Parasha Miketz 5767

Chabbath 23 décembre 2006 - 2 Teveth 5767 - Début : 16 h 38 - Fin : 17 h 48
publié le mercredi 20 décembre 2006
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Huitième jour de ‘Hanouccah Lectures de la Tora - 1er rouleau : GENESE XLI, 1 - XLIV, 17 : JOSEPH, maître de l’Egypte. 2ème rouleau : Nombres VII, 54 - fin - (certains lisent jusqu’à VIII, 4). HAPHTARAH : I Rois VII, 40 - 50 : Les objets destinés au Temple de SALOMON.

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Commentaires sur la Torah :

La succession d’événements conduisant à l’exil d’EGYPTE trouve son expression au début de notre paracha et à la fin de la précédente par un enchaînement de choses apparaissant comme fortuites. JOSEPH interprète les rêves de l’échanson du Pharaon dans un sens favorable et sollicite de sa part qu’en cas de réalisation de son rêve il veuillez bien intercéder en sa faveur auprès du Pharaon. L’échanson oublie sa promesse et deux années s’écoulent avant que le Pharaon rêve à son tour sans que personne ne soit en mesure de lui en donner l’interprétation. Pourquoi cette interruption de deux années ? Pour quelle raison la Torah juge-t-elle nécessaire de nous rappeler l’oubli de l’échanson ? Nulle explication dans le texte biblique. Selon le Midrash Rabbah, chapitre 89 : « Un temps fut fixé à JOSEPH pour le nombre d’années qu’il aurait à passer en prison », en rapport avec le verset biblique : « Il a posé des limites à l’obscurité » (JOB. XXVIII, 3). Dans ce cas quel est le sens de ces deux années supplémentaires de prison infligées à JOSEPH ? Apparemment, cela fait partie de l’enchaînement des événements qu’il a connus.

Les Rabbins du Midrash expliquent cela par le fait que JOSEPH ait osé demander à l’échanson de rappeler son existence au Pharaon lorsqu’il sortirait de prison. Cela signifie que chaque parole superflue a eu pour conséquence de prolonger sa captivité. En effet il a eu l’imprudence de dire les deux mots suivants : « que si tu te souviens de moi..... parle de moi à Pharaon » (Genèse XL, 14). L’auteur du commentaire de TORAH TEMIMAH, le Rav Bariukh EPSTEIN nous indique à cet égard que le temps de l’oubli est généralement d’une année. JOSEPH ayant utilisé à deux reprises le terme se souvenir, par opposition à l’oubli, cela lui a donc valu ces deux années supplémentaires. Ajoutons au passage, que lorsqu’on a la douleur de perdre un être cher, il est d’usage de réciter le Kadish à sa mémoire durant douze mois, soit une année, au terme de laquelle les souvenirs commencent à s’estomper, sans pour autant qu’on en oublie jamais cette personne.

De plus, ces mêmes auteurs du Midrash, pour justifier la prolongation de la peine de prison subie par JOSEPH en Egypte, mentionnent à cet égard le verset suivant : « Heureux l’homme qui cherche sa sécurité en l’Eternel, et ne se tourne pas vers les orgueilleux et les amis du mensonge » (Psaume XL, 5). Nous pensons souvent à ce texte quand nous analysons les tourments et les persécutions qu’a connues le peuple d’Israël dans on ensemble ou nous-mêmes à titre individuel. Dans tous les cas, il nous fallait surtout avoir foi en D.ieu et non en des promesses émanant de simples mortels. C’est cette erreur commise par JOSEPH en voulant faire confiance à l’échanson qui lui valut des déceptions supplémentaires. Le verset ci-dessus semble contenir une contradiction interne, car d’une part il met en exergue la foi de JOSEPH en D.ieu et d’autre part il nous parle de la confiance qu’il a mise dans l’échanson pour le faire sortir de prison. Malgré tout, la sanction qui en résulta, celle de prolonger son séjour en prison de deux ans semble disproportionnée. En somme, est-il vraiment interdit à l’homme de tout entreprendre pour se sortir d’une mauvaise situation tout en manifestant sa confiance en D.ieu ? Mais nous savons bien pour l’avoir maintes fois répété, que les rabbins nous enseignent que l’on doit tout tenter dans une situation désespérer sans attendre qu’un miracle vienne vous délivrer. En somme, à quel moment est-il permis ou interdit d’agir pour assurer un sauvetage ?

