour des temps futurs et lointains la réunion des deux royaumes, il souhaite avant tout que ce soit dans un même esprit, celui de servir D.ieu, de manière à ce que soit pleinement réalisé ce que MOÏSE avait bien longtemps auparavant fixé comme but essentiel, à savoir : « Je vous adopterai pour peuple, je deviendrai votre D.ieu, et vous reconnaîtrez que moi, l’Eternel, je suis votre D.ieu » (Exode VI, 7). Et c’est donc dans ce même sens que s’achève notre Haphtara, ultime recommandation d’EZECHIEL disant : « Et les nations sauront que moi, l’Eternel, je sanctifie ISRAËL, puisque Mon sanctuaire sera au milieu d’eux pour toujours. » (v. 28)

L’on comprendra aisément que cette Haphtara offre une similitude avec le texte de la paracha de cette semaine où nous assistons également à la réunion si longtemps espérée de JOSEPH et de ses frères, à l’image des deux royaumes de JUDA et ISRAËL qui finiront par se retrouver unis, pour servir ensemble D.ieu, source de toute unité et de toute l’humanité en paix.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




blog comments powered by Disqus



Articles incontournables