« A Paris coule la haine... »

BILLET DU 26 NOVEMBRE 2006
publié le samedi 25 novembre 2006
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Bonjour,

C’est l’histoire de deux hommes qui n’auraient jamais dû se rencontrer. L’un s’appelle Antoine Granomort, il est policier, l’autre Yaniv Hazout un supporter de l’équipe de football de l’Hapoël Tel Aviv. Jeudi soir pourtant, ces deux hommes ont ensemble vécu les minutes les plus longues de leur existence, l’un parce qu’il est de couleur noire, l’autre parce qu’il est juif. L’affiche était trop belle ! Pensez-vous toute la soirée durant des centaines de « supporters » autoproclamés du Paris Saint-Germain, abreuvés d’alcool et de paroles haineuses sont montés en puissance. Qui plus est, la défaite de leur club n’a fait qu’exacerber leur colère.

Pour qui n’a jamais vu les abords du Parc des Princes un soir de match la scène semble improbable. Pour tous les autres « cela devait arriver ». Les tribunes Nord du Parc, celles de Boulogne, vomissaient leurs hordes d’hommes qui voulaient en découdre et ne venaient que pour cela. C’est au cri de « sales juifs » et de « sales nègres » que ces hooligans étaient dirigés par les forces de l’ordre vers la Porte de Saint-Cloud. On peut s’interroger sur le simple fait que les insultes racistes et antisémites n’aient pas suffi à interpeller plusieurs d’entre-eux. Cela semble s’inscrire dans une certaine « normalité » dont les uns et les autres se sont habitués. On peut, dans Paris, sous prétexte que l’on sorte d’un match de foot, vociférer des propos que les lois de la République condamnent. On peut, impunément, faire le salut nazi dans les tribunes ou imiter le singe lorsqu’un joueur de couleur est porteur du ballon. On peut s’interroger sur les raisons pour lesquelles des lois répressives votées par le Parlement le 5 juillet dernier n’aient toujours pas de décret d’application pour les mettre en œuvre. Pourquoi, encore, les dirigeants du Paris Saint-Germain ne condamnent t-ils pas les agissements de certains de leurs adhérents ?

Le courage politique, en cette année électorale, est de faire en sorte que le sport national reste le football et non pas la haine raciste.

Les stades de football sont des zones de non-droit où sous les regards de millions de téléspectateurs le spectacle offert dans les tribunes donne l’image d’une France qui tolère, à défaut de sanctionner, ce qui ne le serait pas ailleurs. Il faut que la marseillaise soit huée, comme cela fut le cas lors du match France-Algérie, pour que l’on s’émeuve de cette situation. Il faut qu’un supporter du PSG tente d’assassiner le Chef de l’Etat un 14 juillet 2002 pour que l’on prenne conscience de la dangerosité de ces supporters de la tribune Nord. La République ne devrait-elle pas se sentir salie et insultée lorsque, continuellement, les injures racistes et antisémites montent des tribunes ? Ou alors qu’on nous le dise : les stades de football seraient des exutoires à toute la haine humaine, une forme de « zone franche » du racisme.

Le courage politique, en cette année électorale, est de faire en sorte que le sport national reste le football et non pas la haine raciste.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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