Deux catégories de croyants : En général, la plupart de nos commentateurs soulignent la foi profonde qu’éprouvait JOSEPH jusqu’au moment où il fut sanctionné pour avoir prononcé une parole superflue qui lui coûta deux ans de privation de sa liberté. Nous savons bien en effet que D.ieu est particulièrement sévère envers les Justes, lorsqu’ils commettent un faux-pas,si léger qu’il soit, comme ce fut le cas chez JOSEPH. Aussi, pour justifier une action de sauvetage de la part de l’homme, nous pouvons nous fonder sur le verset disant : « et l’Eternel te bénira dans toutes tes entreprises » (Deutéronome XV, 18). Toutefois, dans le cas précis de JOSEPH, le commentaire de Rav BE’HAYE souligne qu’il y eut faute de sa part, car il ne fallait pas qu’il puisse croire que c’est par sa demande à l’échanson qu’il pouvait obtenir sa libération. Pour JOSEPH, pareille attitude était donc une faute grave. Or, D.ieu, nous le savons bien, a de multiples intermédiaires pour venir en aide à l’homme en difficulté et c’est en définitive D.ieu seul qui décide.

Le Maguid de DOUBNO trouve là une faute encore plus lourde en ce sens que mettre sa confiance en un homme, alors que celui-ci peut accepter ou refuser de venir en aide à son prochain, c’est émettre un certain doute sur ses propres possibilités de sauvetage. Le BAAL CHEM TOV, fondateur du ‘Hassidisme moderne estime qu’il existe en fait deux catégories de personnes dans le domaine de la Foi. Les plus simples pensent que la nature peut modifier le cours des événements. D’autres, et ils sont en nombre infime, tels que JOSEPH ou plus tard Rabbi Shimon bar Yo’haï, ne peuvent être assurés d’être sauvés par des moyens naturels auxquels ils n’adhèrent pas par principe. En fait dans le cas précis de JOSEPH, c’était la volonté de D.ieu de prolonger sa captivité de deux ans, et non le fait qu’il ait demandé à l’échanson d’agir en sa faveur.

Si nous analysons les événements relatifs à la fête e ‘HANOUCCA dont nous célébrerons la fin en ce chabbat, nous sommes là également en face d’une dualité, celle de l’aspect miraculeux ou naturel de ce qui s’est produit pour parvenir au sauvetage des Juifs menacés par les Grecs. Un de nos maîtres, le KEDOUCHAT LEVI, explique qu’il existe deux sortes de miracles dans l’existence, ceux qui sont réalisés grâce à l’intervention humaine, définis comme se produisant quotidiennement et d’autres uniquement réalisés par la volonté divine sans que l’homme ait eu à y prendre part. Les miracles qui eurent lieu à ‘HANOUCCA relèvent de la première catégorie. L’homme y a joué un rôle. C’est d’ailleurs ce que nous disons dans la prière de AL HANISSIM : « le grand nombre succomba sous les coups d’un plus petit nombre ». Il fallait, bien entendu, une petite fiole d’huile obtenue par le travail de l’homme pour que se réalise le miracle de la lumière. De plus, c’est bien parce qu’il y avait cette fiole d’huile suffisante pour brûler un jour, que le miracle des huit jours a pu avoir lieu, jusqu’à ce que l’on obtienne une nouvelle fabrication d’huile pure nécessaire au service sacré du Temple. Paraphrasant le texte de Psaume LX, 5 « Puisses-tu donner une bannière (NESS) à tes adorateurs », les maîtres du ‘Hassidisme disent : « puisses-tu faire un miracle pour qu’il ait lieu (LEHITNOSSES ) ». On voit là l’analogie à partir de la racine NESS qui signifie miracle.

