Les Juifs de Russie ont élu les "Hommes de l’année"

publié le mardi 19 décembre 2006
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La cérémonie de remise du prix de la Fédération des communautés juives de Russie (FEOR) "L’homme de l’année 5766" a eu lieu à Moscou durant la semaine de Hanoucca.

Selon le grand rabbin de Russie Berl Lazare, "fêter Hanoucca et remettre en même temps le prix de l’Homme de l’année fait déjà partie des traditions".

Le prix, institué en 2002, distingue des personnes dont l’activité a constitué un apport réel et reconnu au développement de la vie culturelle et sociale du pays, indépendamment de leur origine ethnique et de leur confession. Le nombre et l’intitulé des catégories sont variables et les lauréats sont choisis au cours de l’année par le conseil de tutelle de la FEOR, constitué des sponsors de la communauté et de personnalités éminente de la vie culturelle et publique. Le Conseil comprend notamment le célèbre homme d’affaires Roman Abramovitch.

Cette année, les prix ont été décernés dans neuf catégories. Les lauréats sont :

dans la catégorie "Journalisme", Boris Kline, observateur politique des Izvestia, pour sa série d’articles sur la tradition juive ;

dans la catégorie "Télévision", Vladimir Moltchanov, réalisateur et metteur en scène, pour le documentaire Mélodies du ghetto de Riga ;

dans la catégorie "Activité sociale", Alexandre Ignatenko, président de l’Institut de religion et de politique, pour son honnêteté et son attachement aux principes dans ses jugements sur le conflit du Proche-Orient ;

dans la catégorie "Vie communautaire", Zalman Ioffe, rabbin de Volgograd, pour le développement de la spiritualité, des valeurs juives traditionnelles au sein de la communauté régionale de Russie ;

dans la catégorie "L’homme légende", Boris Eifman, maître de ballet, directeur artistique et directeur du théâtre académique du ballet de Saint-Pétersbourg ;

dans la catégorie "Mécénat", Vadim et Viatcheslav Aminov, pour leur contribution au développement de l’éducation juive et de la vie communautaire en Russie ;

dans la catégorie "Théâtre", Marc Rozovski, directeur artistique du théâtre moscovite des Portes Nikitskie, pour son éminente contribution à l’art théâtral en Russie et pour sa mise en scène du spectacle Mihoels chantant :

dans la catégorie "Courage", l’hôtesse de l’air Victoria Zilberstein, pour l’héroïsme dont elle a fait preuve lors de catastrophe de l’airbus A-310 survenue à Irkoutsk le 9 juillet 2006 ;

dans la catégorie "Activité d’édition", l’écrivain et traducteur Assar Eppel pour avoir eu l’idée et lancé la série "Prose de la vie juive".

Chaque lauréat s’est vu remettre une statuette figurant "un violon sur le toit", créée spécialement pour cette cérémonie par le sculpteur israélien Franck Meisler, ainsi qu’une somme d’argent. Comme l’a déclaré le service de presse de la FEOR à RIA Novosti, le montant de la somme n’est pas dévoilé.

Au début de la cérémonie, Levi Levaev, président de la Fédération des communautés juives de la CEI, a remis un diplôme spécial à l’homme d’affaires Arcadi Gaïdamak pour l’aide et le soutien qu’il a apportés aux Israéliens durant la guerre contre le Hezbollah. Rappelons que celui-ci avait organisé un grand camp de toiles au bord de la Méditerranée pour les réfugiés du Nord d’Israël. Comme le note le service de presse de la FEOR, Arcadi Gaïdamak ne fait pas partie des lauréats car il a déjà reçu le prix de l’Homme de l’année il y a déjà plusieurs années. Or on ne peut faire partie des nominés qu’une seule fois dans sa vie. Mais les mérites d’Arcadi Gaïdamak ne sont pas restés ignorés.

Quant aux journalistes qui assistaient à la cérémonie, ils ont qualifié la remise du diplôme à Arcadi Gaïdamak par Levi Levaev de geste de réconciliation de deux rivaux. Tous deux mènent leurs affaires à la fois en Russie et en Israël, tous deux prétendent au leadership au sein de la communauté juive de Russie (Arcadi Gaïdamak dirige le Congrès des communautés et des organisations religieuses juives de Russie - la KEROOR - et Levi Levaev la Fédération des communautés juives de la CEI) et au sein de la communauté israélienne russophone. Leur rivalité s’étend aussi aux terrains de football puisque Arcadi Gaïdamak a acheté le club de Jérusalem Beitar alors que Levi Levaev est propriétaire de l’Apoel de Tel-Aviv. Mais on ne peut guère voir dans la poignée de mains échangée lors de la remise des prix de la FEOR une union des deux oligarques, tout au moins en ce qui concerne la vie de la communauté juive de Russie. Peut-être cela concerne-t-il des projets israéliens.

En tout cas, Le Congrès juif de Russie (REK), dont la KEROOR est proche, a fêté Hanoucca séparément de la FEOR, le même jour qui plus est. Si bien que l’élite russe et les membres de la communauté juive ont dû faire un choix.

Le REK a fait coïncider avec la fête de Hanoucca les célébrations de son dixième anniversaire et du centenaire de la naissance du réalisateur de films documentaires Roman Karmen. Selon l’homme d’affaires Viatcheslav Kantor, président du REK, Hanoucca est la fête des lumières et l’activité de l’organisation qu’il dirige correspond on ne peut mieux à l’esprit de cette fête. Il souligne également que la célébration de l’anniversaire de la naissance de Karmen donne le départ à un nouveau projet du REK, sur "le positionnement des juifs de Russie dans la conscience sociale". Pour Viatcheslav Kantor, "Ce projet a pour but de raconter au monde l’histoire des juifs de Russie, dont l’apport a été considérable au développement de la culture russe et mondiale, de la science, etc."

La fête de Hanoucca à Moscou, qui a commencé traditionnellement par l’allumage par Youri Loujkov, le maire de la capitale, de la hanouccia dressée à proximité des murs du Kremlin, se poursuivra toute la semaine, non seulement sous forme de manifestations officielles mais aussi sous formes de rencontres informelles de jeunes.



Marianna Belenkaïa
Observatrice politique de l’agence RIA Novosti




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