On peut également comparer JOSEPH aux HASMONEENS dans le sens ou le premier comme les seconds ont mis leur confiance dans les orgueilleux et les menteurs cités plus haut dans le psaume XL, verset 5. En effet, JOSEPH a cru en la possibilité de l’échanson pour le faire sortir de prison, tout comme les rois successeurs des HASMONEENS plus tard, ce groupe qui a régné près de deux siècle sur la JUDEE, ont cru pouvoir faire appel à ROME, la nouvelle puissance de l’époque. C’est ce que rappelle NACHMANIDE dans son commentaire au début de la paracha VAYICHLACH que nous avons lue il y a deux semaines. Cet auteur ajoute par ailleurs que l’Homme est tenu d’agir par des moyens naturels à sa disposition tout en mettant sa confiance en D.ieu et non en l’Homme uniquement.

Selon le Gaon de BREZIN, dans son ouvrage « TE’HELETH MORDE’HAÏ », nous sommes quotidiennement témoins de miracles. La main de D.ieu est constamment présente comme elle le fut au moment de la Création de l’Univers. Celle-ci est renouvelée chaque jour. La main de D.ieu intervient dans le cours de l’Histoire comme aux premiers jours de la Création. C’est dans ce sens que nous devons comprendre la phrase que nous lisons dans la prière de AL HANISSIM : « A ton peuple d’ISRAËL tu as accordé une victoire comme en ce jour. » L’étude sur la captivité de JOSEPH, ses épreuves, tout aussi bien que le miracle de ‘HANOUCCA sont donc là pour renforcer notre croyance profonde en D.ieu en ne considérant pas trop à la valeur des autres pour nous venir en aide. Notre propre survie comme celle de l’Etat d’ISRAËL sont bien des exemples de la constante protection de D.ieu en notre faveur.

HAPHTARA :

En ce deuxième chabbat coïncidant avec la fête de ‘HANOUCCA, les Rabbins du Talmud, fixant la tradition liturgique que nous respectons encore de nos jours, ont choisi pour texte celui des ustensiles devant servir dans le premier Temple de JERUSALEM. Ce passage tiré du Livre des Rois rappelle que ces objets sacrés furent fabriqués par HIRAM, à la demande du Roi SALOMON.

Il faut nous souvenir qu’au début de la paracha de MIKETZ, JOSEPH, encore prisonnier et esclave, est introduit auprès du Pharaon pour interpréter les mauvais rêves que ce dernier a eu durant la nuit. Satisfait des réponses données par JOSEPH, le Pharaon le fait accéder au plus rang de l’Etat pour résoudre le grave problème de la famine qui allait s’abattre sur le pays. Plus tard, c’est le Roi SALOMON qui traitera d’égal à égal avec un autre Pharaon, en épousant sa fille, parmi les nombreuses femmes qui composeront son harem.

Contrairement à JOSEPH qui a su agir tout en ayant D.ieu comme seule référence à sa réussite, le Roi SALOMON n’a pas su tirer la leçon qui s’imposait pour diriger son Royaume, puisque peu à peu, il laissa s’y introduire des cultes idolâtres, sous l’influence de ses épouses étrangères. Bien qu’ayant reçu la Sagesse comme suprême don de la part de D.ieu, SALOMON trahira les espoirs que l’on aurait pu mettre en lui.

Pour donner une conclusion aux textes de la TORAH et de la HAPHTARA lus en ce dernier jour de la fête de ‘HANOUCCA, nous rappellerons qu’à partir d’une modeste famille de bergers comme le fut celle du patriarche JACIOB, ISRAËL est devenu en quelques siècles, un peuple indépendant, dont le roi s’est acquis réputation extraordinaire de Sagesse. Mais ce signe de la Providence n’a pas su être bien compris, puisque très peu de temps après, on est malheureusement parvenu à une nette dégradation de la dynastie brillante que fut celle du Roi DAVID.

C’est cette semaine de la fête de ‘HANOUCCA coïncidant avec la lecture des textes concernant JOSEPH et le Roi SALOMON qui nous ont, une fois de plus, combien le destin es Grands comme celui de tout un chacun tient à un miracle permanent, dont le D.ieu est en définitive le Maître-d’œuvre.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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